Le live en streaming va-t-il tuer la télévision ? Aereo, le dernier arrivant qui fait trembler les networks

L'arme ultime, celle qui terrorise les patrons des networks américaines. Pour huit dollars par mois, Aereo propose aux internautes d'accéder via Internet, sur leur ordinateur, télévision, smartphone ou tablette, à une trentaine de chaînes. Parmi elles, les quatre grandes networks américaines : Fox, CBS, ABC, NBC. Lancé en mars 2012 à New York et en mai 2013 à Boston, Aereo compte s'étendre bientôt à 22 villes supplémentaires aux Etats-Unis. Le service surfe sur les prix exorbitants affichés par les câbles opérateurs et le désavoeu qu'ils subissent dans l'opinion américaine.
pour huit dollars par mois, aereo propose d'accéder à une trentaine de chaînes
Pour huit dollars par mois, Aereo propose d'accéder à une trentaine de chaînes de télévision via Internet. © Capture d'écran

"Tout ce que nous voulons, c'est donner aux consommateurs une alternative au système complètement irrationnel dans lequel ils doivent payer beaucoup trop pour accéder à beaucoup trop de chaînes", déclarait le CEO d'Aereo, Chet Kanokia, dans une interview au Washington Post en avril dernier. Selon lui, Aereo pourrait toucher un marché de 30 à 50 millions de personnes, qui regardent ABC, NBC, CBS et Fox mais ne veulent pas payer un abonnement au câble pour des centaines de chaines qu'ils ne regardent jamais.

Une perspective qui inquiète les grandes chaînes. Leurs programmes sont relayés localement par les stations privées qui leur sont affiliées. Les opérateurs de distribution leur reversent ensuite un montant forfaitaire par abonné et par mois, négocié à l'avance. Ce sont donc les souscriptions au câble qui financent les networks, en plus de leurs revenus publicitaires. Qui dit perte d'abonnés au câble, dit perte de revenus.

La Fox menace de couper sa transmission par voie hertzienne

Une bataille juridique s'est engagée entre Aereo et les networks, qui estiment que le service viole les lois sur le copyright. Aereo, de son côté, argue que son service ne fait que permettre aux consommateurs d'accéder aux chaînes publiques grâce à une mini-antenne placée sur un serveur captant les ondes hertziennes. En 2012, un tribunal new-yorkais a donné raison à Aereo et la décision a été confirmée en avril dernier par une cour d'appel. CBS envisage déjà de porter plainte contre le lancement du service à Boston. La Fox, de son côté, menace de se retirer des ondes publiques. Perspective peu probable vu le fonctionnement de la chaîne : elle devrait dans ce cas convaincre toutes ses chaînes affiliées à travers le pays, soit plus de 200 opérateurs.

Un concurrent d'Aereo, nommé de manière provocante Aereokiller et déjà disponible à Washington, Dallas et Miami, a au contraire été reconnu coupable de voler le contenu des networks et a fait appel. En cas de condamnation, il serait peu probable que le système perdure. "La start-up perdrait son business model, basé sur du low cost. Pour fonctionner sur ce type d'offres, il faut être proche du gratuit", note Jacques Bajon.

En Europe, la menace présentée par ce type de services est moindre. "Le cas américain est très différent car les antennes-râteaux y sont beaucoup moins développées et l'accès aux chaînes gratuites est rare", explique Jacques Bajon. "Puisqu'en Europe l'accès gratuit et de qualité aux grandes chaînes est généralisé, l'incitation à suivre les programmes en live via Internet est moins forte."

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