INTERVIEW
 
17/07/2007

"Le portefeuille du futur sera mobile"

En phase pilote dans de nombreux pays européens, le m-paiement est prêt à décoller, affirme un libre blanc publié par Atos Origin. Le point sur les solutions de paiement sur mobile et leurs opportunités de croissance avec l'auteur du rapport.
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Laurent Bailly
 
 
  • Directeur des offres et du business développement des marchés des télécoms et des médias, Atos Worldline, filiale d'Atos Origin
 

(Article modifié le 17/07/2007 à 12h30)

Atos Worldline, filiale d'Atos Origin, a publié début juillet un rapport intitulé "Breakthroughs in the European mobile payment market". Quelle est l'ambition de ce livre blanc ?

Il existe aujourd'hui une forte attente des utilisateurs pour des solutions intelligentes et faciles d'achat de biens ou de services via le téléphone mobile, ce qui crée des opportunités nouvelles pour les acteurs de cet écosystème. Mais en dépit des nombreux projets et initiatives mis en œuvre, aucune avancée décisive n'a encore été réalisée à ce jour. Il est temps aujourd'hui pour le m-paiement de réaliser son potentiel. L'objectif de ce livre blanc est de brosser le paysage des différentes solutions qui existent aujourd'hui et d'établir les opportunités de croissance de ce marché.

 

Quelles sont les conditions aujourd'hui réunies qui vous font affirmer que le marché du m-paiement est prêt à décoller ?

Le premier facteur est le fort taux de pénétration du mobile, de l'ordre de 100 % dans les pays développés et en forte croissance dans les pays en voie de développement. Ensuite, la maturité et la disponibilité des technologies et des solutions sans contact. Enfin, un cadre réglementaire plus souple favorables à de nouveaux entrants. En effet, une directive européenne de 2000 permet à des acteurs qui n'ont pas le statut d'institution de crédit d'émettre de la monnaie électronique. Depuis avril 2007, une nouvelle directive européenne permet à de nouveaux entrants de bénéficier du statut de fournisseur de services de paiement, à savoir d'offrir des services de dépôt, retrait, transfert d'argent, etc. D'ailleurs, des grands noms comme PayPal et Google, mais également de nombreuses start-up en Europe, détiennent déjà leur licence d'émetteur de monnaie électronique.

 

Quels sont les différents types de solutions de paiement sur mobile ?

Nous établissons deux grandes catégories de paiement sur mobile : le paiement à distance ("remote payment") et le paiement de proximité. Dans les cas de paiement à distance, il n'y pas de contact physique et le mobile sert de terminal d'authentification de l'acheteur, sorte de porte-monnaie mobile. Le paiement mobile de proximité est un paiement sans contact, basé sur la technologie NFC ( "near field communication"). Dans ce cas, le mobile agit comme une carte de paiement sans contact.

 

"Le P2P crée de nouvelles  opportunités de paiement sur mobile"

Quelles sont les solutions qui fonctionnement le mieux aujourd'hui ?

La solution de paiement sur mobile la plus développée aujourd'hui est le paiement par SMS surtaxé, pour les achats à faible valeur (moins de 10 euros), qui repose sur les solutions d'authentification et de facturation des opérateurs mobiles. Ce marché du Premium existe dans la plupart des pays européens et est aujourd'hui mature. D'autres variantes sont la possibilité de recharger un compte prépayé directement avec mobile, de payer des factures ou de payer sur Internet via su mobile. Toutefois, dans le domaine des solutions de paiement à distance, il existe désormais de nouvelles opportunités avec le P2P.

 

Le P2P ?

Le paiement de personne à personne via le mobile. Sur Internet, le succès du P2P comme solution de paiement a été porté par les sites d'enchères comme eBay et les plates-formes de vente entre particuliers. Le défi pour le P2P mobile est de trouver un équivalent en termes d'application. Nous en avons identifié deux : le transfert de fonds internationaux et les m-POS (points de vente mobiles).

 

Les solutions m-POS concernent les marchands qui n'ont pas de terminal de paiement par carte bancaire. En Belgique, cela représente environ 200.000 commerçants, soit un marché annuel de 1,5 milliard de transactions, en cash ou par chèque que le mobile pourrait adresser. Par conséquent, la perspective de croissance de ce type de solution est énorme en Europe.

