Brent Hoberman (Profounders Capital) "La Loi de Finances est un cadeau incroyable fait au Royaume-Uni"

L'emblématique entrepreneur britannique, fondateur de Lastminute et aujourd'hui investisseur, compare l'entreprenariat des deux côtés de la Manche et fait le point sur ses propres projets. Rencontre.

JDN. Quel regard portez-vous sur la Loi de Finances 2013 que vient d'adopter la France et notamment sur la taxation des plus-values de cession ?

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Brent Hoberman, cofondateur de Profounders Capital © S. de P. Profounders

Brent Hoberman. Il est incroyable que le gouvernement français se montre si hostile aux entrepreneurs. Lorsque le Premier ministre britannique David Cameron invite les entrepreneurs, nous parlons le même langage. En conséquence nous avons ici à Londres de plus en plus d'amis qui parlent de venir nous rejoindre.

Le Royaume-Uni a beaucoup fait évoluer sa culture sur le sujet de l'entreprenariat et aujourd'hui, tout le monde ici veut être entrepreneur. C'est d'ailleurs assez naturel : c'est à mon sens le meilleur pays pour être entrepreneur. Ainsi, autant New York se débrouille très bien face à la Silicon Valley, autant Londres est encore plus intéressant pour fonder sa start-up, notamment du point de vue des taxes. A titre d'exemple, les investisseurs peuvent déduire de leur assiette d'impôt 50 à 75% de leurs investissements dans la plupart des start-up et ceci jusqu'à 100 000 livres sterling. Les gains réinvestis la même année sont également exonérés.

 

Quel impact aura selon vous la Loi de Finances 2013, en France comme au Royaume-Uni ?

En réalité, le pire en France n'est pas le très haut niveau de taxation qui s'applique désormais. Le plus problématique, c'est l'attitude de la France face à l'entreprenariat, vis-à-vis du reste du monde. Il en ressort que si le Royaume-Uni est pro-business, la France est à l'opposé. Finalement, cette Loi de Finances est un cadeau incroyable fait au Royaume-Uni.

D'autant qu'ici aussi nous risquons toujours qu'un changement de gouvernement remette en cause les dispositifs dont bénéficient actuellement nos entrepreneurs. Quoiqu'il me semble que même un gouvernement de gauche serait capable de les comprendre. Une chose est sûre : si la France poursuit cette expérimentation, cette rhétorique anti-entrepreneurs, elle protégera le Royaume-Uni comme le reste du monde de toute initiative similaire !

 

Vous avez rejoint le conseil d'administration de Shazam en décembre. Que prépare actuellement cette société britannique ?

Shazam est entré dans une nouvelle phase de développement extrêmement intéressante. L'équipe travaille en particulier dans deux nouvelles directions : la télévision et les magasins physiques. Dans le premier cas, Shazam est en effet très bien placé pour devenir le "deuxième écran", en reconnaissant les programmes et les publicités. Dans le retail, il existe aussi plusieurs possibilités. Par exemple celle d'offrir des promotions ou récompenses aux consommateurs qui entrent dans la boutique, à la manière de ce que propose Shopkick. Et au-delà de la télévision et du retail, Shazam ne manque pas de pistes de développement, notamment du côté des concerts et événements live.

 

Quelles sont les sociétés dans lesquelles votre fonds Profounders Capital a récemment investi ?

L'une des dernières en date est Leap Motion, qui a levé 30 millions de dollars tout début janvier et développe une technologie de détection de mouvements, sorte de Microsoft Kinnect qui permettrait de contrôler les ordinateurs par le mouvement. Nous avons aussi participé au tour de table de 14 millions de dollars annoncé quelques jours plus tard par la start-up allemande Getyourguide, qui édite une plateforme de réservation d'attractions et d'activités touristiques dans le monde entier et fonctionne sur le principe d'une marketplace. Le tourisme fait partie des secteurs que nous observons de très près, puisqu'en juillet 2012 nous avons également investi dans OneFineStay, qui permet aux voyageurs de réserver pour quelques jours des appartements très haut-de-gamme en l'absence de leur propriétaire. Lancé à Londres, le service se développe maintenant rapidement à New York.

Enfin, comme mon ami Marc Simoncini, je crois aussi beaucoup aux domaines de l'éducation et de la santé (lire l'interview de Marc Simoncini : "Il est encore impossible de vendre des lunettes en ligne", du 14/01/2013). Depuis octobre, Profounders Capital soutient par exemple Busuu, qui propose ses cours de langue à 25 millions d'utilisateurs et vient de déménager de Madrid à Londres. Ou encore MangaHigh, qui apprend les maths par le jeu aux élèves du secondaire. Dans la santé, nous cherchons, mais nous n'avons pas encore trouvé de projet vraiment porteur.

 


Brent Hoberman est le cofondateur du fonds d'investissement britannique Profounders Capital. Diplômé de l'Université d'Oxford en 1992, il débute sa carrière dans le conseil stratégique avant de cofonder Lastminute en 1998 avec Martha Lane Fox. Il l'introduit en bourse en 2000 puis la revend à Sabre en 2005. Il en reste le PDG jusqu'en 2006. Il cofonde alors le Founders Forum puis, en 2007, lance le site MyDeco dont il est toujours le président exécutif. En 2009 il cofonde Profounders Capital et devient l'année suivante président du site marchand Made.com, qu'il cofonde avec Ning Li. Brent Hoberman est également au conseil d'administration du groupe media The Guardian et de Time Out, membre du conseil de l'Institute of Contemporary Arts et gouverneur de l'Université des Arts de Londres. En décembre 2012, il entre au conseil d'administration de Shazam Entertainment.

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