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INTERVIEW
28/02/2008
"L'industrie du mobile est lente à déployer les innovations"
Pouvez-vous nous présenter 3i ? 3i est une société britannique cotée à Londres, leader mondial du capital investissement, qui intervient sur tous les métiers (buyout, capital-risque, capital développement, quoted private equity) et dans tous les secteurs, de la santé aux médias, en passant par la grande consommation, les services financiers, services aux entreprises, l'énergie, et bien sûr les nouvelles technologies.
Chez 3i, nous accompagnons les entreprises technologiques depuis plus de 20 ans, apportant notre soutien quelques soient les cycles technologiques et économiques. Nous avons travaillé ainsi avec de nombreux entrepreneurs pour transformer leurs projets novateurs en entreprises ambitieuses et performantes.
Dans quels secteurs opèrent les entreprises technologiques que vous accompagnez ? Dans quatre principaux secteurs : le software et l'Internet, les télécoms, l'électronique te les semi-conducteurs, et les services IT. 3i compte environ 150 sociétés technologiques dans son portefeuille dans le monde. En France, nous avons par exemple investi dans PriceMinister, Seloger.com, Screentonic, DiBcom, Fastbooking et récemment Twenga.
Quel est votre modèle d'investissement et à combien s'élèvent en moyenne vos opérations de financement ? Notre règle est d'intervenir dans le financement de sociétés soit tôt dans la vie de l'entreprise, soit tard. Nous tendons d'ailleurs de plus en plus vers ce dernier modèle, à la frontière entre le capital-risque et le capital développement, c'est-à-dire au moment de vie de l'entreprise où celle-ci a besoin de fonds pour se développer, par des opérations de croissance externe ou interne, ou de se re-financer suite à la sortie d'un actionnaire. C'est pourquoi nous investissons en général un minimum de 15 à 20 millions d'euros dans une entreprise.
Pourquoi 3i était-elle présente au Mobile World Congress 2008 de Barcelone ? Nous comptons dans notre portefeuille une trentaine de sociétés spécialisées dans les services mobiles qui exposaient au Mobile World Congress 2008, parmi lesquelles DiBcom, Screentonic, Vonage, Kineto, Sonim Technologies, u-blox, The Cloud, etc. Le Mobile World Congress est l'évement annuel le plus important du secteur de la téléphonie mobile. C'est pourquoi nous nous devons d'être présent pour accompagner nos sociétés en portefeuille et les faire rencontrer des acteurs tiers.
Avez-vous remarqué des sociétés particulièrement innovantes sur le secteur de la mobilité et dans lesquelles vous souhaiteriez investir ? A vrai dire, une seule société a attiré notre attention, mais je ne peux pas vous dire son nom car nous espérons bientôt signer avec elle. Sinon, je trouve que l'industrie du mobile, qui est pourtant très jeune car âgée d'à peine 15 ans, est déjà une vieille industrie. Elle est de plus en plus lente à déployer des innovations. Par exemple la télévision sur mobile, sujet chaud du 3GSM de 2005, est encore en phase d'expérimentations. Je suis étonné du temps que mettent les acteurs concernés à trouver un modèle économique "win-win" pour déployer massivement ce service. Globalement, les annonces faites cette année au mobile World Congress ressemblent à celles de l'année dernière et sont à très long terme.
Quels sont les freins à l'innovation selon vous dans le secteur de la mobilité ? Les opérateurs mobiles principalement. Contrairement au Web, qui est une plate-forme ouverte, le mobile est un monde fermé où les opérateurs veillent au grain pour être partie prenante de toutes les transactions et tous les nouveaux services. En outre, la bande passante de l'Internet mobile est médiocre et encore très chère, ce qui n'encourage pas les usages et le décollage de l'audience.
Aujourd'hui, il y a une confusion entre l'Internet mobile et l'Internet sur le mobile. L'avenir, c'est bien sûr l'Internet sur le mobile, c'est-à-dire tous les services du Web accessibles indifféremment sur ordinateur ou sur un terminal mobile, et non pas un univers de sites fermés comme avec le Wap par exemple. Mais les opérateurs mobiles, attachés à leur modèle de portail fermé, n'acceptent pas cette perspective.
Plus globalement, quels sont vos critères d'investissement dans des sociétés télécoms ? 3i investit depuis plus de vingt ans dans les télécoms. Notre portefeuille compte une cinquantaine de sociétés de ce secteur pour une valeur dépassant 175 millions d'euros. Toutefois, ces deux dernières années, nous avons sous investi dans les télécoms en faveur de sociétés de services et de contenus Web.
En effet, il existe trois principaux critères dans un projet d'investissement : il faut bien sûr croire à la réussite et la viabilité du projet, croire en l'équipe de dirigeants, et il faut qu'il y ait un bon timing en terme de retour sur investissement. Or faire décoller un business dans les télécoms prend deux à trois fois plus de temps qu'un projet Internet.
Les start-up télécoms ne peuvent pas être rentables à court terme ? Effectivement, les taux de croissance dans les télécoms sont rarement explosifs et la croissance coûte très chère. Le rapport taux de croissance / efficacité capitalistique est moindre dans le secteur des télécoms par rapport au secteur Internet. Déployer des offres de services sur les réseaux télécoms traditionnels est beaucoup plus long que sur des réseaux Web, d'autant que les acteurs traditionnels, les opérateurs, n'ont la même culture de start-up que les acteurs du Web.
Selon vous donc, il n'y a pas ou peu d'innovation dans les télécoms ? Si, mais l'innovation vient indirectement par l'interpénétration avec le secteur de l'Internet. Aujourd'hui, le monde de l'Internet envahit celui des télécoms, réduisant les opérateurs au rôle de tuyau. C'est ce mouvement qui déclenche l'innovation dans le secteur des télécoms.
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