Comment le Quantified Self va s'immiscer dans votre quotidien Suivi médical, fitness ou productivité... Les mesures sont nombreuses

Connais-toi toi-même ? Socrate n'avait probablement pas prévu la tournure qu'allait prendre son conseil à l'aune des nouvelles technologies. Le "quantified self", en français la "mesure de soi", consiste en la capture, l'analyse et le partage de données personnelles pour aboutir à une connaissance par les nombres de son corps ou de son comportement, ceci de façon simple et durable, parfoise même ludique. Cette nouvelle discipline s'applique à des domaines multiples, au premier rang desquels la santé, le sport et le bien-être, ou encore la productivité.

Initialement un hobby pour férus de cahiers à petits carreaux, le quantified self s'est ensuite transformé en véritable mouvement, que canalise le site QuantifiedSelf.com, créé par le cofondateur de Wired Kevin Kelly et son associé Gary Wolf. Mais la mesure de soi est surtout à l'origine d'une nouvelle industrie, qui voit éclore quantité d'outils et de start-up proposant diverses façons de se mesurer soi-même, via des centaines d'applications mobiles et Web et des dizaines de capteurs dédiés.

le smart baby monitor de withings
Le Smart Baby Monitor de Withings © Withings

L'exemple le plus connu dans l'Hexagone est sans doute celui du Français Withings, qui fabrique et commercialise des balances connectées depuis 2009, mais aujourd'hui aussi des tensiomètres communiquant avec les devices sous iOS, sur lesquels une application affiche les résultats et trace les courbes. Ces données sont exportables et partageables, en particulier par e-mail avec son médecin. La société française a également lancé des babyphones permettant de surveiller via son iPhone l'activité de son bébé et son environnement (bruit, mouvement, température et humidité) ou de lui chanter une berceuse à distance. La société édite enfin une application mobile conçue comme un "compagnon santé" mesurant poids, activité, rythme cardiaque et sommeil. A venir chez Withings : le pèse-bébé intelligent.

Pour sa part, l'Américain FitnessKeeper édite depuis 2009 une application iPhone et Android gratuite de coaching sportif pour les jogger : RunKeeper. Celle-ci compte 12 millions d'adeptes dans le monde et s'interface d'ailleurs avec le compagnon santé de Withings. L'utilisateur crée un profil qu'il peut lier à Facebook, puis définit son ou ses objectifs. Il précise pour chaque course le type d'activité (course, marche, roller...) et peut définir un programme d'entraînement ou encore trouver des partenaires de jogging. Une fois la course débutée, une voix guide le coureur sur le rythme à adopter et propose des récapitulatifs intermédiaires. A l'issue de la course, Runkeeper fournit un rapport complet : carte du parcours, durée de la course, vitesse et calories brûlées.

Dans la catégorie des outils plus généralistes, FitBit fabrique divers capteurs, podomètres et "coachs d'activité et de sommeil", à accrocher à ses vêtements permettant de mesurer les calories consommées, l'activité récente, le nombre d'étages montés à pied, la qualité du sommeil, l'alimentation... Lorsque l'utilisateur s'approche de la station FitBit branchée à son ordinateur, ces données partent dans le cloud, prêtes à être consultées sur un tableau de bord, soit pour un suivi personnel, soit pour être partagées. L'idée : combattre la sédentarité en donnant à l'utilisateur une vision affinée de l'exercice effectué durant la journée et de son évolution au fil du temps. Cet outil très complet commence à entrer dans la grande consommation, puisqu'il a trouvé sa place sur un rayon de la Fnac de Bordeaux.

l'appli mobile tactiosanté
L'appli mobile TactioSanté © Tactiosoft

Dans le domaine de la santé, le Canadien Tactio Software édite toute une gamme de solutions mobiles de suivi médical (hypertension, diabète, cholestérol, cardio-vasculaire, nutrition, activité physique, perte de poids...), centralisées sur le tableau de bord de l'application TactioSanté, qui se charge également d'envoyer des notifications, par exemple pour suggérer des dépistages. Bon nombre de capteurs (FitBit, Withings, Bodymedia, iHealth...) peuvent lui être connectés.

Et comme le quantified self ne se limite pas au sport et à la santé, Rescue Time se donne lui pour mission d'améliorer la productivité des personnes qui travaillent sur ordinateur. Ce service d'analytics personnels mesure d'abord le temps passé sur chaque application et sur chaque site Internet. Ensuite, il pondère ces durées en considérant par exemple que Word est très productif et Facebook très peu (il est possible de modifier ce paramétrage en fonction de son métier). In fine, le service produit un rapport complet, permettant par exemple à l'utilisateur de se rendre compte qu'il est plus productif l'après-midi, ou encore tellement peu le vendredi qu'il doit travailler le weekend pour compenser.

Le champ couvert par la mesure de soi ne cesse d'ailleurs de s'élargir. Consommation de caféine, capacités cognitives, expressions faciales, niveau d'hydratation, niveau de bruit ambiant, exposition à la lumière, étendue du vocabulaire employé, localisation géographique, économies d'argent réalisées, vins dégustés... Le quantified self n'a pas encore trouvé ses limites.

 

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