Revivez les débuts de Yahoo, Paypal, Craigslist et Apple Apple : Steve Wozniak, cofondateur (2/2)

J. Livingston : Où était votre premier bureau ?

S. Wozniak : Nous avions réussi à trouver un local dans un complexe de bureaux de Cupertino où je me rendais en voiture. Ce n'est pas très loin des locaux dans lesquels se trouve Apple actuellement, ni de l'endroit où se trouvait notre premier bâtiment sur Brandley. Steve avait négocié de ne payer que la moitié de la superficie tant que nous n'avions pas besoin de la totalité du local. C'était un endroit plutôt froid et vide quand nous nous y sommes installés. Quand Mike Markkula a commencé à nous financer, il m'a dit : "Il faut que tu quittes Hewlett-Packard". J'ai été surpris et lui ai répondu : "Mais pourquoi ? J'y ai conçu deux ordinateurs, des interfaces cassettes, des interfaces imprimante, des ports série, j'y ai écrit un programme en BASIC et le logiciel d'application, des démos, et ce après les heures de bureau pendant une année". Mike a insisté, il ne semblait pas vouloir me laisser le choix.[...] J'étais face à un ultimatum.

 

Le jour J, j'ai retrouvé Mike et Steve chez Mike à Cupertino. Nous avons finalement abordé le sujet et j'ai livré ma réponse en la justifiant : "J'ai décidé de ne pas vous suivre et voici pourquoi". Mike a juste répondu : "Bon", tandis que Steve a paru un peu plus ennuyé. Le lendemain (ou presque) de mon refus, mes parents m'ont appelé pour m'encourager à revenir sur ma décision, En effet, 250 000 dollars étaient une grosse somme dans la vie de quelqu'un ! Puis mes amis ont fait de même. L'un d'eux, Allen Baum, m'a appelé dans l'après-midi de ce même jour et m'a dit : "Tu as le choix entre deux possibilités : tu peux créer Apple et devenir un riche directeur, ou tu peux créer Apple et rester ingénieur tout en devenant riche". En réalisant que je pouvais continuer mon activité d'ingénierie tout en créant la société, cela m'a libéré.

 

steve jobs à gauche et steve wozniak à droite en 1975
Steve Jobs à gauche et Steve Wozniak à droite en 1975 © ESF Editeur

J. Livingston : À l'époque, comment répartissiez-vous le travail entre vous ?

S. Wozniak : Nous n'en avons jamais parlé, pas même une fois. S'il s'agissait d'ingénierie, dans le hardware ou la partie logiciel, je m'en chargeais parce que, bien que sachant faire certaines choses, Steve n'était pas aussi bon que moi. Il n'a donc jamais essayé. Il n'a jamais regardé un circuit en émettant une suggestion. Quant à moi, je ne voulais pas m'occuper d'une société - toute ma vie gravite autour de l'ingénierie - alors, c'est lui qui prenait en charge les journalistes, les magasins ("Vous voulez que nous vous expédiions des ordinateurs, voulez-vous commencer par les acheter ?"), qui parlait des pièces aux revendeurs, commandait les pièces, gérait les négociations, faisait réaliser les brochures ou les annonces pour les magazines.

 

"Steve et moi ne nous sommes jamais disputés"

 

J. Livingston : Donc tous les deux, vous vous complétiez bien en termes de compétences.

S. Wozniak : Eh bien, nous avions tout ce qu'il nous fallait. S'il y avait quelque chose qu'aucun de nous ne savait faire, c'est Steve qui s'en chargeait. Il trouvait un moyen de le faire. Il était absolument enthousiaste et faisait le maximum pour que cette société prospère. De mon côté, j'étais plongé dans mon univers technique en compagnie de circuits.

 

J. Livingston : Y a-t-il des informations erronées sur les débuts d'Apple ?

S. Wozniak : Steve et moi ne nous sommes jamais disputés. Personne ne nous a jamais vus le faire. Les conflits entre nous, quel que soit le sujet, étaient rares et mineurs. Il s'agissait généralement de simples malentendus. Par exemple, Steve avait lu dans un journal quelque chose que j'étais censé avoir dit. Beaucoup de journaux donnaient des informations erronées. Ils laissaient entendre que j'allais quitter Apple parce que je n'étais pas d'accord avec ce qui se passait dans la société et me citaient à tour de bras ? comme le Wall Street Journal. Alors que j'ai simplement dit à leur journaliste : "Je pars créer une nouvelle start-up pour lancer une télécommande. C'est quelque chose que je veux faire". J'avais expliqué de quoi il retournait à tous les cadres d'Apple pour que personne ne m'accuse de vouloir partir créer une société concurrente. Ils ont d'ailleurs laissé mon nom dans le registre du personnel d'Apple, m'ont souhaité bonne chance en me disant que mon projet n'était pas concurrent. Mais le Wall Street Journal a sorti une histoire selon laquelle je quittais Apple parce que je n'aimais pas la façon dont les choses s'y passaient.

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