Revivez les débuts de Yahoo, Paypal, Craigslist et Apple Paypal : Max Levchin, cofondateur (1/2)

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Max Levchin © ESF Editeur

J. Livingston : Racontez-moi la naissance de PayPal.

M. Levchin : La société n'a pas du tout été fondée pour s'occuper de paiement en ligne. Mon domaine à l'université, c'était la sécurité. Je voulais m'occuper de cryptographie et de choses dans ce genre. J'avais déjà créé trois entreprises pendant mes études à l'université Champaign-Urbana (Illinois).

Pendant l'été 1998, je traînais dans la Silicon Valley, sans trop savoir ce que j'allais faire de ma vie. Je vivais à Palo Alto, chez un ami chez qui je squattais. Je suis allé par hasard assister à une conférence à Stanford que donnait un certain Peter. [...] Après la conférence, je suis allé lui parler. Il avait une très forte personnalité et il m'a proposé qu'on prenne un de ces jours un petit déjeuner ensemble.

On s'est revus la semaine suivante. J'avais deux idées différentes que j'envisageais d'utiliser pour monter une boîte et je lui ai exposé les deux, sans marquer de préférence. À l'époque, Peter gérait un fonds d'investissement. Notre discussion a continué pendant quelques semaines et, finalement, il m'a conseillé : "Tu prends cette idée-là qui est la meilleure des deux, tu crées une entreprise et, comme ça, je peux dire à mon fonds d'investir un petit peu d'argent dans ton affaire". Environ 200 000 dollars? [...] J'ai appelé Peter et je lui ai dit : " C'est super que tu investisses, mais je n'ai trouvé personne pour diriger l'entreprise? Moi je vais me contenter de coder et de recruter les programmeurs ". Il m'a répondu : " Je pourrais peut-être devenir ton directeur?" Et moi de déclarer : "C'est une idée fantastique". Pendant deux semaines, on a continué à réfléchir à cette possibilité et on s'est mis d'accord : le 1er janvier 1999, Peter serait le directeur général et je serais le directeur technique.

 

"Nos pertes atteignaient 10 millions par mois"

 

J. Livingston : À quel moment avez-vous remarqué la première fraude ?

M. Levchin : Dès le premier jour. C'était assez drôle? On avait rencontré beaucoup de gens dans le milieu bancaire, ainsi que des spécialistes du traitement des cartes de crédit, et ils nous avaient dit :

"La fraude vous coulera.

- Quelle fraude ?

-Vous verrez bien. "

J'avais même un ou deux conseillers issus des milieux de la finance qui m'avaient

prévenu : "Préparez-vous à réagir à la répudiation de paiements. Il vous faut une procédure pour gérer cela.

- Oui, bien sûr.

- Vous ne savez même pas ce qu'est un paiement répudié, c'est ça ?"

 

J. Livingston : Donc, vous n'aviez pas prévu ce genre de fraudes ?

M. Levchin : Je ne savais pas du tout ce qui allait se passer.

 

J. Livingston : Vous n'avez pas dû être trop surpris quand même ?

Petit à petit, j'ai commencé à m'intéresser au modèle économique de Pay-Pal, à essayer de comprendre ce qui se passait du côté de la gestion ; ça me changeait un peu du code, de tout cet aspect technologique. Je me suis rendu compte que la fraude nous faisait perdre beaucoup plus d'argent que je ne le croyais. C'était au premier semestre 2001. On perdait de l'argent, mais si on rapportait le taux de croissance du système entier au taux de croissance de la fraude, ça n'avait pas l'air catastrophique. C'était en dessous de 1 %, ce qui est vraiment bas. Seulement, en regardant le taux de croissance généralisé de la fraude, on voyait bien que, si on ne faisait rien, cette proportion allait passer à 5 %, puis 10 % du système, ce qui serait intenable.

J'ai commencé à paniquer. Avec mon stagiaire, nous avons codé toutes sortes de packs logiciels axés sur les statistiques, pour analyser et comprendre comment cela se produisait. Il était très clair qu'on perdait des sommes astronomiques. Au milieu de l'été, nos pertes atteignaient 10 millions par mois.

C'était très, très inquiétant. À la fin de l'été, on en était à penser que, d'une seconde à l'autre, la fin du monde allait arriver.

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