"Main basse sur la culture" : trois extraits inédits Comment Hadopi est né d'un canular

« L'idée de la loi française de protection des droits d'auteur est née d'un canular à vocation pédagogique : du mensonge d'un père à son fils, pour qu'il cesse de télécharger illégalement ! Denis Olivennes, l'auteur du rapport à l'origine de la loi Création et Internet, dite Hadopi, nous le révèle dans son bureau du groupe Lagardère. 

Denis Olivennes : "Découvrant que mes fils pirataient, j'ai envoyé une fausse lettre à l'un d'eux avec un exergue donnant l'impression d'être officielle"

À l'époque, il était à la tête de la Fnac, préoccupé par l'effondrement des ventes de produits culturels. Revenant d'un voyage professionnel de l'autre côté de l'Atlantique, il a constaté, en tombant sur l'historique de l'ordinateur familial, que son fils de treize ans avait visité de nombreux sites de téléchargement illicite. Il raconte l'anecdote pour la première fois : "Je revenais des États-Unis, où j'avais rencontré des câblo-opérateurs qui avaient mis en place un système de riposte graduée. Le pourcentage très faible de récidive m'avait impressionné. En rentrant, découvrant que mes fils pirataient, j'ai envoyé une fausse lettre à l'un d'eux avec un exergue donnant l'impression d'être officielle, du genre En vertu de l'article L. 122-12 de la loi du 18 juillet 1943, patati patata, vous êtes exposé à une sanction de tant d'euros... En plus, comme je savais ce qu'il avait téléchargé, la lettre se poursuivait avec une description minutieuse des films piratés, avec la date et l'heure précises. J'ai mis la lettre à son nom dans la boîte. Quand il l'a ouverte il est devenu tout blanc et il a dit : P..., c'est fini, j'arrête ! J'ai vérifié in situ que le dispositif fonctionnait..." L'ancien haut fonctionnaire a ainsi posé la première pierre d'une loi dont la création, rocambolesque, mériterait à elle seule un roman politique. "Hadopi, c'est exactement le même procédé", reprend Denis Olivennes. "Je détecte des piratages, je vous envoie une notification pour vous dire d'arrêter : si vous recommencez je vous convoque devant la commission, et si vous recommencez encore je vous sanctionne", décrit-il. "L'expérience américaine montrait que 70% des gens arrêtaient dès la première lettre, et que sur ceux qui restaient, 90 % arrêtaient après la réunion avec la commission, et donc les cas de sanction étaient infinitésimaux !" »

 

Extrait de "Main basse sur la culture", Editions La Découverte, 280 pages, 19,50 €

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