Nicolas Pollet (Invibes) "Le désintérêt des VC nous a incité à nous tourner vers le marché libre d'Euronext"

Le patron du spécialiste de la publicité "in-feed" déplore le manque d'intérêt des fonds pour le secteur de l'adtech. Il espère trouver en bourse de quoi financer son développement international.

JDN. Vous allez vous introduire sur le marché libre d'Euronext Paris le 22 juillet. Pourquoi vous introduire en bourse plutôt que de procéder à une nouvelle levée auprès de fonds privés ?

Nicolas Pollet, cofondateur d'Invibes © Invibes

Nicolas Pollet (Invibes). La raison est très simple : le marché de l'adtech n'attire plus les investisseurs privés. Ils lui préfèrent des secteurs plus porteurs comme la fintech, l'économie "on-demand" ou encore le collaboratif. Un investisseur ne sera jamais critiqué pour avoir investi dans un Foodora ou un Deliveroo, quand bien même la sortie pourrait être finalement ratée.

C'est tout le contraire dans l'adtech. Les exemples de sociétés qui se sont plantées, car elles n'avaient en fait aucune technologie ou aucune barrière à l'entrée, ont échaudé les investisseurs. C'est un marché très compliqué à comprendre, avec des acteurs pas toujours honnêtes qui font des annonces produits sans rien proposer de concret derrière. Après quelques années de ce petit jeu, les fonds sont moins enclins à s'y replonger. D'autant qu'il est compliqué aujourd'hui pour une société adtech de s'introduire en bourse…

 

C'est le discours que vous tiennent les fonds ?

Ils ne le disent pas aussi clairement mais leurs exigences démesurées trahissent cette vérité. Après une première levée 1 million d'euros auprès d'angels et d'amis en mai 2011, deux ans de R&D et un pivot en 2014, le produit avait enfin été arrêté : proposer aux annonceurs un format de publicité similaire à celui des réseaux sociaux sur des sites média, le fameux format in-feed popularisé par Facebook.

A partir de là, les allers-retours avec les fonds d'investissements pour passer à la vitesse supérieure n'ont pas cessé. On nous a d'abord demandé de muscler notre portefeuille de clients. 6 mois plus tard c'était fait, on nous a alors demandé de prouver notre rentabilité opérationnelle. Rebelote 6 mois plus tard où on nous a cette fois demandé de démontrer l'existence de débouchés internationaux...

Invibes a réalisé 1,75 million d'euros de chiffre d'affaires en 2015 pour un Ebit positif et une croissance annuelle moyenne proche de 100%. Il faut croire que ce n'est pas suffisant.

 

D'où le marché libre d'Euronext. Quelles y sont vos ambitions ?

L'opération, qui s'accompagne d'une levée de fonds de 500 000 euros auprès de deux entrepreneurs qui ont connu les mêmes tracas que nous, marque une première étape importante dans notre développement international. Nous allons introduire 120 000 actions, soit 5,7% du capital qui devient "flottant" pour un montant maximum de 600 000 euros. La société est au passage valorisée 10,4 millions d'euros.

L'opération va permettre à nos actionnaires qui le veulent de sortir. Elle permet de renforcer la notoriété d'Invibes et d'avoir recours dans un second temps au marché pour financer notre croissance. Nous nous lançons en Espagne, au Brésil, en Suisse et en Pologne. Nous espérons que ces quatre pays démontreront la pertinence de notre offre et nous permettrons de lever plusieurs millions d'euros sur Euronext dans un an.

 

Créé en 2011, Invibes est une société adtech qui a développé une solution publicitaire qui s'appuie sur un format In-feed (intégrée dans les contenus média) inspiré des réseaux sociaux et optimisé pour une diffusion sur un réseau fermé de sites média. La société travaille avec des partenaires comme Lagardère, Le Monde ou encore le groupe CCM Benchmark (éditeur du JDN). Elle compte parmi ses clients des marques comme  PSA, Volkswagen ou encore L'Oréal.

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