La pomme à chair rouge s'apprête à débarquer en France

Pomme à chair rouge Plusieurs producteurs développent des variétés colorées et bourrées d'antioxydants du célèbre fruit. Un futur best-seller ?

De l'extérieur, rien ne permet de distinguer la Red Love d'une autre pomme. Mais une fois coupée en deux, le fruit ressemble à une tomate. La Red Love est la première représentante d'un nouveau marché pour les producteurs de fruits : celui de la pomme à chair rouge. Ces derniers espèrent avec elle reproduire le succès de l'orange sanguine ou du kiwi jaune.

20 hectares de vergers de Red Love ont déjà été plantés en France et 100 tonnes arriveront sur le marché en 2015

Trois producteurs en France sont aujourd'hui sur les rangs. Le projet le plus avancé est donc celui de Red Love, une entreprise située dans les Alpes de Haute-Provence et créée pour l'occasion. 20 hectares de vergers ont déjà été plantés en France et 100 tonnes  arriveront sur le marché en 2015, réparties sur 6 pays européens.

Un "test" grandeur nature avant la possible montée en puissance de la marque. "Nous visons 1 000 tonnes d'ici trois ans", assure Pierre Clos, le directeur commercial de Red Love en France. La variété a été développée en Suisse, en croisant une pomme à cidre avec d'autres variétés plus sucrées. Outre sa couleur étonnante, la pomme rouge présente plusieurs avantages : elle est très riche en antioxydants, qui aident à lutter contre le cancer, et elle est résistante à la tavelure, une maladie courante des pommiers, ce qui permettra de se passer de traitement pesticide, d'après Pierre Clos.

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Le consortium Ifored développe 24 sélections différentes de pommes colorées. © Ifored

Il faut croire que le créneau est prometteur, car la Red Love s'apprête à voir débarquer plusieurs concurrentes. Les pépinières Escande, dans le Lot-et-Garonne, planchent depuis plusieurs années déjà sur leurs propres variétés à l'aide d'un partenaire italien (Kiku). Un hectare vient d'être planté en France et trois en Italie.

Le projet le plus ambitieux est sans doute celui d'Ifored, un consortium international créé en 2012 pour développer des variétés de pomme rouge. Une organisation qui à travers ses membres possède une force de frappe de 3 millions de tonnes par an. 24 sélections sont actuellement en cours d'évaluation. Ifored ne va d'ailleurs pas se contenter de la pomme rouge mais compte développer toute une gamme de couleurs, du jaune au rouge vif, avec une palette gustative qui s'étend "du doux à l'acidulé". Il faudra patienter encore plusieurs années avant de les déguster : les plantations de vergers pilotes sont prévus pour la mi-2015.

Un gros effort marketing en perspective

Reste à faire connaître cette nouvelle sorte de pomme. Premier pépin : sans la couper, on ne voit pas qu'elle est rouge à l'intérieur. Difficile donc de la repérer sur les étals.

"Il pourrait y avoir une certaine résistance du consommateur, qui pense que ce n'est pas naturel", reconnaît également Pierre Clos. Un gros effort de pédagogie est donc à prévoir. "Nous investissons énormément dans le marketing", assure d'ailleurs Bruno Essner, le président d'Ifored. Il faudra aussi faire avaler au client un prix relativement élevé. "Autour de 1,85 à 2,80 euros le kilo", estime Pierre Clos pour Red Love. Soit autant que la Pink Lady, une pomme déjà dans le haut de la gamme de prix. "Les arbres coûtent plus chers", justifie Pierre Clos qui revendique d'ailleurs un positionnement de niche.

Tous croient cependant dur comme fer au potentiel commercial de leur pomme. Outre la pomme à déguster, Red Love prépare des tartes, du cidre "rosé" ou de la compote. "Le consommateur est sans cesse à la recherche de nouveauté", assure Hans Scholten, des pépinières Escande. "Après tout, il y a bien la place sur le marché pour des prunes de toutes les couleurs".


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