Revivez les débuts de Yahoo, Paypal, Craigslist et Apple Yahoo : Tim Brady, premier salarié (2/2)

J. Livingston : Vous préoccupiez-vous de vos concurrents ?

T. Brady : Gates a rédigé un de ses fameux mémos sur internet, l'un des premiers, si je me souviens bien. Il y était question de la nécessité pour Microsoft d'entrer dans la danse et il concluait en disant : "Mon site préféré : Yahoo. Super, super, vraiment super".

Notre première réaction a été : "Oui, super, super, vraiment super". Puis, immédiatement après : "Aïe ! Est-ce que ça veut dire que nous sommes dans la ligne de mire de Bill, ou seulement que nous sommes super..." Chez Microsoft, ils ont les moyens de réaliser tout ce qu'ils imaginent. C'est leur habitude en affaires. Dans toute discussion avec eux, leur état d'esprit reste : "On peut conclure un partenariat ou bien faire ça nous-mêmes".

Nous vivions dans la crainte permanente d'une initiative quelconque de leur part. À l'époque, je crois qu'Internet Explorer venait juste de sortir. Ce n'était pas une grande réussite, c'était leur premier essai en matière de navigateur, mais quand même, nous pouvions nous douter que cela allait évoluer. Cette menace pesait constamment sur nous. [...]

 

Notre stratégie était parfaite ... jusqu'à l'arrivée de Google

 

J. Livingston : Vous est-il arrivé, en découvrant sur le site d'un concurrent quelque chose d'intéressant, d'avoir cette réaction : " Maintenant qu'ils ont inventé cette fonction, il nous la faut aussi " ?

T. Brady : Les premiers temps, pas vraiment. Jerry et Dave étaient des précurseurs. Leurs idées de l'époque étaient très justes, tant sur un plan stratégique que créatif. Par conséquent, dans tout ce que nous avons fait jusqu'à la mi-1997, nous étions invariablement les premiers et ça marchait très bien. [...] Notre stratégie était parfaite ... jusqu'à l'arrivée de Google. Notre annuaire était gigantesque. Tous les sites connus y étaient présents. Nous pouvions donc y chercher n'importe quoi, en principe, mais de fait, tout n'y était pas. Si vous cherchiez vraiment une aiguille dans une botte de foin, nous ne faisions pas l'affaire. [...]

 

l'équipe de yahoo en 1995 : tim brady (deuxième en partant de la gauche), jerry
L'équipe de Yahoo en 1995 : Tim Brady (deuxième en partant de la gauche), Jerry Yang (assis par terre) et David Filo (dans sa Ford Pinto) © ESF Editeur

J. Livingston : C'est ce que vous avez fait avec Google ?

T. Brady : Oui. Stratégiquement, c'était impeccable jusqu'à l'apparition de Google. Nous avions toujours pensé que personne n'arriverait jamais à être suffisamment en avance pour nous devancer avec un moteur de recherche en plein texte, c'était tout simplement impossible. Pourtant, c'est exactement ce qu'a fait Google. À l'époque, jusqu'en 2000-2001, nous avons d'abord eu Open Text, puis AltaVista, je crois, ensuite Inktomi. Nous avions toujours comme partenaire celui qui proposait la meilleure solution en termes de recherche.

 

J. Livingston : Était-ce dur pour Yahoo de rejeter des offres d'acquisition à ses débuts ?

T. Brady : Évidemment, je n'ai jamais eu la même autorité que Jerry et Dave dans ce type de décisions, toujours prises par eux, et je ne connais pas la liste complète des prétendants. Je sais qu'AOL en était un, le LA Times également. Je sais aussi qu'ils avaient reçu des propositions officieuses de Microsoft, mais rien qui se soit jamais concrétisé. Bon nombre d'offres datent des débuts, avant même qu'ils ne reçoivent un financement sous forme de capital-risque. Je crois que pour Jerry et Dave, qui n'avaient pas grandi dans un milieu très favorisé, refuser une somme importante à ce stade-là, alors que l'avenir de la société n'était pas garanti, prouve une grande force de caractère. Ils avaient une immense confiance en ce qu'ils faisaient.

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