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Mickaël Wamen (d), porte-parole des ex-salariés de Goodyear, à la cour d'appel d'Amiens le 11 janvier 2017 (Photo FRANCOIS NASCIMBENI/AFP)

Mercredi 11 janvier 2017, 21h18
En prononçant des peines avec sursis et même une relaxe, la cour d'appel d'Amiens a nettement adouci mercredi les condamnations à de la prison ferme prononcées en première instance à l'encontre de huit salariés de Goodyear Amiens-Nord, poursuivis pour avoir séquestré en 2014 deux dirigeants de leur usine.

Le 12 janvier 2016, les huit prévenus avaient en effet été condamnés à 24 mois de prison dont neuf ferme, un jugement qui avait soulevé une vague d'indignations parmi les syndicats et dans la classe politique à gauche.

A l'audience en appel, le 19 octobre dernier, l'avocat général Dominique Tailhardat avait requis deux ans de prison avec sursis à l'encontre des huit hommes, parmi lesquels cinq militants CGT.

A ses yeux, les faits relevaient de la "délinquance pure et simple". Ils ont essayé "de détruire psychologiquement" les deux cadres séquestrés, "les insultes ont fusé tout comme les actes d'humiliation", avait soutenu M. Tailhardat.

Jean-Baptiste Reddé alias Voltuan participe à la manifestation de soutien aux huit salariés de Goodyear Amiens-Nord devant la cour d'appel d'Amiens le 11 janvier 2017. (Photo FRANCOIS NASCIMBENI/AFP)

Les poursuites étaient intentées par le parquet. Goodyear avait retiré sa plainte, comme les deux cadres concernés.

Les 6 et 7 janvier 2014, le directeur des ressources humaines et le directeur de la production avaient été retenus pendant une trentaine d'heures dans les locaux de l'usine de pneumatiques occupée par quelques dizaines de salariés en colère après l'annonce de la fermeture de ce site de 1.143 salariés.

Quatre des salariés, dont Mickaël Wamen, ex-leader de la CGT de l'usine, ont été reconnus coupables de séquestration et condamnés à 12 mois avec sursis. En revanche, ils ont été relaxés du chef d'accusation de "violences en réunion".

- "Pourvoi en cassation" -

A l'inverse, trois salariés ont été relaxés du chef de "séquestration" mais reconnus coupables de "violences en réunion". Deux d'entre eux ont été condamnés à trois mois avec sursis, le troisième à deux mois avec sursis.

Ces sept-là se sont vu aussi infliger une mise à l'épreuve pendant cinq ans. La peine sera inscrite à leur casier judiciaire. Le huitième salarié poursuivi, Hassan Boukri, a été totalement relaxé.

"Je suis scotché, on s'attendait à une relaxe", la plupart "ont quand même une condamnation qui est maintenue. Certes, elle est nettement plus légère qu'en première instance, mais bon ça fait mal", a réagi Mickaël Wamen à l'issue du délibéré.

L'avocat des prévenus, Fiodor Rilov, a annoncé un pourvoi en cassation, visant à atteindre "l'objectif qu'on s'était fixé au départ, à savoir la relaxe pour la totalité des militants syndicaux poursuivis". Pour la direction de la CGT, "l'acharnement continue", ce qui est "totalement inacceptable alors même qu’il n’existe plus aucun plaignant".

A l'inverse, l'Avosial (avocats d'entreprise en droit social) a jugé "équilibrée" la décision de la cour d'appel. "Annoncée il y a un an en première instance, la fin de l'impunité des auteurs de violences sociales est aujourd'hui confirmée", estime le syndicat.

Environ 350 militants CGT étaient rassemblés en fin de matinée devant le palais de justice, avant le jugement. "La relaxe! La relaxe!" scandaient-ils. "Nous trouvons injuste que des gens qui ont défendu leurs emplois et ceux de leurs camarades soient condamnés. Ils sont traités comme des voyous, des délinquants..." regrettait Laurent Coussin, adhérent CGT venu du Havre en bus.

La condamnation des huit anciens salariés à de la prison ferme en première instance avait provoqué un tollé en France où plusieurs manifestations de soutien avaient été organisées et une pétition en ligne réclamant l'arrêt des poursuites à leur encontre avait recueilli plus de 171.000 signatures. La CGT y avait vu un symbole de la "criminalisation de l'action syndicale".

Lors du procès en appel, 10.000 personnes selon la CGT et 5.000 selon la préfecture s'étaient rassemblées pour soutenir les prévenus, dont le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, Jean-Luc Mélenchon, Olivier Besancenot (NPA).

Les prévenus encouraient jusqu'à cinq ans de prison.

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