Nicolas von Bulow (Clipperton Finance) "L'investissement d'Orange dans Dailymotion valide la prise de risque des investisseurs"

L'entrée d'Orange au capital de Dailymotion vient d'être finalisée. Nicolas von Bulow, associé de Clipperton Finance qui a conseillé le site, revient sur la problématique des sorties dans le capital-investissement en France.

JDN. L'investissement d'Orange de 59 millions d'euros dans Dailymotion vient d'être finalisé. S'agit-il d'un parcours sans faute de start-up ?

Nicolas von Bülow. Je ne sais pas si ce parcours est sans faute mais il me semble remarquable. Nous connaissons bien Dailymotion, puisque nous étions déjà conseil lors de son premier financement de 7 millions d'euros en 2006 par les fonds Partech et Atlas. C'est un parcours remarquable dans un environnement juridique, économique et technologique compliqué. Face au colosse YouTube, Dailymotion a été le seul succès parmi les autres sites de partage vidéo. Après un long bras de fer avec l'industrie des contenus, après avoir dû dépenser beaucoup en bande passante, Dailymotion a réussi. Désormais, Orange prend le relais. Cette participation de 49 % valide la prise de risque des investisseurs.
 

Orange leur permet effectivement de "sortir". Mais ce cas ne reste-t-il pas une exception en France, où les difficultés de sortie sont souvent soulignées ?

Pour un actionnaire de start-up, il y a trois types de sortie possible. Les acheteurs industriels français, ceux qui sont étrangers et l'entrée en Bourse. La Bourse française n'est pas très dynamique dans le secteur technologique, même si trop peu d'entreprises ont une taille crédible pour y entrer. Les acheteurs industriels technologiques potentiels sont également en nombre limité. Outre Orange, il n'y a pratiquement que Dassault dans les logiciels et Alcatel. D'une manière générale, les plus grands groupes ne jouent pas le jeu. Reste donc les rachats par des étrangers. C'est ce qui s'est produit récemment avec le japonais Rakuten et l'allemand Axel Springer.

 

On sent malgré tout un début de changement d'attitude des grandes entreprises françaises. Orange, PagesJaunes et d'autres montrent de plus en plus d'intérêt pour les jeunes pousses...

Effectivement, nous sommes au début de quelque chose. Des groupes, grands et moyens, sont en train de se structurer pour faciliter leurs acquisitions. C'est une bonne chose, mais rien ne remplace l'expérience. Les acquisitions, c'est comme le sport : il faut de l'entraînement pour avoir un savoir-faire. C'est cette culture des rachats, aussi bien sur l'opération elle-même que sur l'intégration des start-up, qui manque encore en France. Ces fonds corporate auront un rôle à jouer pour faire grossir l'écosystème, sans remplacer les fonds traditionnels.

 

Nicolas von Bülow a co-fondé Clipperton Finance en 2003. Il a commencé sa carrière en tant que consultant en stratégie chez Mars & Co, se spécialisant dans les télécoms, l'Internet et les médias, avant de rejoindre la banque d'investissement française NetsCapital, spécialisée dans les secteurs IT. Il est diplômé d'HEC et de l'Ecole normale supérieure.

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