Opération dernière chance pour Free sur la 3G

Alors que la licence 3G s'éloigne de plus en plus de Free, Xavier Niel annonce qu'il veut se battre contre la loi anti-piratage. Hasard du calendrier ou coup de pression politique de la dernière chance ?

La partie de billard à trois bandes qui se joue entre Free et le gouvernement au sujet de l'obtention de la quatrième licence 3G touche à sa fin. Et alors que cette quatrième licence semble lui échapper, Free menace le gouvernement de partir en guerre contre la loi anti-piratage. Pourtant avare en interviews, le patron de Free a en effet tiré un coup de semonce remarqué contre la loi "Création et Internet" (ex-Hadopi) dans le numéro de Capital du mois d'août.

 

Pour Xavier Niel, ce projet de loi est "liberticide" et aura pour conséquence "un flicage systématique" des internautes. "On met le doigt dans un engrenage qui ne nous plait pas", rajoute-t-il. D'ailleurs, il prévient : "notre été sera studieux. Nous avons d'abord envie de nous battre contre la loi Hadopi".

 

Cette menace en règle envoyée au gouvernement intervient alors que les rumeurs faisant état de l'abandon de la quatrième licence 3G refont surface. Selon le Canard Enchaîné de mercredi, le lobbying des trois opérateurs mobile en place aurait porté ses fruits. Le scénario envisagé aujourd'hui par l'Elysée serait un partage des fréquences restant à attribuer entre Orange, SFR et Bouygues Telecom. Exit donc le nouvel entrant et les ambitions de Free dans le mobile. Déjà, en avril, l'agence Dow Jones citait un haut responsable gouvernemental qui expliquait que le gouvernement français pensait abandonner l'idée d'un nouvel entrant sur ce marché.

 

La décision du gouvernement sur ce dossier est attendue en septembre prochain. D'ici là, Free fera naturellement tout son possible pour obtenir gain de cause. Et conscient de l'enjeu fortement politique de cette décision, l'opérateur pourrait être tenté de mobiliser les internautes contre la loi anti-piratage comme il l'avait déjà fait contre ce qu'il avait baptisé "l'impôt Internet", pour faire pression sur le gouvernement.

 

L'opérateur n'en serait pas à son coup d'essai. Au début de l'année 2007, il avait ainsi réussi à réunir plus de 500 000 signatures en l'espace de deux jours pour contester la mise en place d'une taxe touchant les FAI afin de financer la création audiovisuelle. Si la taxe avait quand même fini par être votée (lire l'article : L'Assemblée nationale entérine "l'impôt Internet", du 02/02/07), le "trublion de l'Internet" avait déjà démontré sa capacité de nuisance politique, à défaut d'avoir eu un lobbying parlementaire efficace.

 

Lier le dossier de la loi anti-piratage à celui de la 3G n'est pas une première. En octobre dernier, Christine Albanel avait elle-même fait ce lien en déclarant : "l'engagement tangible de Free dans la lutte contre le piratage est un prérequis essentiel à l'examen de son dossier d'attribution d'une 4ème licence de téléphonie 3G". Depuis, le FAI avait semblé docile, signant sans sourciller les accords Olivennes où il acceptait de tester les technologies de filtrage des réseaux et de les déployer si elles se montraient techniquement et financièrement viables. Un compromis qu'il considérait alors comme nécessaire pour ne pas se mettre à dos l'Elysée qui poussait à la conclusion rapide de cet accord.

 

Puisque la quatrième licence pourrait lui échapper, Xavier Niel se sent sans doute plus libre sur cette question. D'autant que mener la fronde contre le déjà très impopulaire projet de loi anti-piratage mettrait la pression sur l'Elysée, et qui sait, pourrait inciter le cabinet présidentiel à ne pas en rajouter en faisant un choix encore impopulaire sur la 3G. Car une telle décision serait sans doute mal perçue par les consommateurs. Surtout quand le prétendant à cette licence promet d'être "trois, quatre, cinq, voire dix fois moins cher que les autres".

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