Revivez les débuts de Yahoo, Paypal, Craigslist et Apple Yahoo : Tim Brady, premier salarié (1/2)

J. Livingston : Vous avez été le premier employé recruté par les fondateurs de Yahoo. Comment êtes-vous parvenu à faire partie de l'équipe ?

T. Brady : J'ai rencontré Jerry Yang pendant nos études en ingénierie électrique à Stanford. Nous logions dans le même dortoir et sommes devenus bons amis. Nous le sommes restés par la suite [...] Déjà à la fac, nous discutions souvent de l'emploi "idéal", de ce que nous espérions réaliser : "Qu'est-ce que ça serait bien, si un jour on pouvait..." Au début de ma seconde année à l'école de commerce, Jerry m'a téléphoné : "Je me suis lancé avec mon camarade de caravane dans un projet qui commence vraiment à prendre de l'ampleur. Je te montrerai ça". Il n'était pas en quête de conseils. Il me racontait simplement ce qu'il était en train de faire. J'ai jeté un oeil et j'ai été épaté par son projet et par le web. J'étais déjà allé sur AOL et avais donc quelques notions au sujet d'internet, mais j'ignorais tout du web qui n'en était encore qu'à ses balbutiements. Là, j'ai vu leur travail et ma réaction a été : "Super, c'est vraiment génial !

- Eh oui, ça marche bien pour nous.

- Ça veut dire quoi "bien" ?

- Ce projet prend de l'ampleur. Si ça continue, ça pourrait peut-être t'intéresser de nous donner un coup de main après les cours". Je me suis dit : "Oui, cela a l'air intéressant et j'adore les petites sociétés. Ça me plairait de travailler avec Jerry, ça a l'air bien". C'était fin 1994, ils travaillaient sur leur projet depuis huit mois quand j'en ai découvert l'existence.

 

J. Livingston : Donc vous quittez prématurément l'école de commerce et vous déménagez en Californie. Aviez-vous un bureau ? Par quoi avez-vous commencé ?

T. Brady : [...] La plupart du temps, nous travaillions encore dans la caravane de Jerry et de Dave, que Stanford leur avait fourni provisoirement pour servir de bureaux aux étudiants. Le reste se déroulait dans l'appartement de Jerry. Deux semaines après le salon, nous avons trouvé, coup sur coup, un financement et des locaux à Mountain View.

 

"Il faut à tout prix éviter de couler la société"

 

J. Livingston : Cela représentait une somme importante à l'époque, surtout pour une société qui créait un nouveau produit, non ?

T. Brady : Absolument. Deux étudiants dont c'était le premier emploi, plus un programmeur - moi-même - sans expérience aux États-Unis, le tout dans un secteur qui n'existait pas encore. En effet, c'était beaucoup d'argent.

 

J. Livingston : Quels étaient vos principaux objectifs au début ?

T. Brady : Nous avions suffisamment de trafic pour nous lancer dans la vente d'espace publicitaire. Nous avions calculé qu'en mettant de la publicité sur toutes nos pages à 20 dollars CPM (coût pour mille), nous couvrions tous nos frais. Il est difficile de se remémorer un état d'esprit passé, mais quoi qu'il en soit, ce n'était en aucun cas : "Attirons tout le monde sur Internet". C'était plutôt : "Il faut à tout prix éviter de couler la société, il faut que ça dure !".

 

J. Livingston : Quels ont été les moments décisifs de cette période ?

T. Brady : Netscape était alors le seul navigateur, bien avant Internet Explorer. À partir de leur annuaire, ils ont accepté de faire gratuitement un lien vers notre site. Le rôle de Netscape était, en fait, de développer internet. La méthode qu'ils avaient imaginée pour gagner de l'argent était d'attirer le plus de monde possible sur internet, pour vendre ensuite des serveurs. Tout ce qui allait dans ce sens les aidait à atteindre leur but. Pour eux, Yahoo correspondait à ce qu'il y avait de mieux sur le marché et présentait un intérêt à ce moment-là, ils nous ont donc donné ce lien. L'effet a été extraordinaire : notre trafic sur le web a explosé. Nous avons fait appel à une agence extérieure pour nous aider à démarrer notre activité publicitaire et avons vendu cinq packages publicitaires à cinq grandes sociétés, dont MasterCard. Nous avions obtenu notre première série de publicités avant l'arrivée de Tim Koogle.

Nous avons ajouté des images sur le site, ce qui était un événement. Cela paraît vraiment ridicule aujourd'hui, mais à l'époque, il n'y avait que du texte sur Yahoo. Le débit de la connexion était si faible qu'un site web qui utilisait beaucoup d'images devenait impraticable tellement il était lent... La plupart des médias traditionnels ne l'ont pas compris ; ils n'ont pas réalisé que les utilisateurs avaient des modems lents. Ceci dit, nous savions que, pour devenir une vraie marque, il nous fallait aussi une image graphique associée. Donc, nous sommes passés à la version illustrée au moment où nous avons ouvert notre site à la publicité. [...]

 

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