 

Le marché des transferts de fonds internationaux s'élevait quant à lui à 257 milliards de dollars en 2005. C'est une opportunité intéressante pour les opérateurs mobiles et les banques. Le lancement récent d'une solution de transfert de fonds via le mobile par la GSM Association et Mastercard devrait tôt ou tard accélérer le développement de marché au niveau international. Une autre opportunité pour les opérateurs mobiles et les banques est d'apporter l'accès aux services financiers aux populations des pays en voie de développement.

 

"L'environnement Wap n'est pas adapté au shopping"

Qu'en est-il du paiement par carte bancaire sur mobile, pour des biens à forte valeur, comme pour le e-commerce ?

Il existe aujourd'hui peu de sites marchands qui vendent des biens physiques sur le mobile aujourd'hui et honnêtement, je ne crois pas que ce type de paiement va se développer fortement. L'environnement et la navigation sur le Wap ne sont pas adaptés au shopping.

 

En revanche, il existe déjà de nombreuses initiatives de macro paiements sur mobile : PayPal Mobile ou Google Checkout Mobile, solutions basées sur le P2P et le paiement par SMS, Luup dans les pays nordiques et Tunz en Belgique qu se concentrent sur les paiements sur Internet ; ou encore des initiatives des banques comme MOVO de la Caisse d'Epargne, Mobipay en Espagne et mBanxafe en Belgique.

 

Ces initiatives sont intéressantes mais sont isolées ou se concentrent sur un nombre réduit d'opportunités de m-paiement. Ce ne sera pas le gros du marché à long terme des transactions sur mobiles.

 

 
Valeur totale des transactions sur mobile par régions, perspectives 2007-2011 © Juniper Research
 

Quelle est l'opportunité de croissance la plus importante pour le m-paiement ?

La technologie sans contact NFC, qui permet de payer avec son mobile dans les magasins, comme cela existe déjà au japon avec la solution FeliCa de NTT DoCoMo. Le futur du téléphone mobile est de devenir un portefeuille, capable de stocker différentes solutions de paiement dématérialisées (carte bancaire, cartes de fidélité, titres de transport, etc.). Le succès de ce type de solutions est garanti car aujourd'hui le mobile est devenu un compagnon indispensable, qui ne quitte plus la poche de l'utilisateur.

 

Outre le Japon, il existe d'ailleurs de nombreuses expérimentations en Europe, et notamment en France : le pilote "NFC Caen" d'Orange, Cofinoga et Vinci ; le projet de pass Navigo entre la RATP et Bouygues Telecom ; le pilote MOTESpay encore à Caen qui implique la Caisse d'Epargne et la Banque Populaire, Atos Worldline, l'université de Caen et le Groupement des Cartes Bancaires ; ou encore le projet P€gasus, initiative commune de paiement sans contact via le mobile des opérateurs et banques français.

 

A combien est estimé le marché des transactions sur mobile aujourd'hui et quand, selon vous, ce marché va-t-il décoller ?

Nous ne collectons pas de données de marché. Une étude récente de Juniper Research annonce un marché mondial de transactions via le mobile d'une valeur de deux milliards de dollars en 2007, et une perspective de croissance à 22 milliards de dollars en 2011. Je pense que les initiatives et projets expérimentaux vont se multiplier encore cette année et en 2008. Les premiers déploiements commerciaux de solutions de m-paiement sont donc attendus pour 2009 ou 2010.

 

 
En savoir plus
 
 
description brève de l'image
 

Quelles sont les clés du succès pour que ce marché décolle ?

Le premier enjeu est de trouver un modèle économique vertueux entre les différents acteurs, à savoir les banques, les opérateurs mobiles et les commerçants. L'écosystème des transactions sur mobile est complexe. Les projets pilotes permettent aux modèles économiques de s'affiner.

 

Le second enjeu est l'indispensable collaboration entre les acteurs afin d'éviter la multiplication de solutions non compatibles, donc au final complexes pour l'utilisateur. L'interopérabilité des solutions est la clé du succès.

 

 

 
Parcours
 
 

Laurent Bailly est actuellement directeur des offres et du business development de l'unité d'affaire Télécom-Utilities-Média chez Atos Worline France.

 

Après avoir été responsable des projets de banque à distance et e-commerce de la Caisse d'Epargne de Flandre, Laurent Bailly a rejoint Atos Worldline en 2000 pour gérer les projets R&D et diriger le portefeuille d'offres eServices d'Atos Worldline.

 

Laurent Bailly est diplômé Polytech'Lille en informatique, et ESSEC Paris en marketing et management commercial.

 


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