Les drones bientôt indispensables aux voitures ?

Intégré au véhicule, le drone peut décupler ses capacités en explorant facilement et rapidement les endroits les plus inaccessibles.

Installer un drone à l'arrière d'un pickup, une idée gadget ? Au contraire, répond le constructeur automobile américain Ford qui, pour ce projet, s'est associé au fabricant chinois de drones DJI et… à l'ONU.

Car loin de considérer qu'il s'agit d'un instrument de divertissement, Ford et DJI veulent faire de la technologie drone-to-car un outil efficace pour les casques bleus : "Les forces des Nations Unies ont beaucoup de mal à aller sur des zones accidentées, lors de conflits armés mais aussi des catastrophes naturelles. DJI lance chaque année un challenge destiné aux développeurs et nous avons pensé que c'était l'opportunité de tester l'idée et de voir jusqu'où l'on pourrait aller", raconte Olivier Gallic, porte-parole de Ford France.

"Le véhicule collecte les informations recueillies par le drone et les analyse en temps réel"

Et le défi est de taille : "Le drone devra pouvoir décoller et atterrir de façon autonome de la plateforme arrière du pickup, utiliser ses capteurs pour détecter des survivants par exemple et renvoyer automatiquement les informations au véhicule", précise Adam Najberg, porte-parole de DJI. "Pour travailler efficacement, drone et véhicule doivent être en permanence connectés, même lorsqu'ils sont en mouvement. Le véhicule devient alors une plateforme connectée capable à la fois de collecter les informations recueillies par le drone mais aussi de les analyser en temps réel", poursuit-il.

Concrètement, les drones seront équipés de nombreux capteurs, pour la plupart semblables à ceux utilisés pour les véhicules autonomes, comme les radars Lidar capables de reproduire en 3D la cartographie des lieux survolés. Le smartphone du conducteur assure quant à lui la transmission des informations entre la voiture et le drone puis vers le cloud.

Le drone de DJI décolle et atterrit sur le pickup Ford même quand il roule. © Ford

Mais si l'efficacité du drone dans les missions de recherche et de secours est, selon Ford et DJI, incontestable, une question se pose : n'existe-t-il pas d'autres outils plus efficaces et moins coûteux ?

Non, affirme Adam Najberg : "Certes, il y a de nombreux capteurs au sol qui sont capables de détecter des êtres vivants grâce aux radiations de leur corps. Mais si vous voulez couvrir une large partie d'un territoire, il faut prendre de la hauteur pour obtenir une perspective satisfaisante. Et pour ce genre de mission, les drones sont bien moins chers que des hélicoptères ou des avions."

L'efficacité du drone dans les missions de recherche et de secours est incontestable selon Ford et DJI

Des avantages qu'a vite compris Ford, qui voit déjà au-delà de ce projet pour l'instant unique en son genre : "Nous nous intéressons depuis longtemps aux drones, qui font partie de notre plan de transformation qui vise à passer d'un constructeur automobile à un opérateur de mobilité intelligente au sens large", explique Olivier Gallic.

Et selon lui, la marque entend bien aller plus loin si le test est concluant : "Il faut qu'un environnement législatif se mette en place. Une fois que l'on aura fait nos preuves avec l'ONU, cela pourrait convaincre les autorités mais aussi nous aider à établir de nouveaux partenariats."

C'est que les opportunités seraient nombreuses d'après Adam Najberg : "Couplés aux véhicules des forces de l'ordre, les drones peuvent aussi être utilisés pour détecter les voitures mal garées et les verbaliser. Nous avons déjà testé ce système en Chine. Et cette technologie pourrait également être mise au service des citoyens pour, un jour, les aider à trouver une place de parking libre".

"Couplés aux véhicules des forces de l'ordre, les drones peuvent aussi  détecter les voitures mal garées"

Et cela pourrait même, selon lui, aider au développement des voiture sans chauffeur : "Les drones peuvent faire beaucoup de chose de manière semi-autonome. Et nous voyons que les fonctions autonomes des véhicules sont de plus en plus testées. Il est donc possible que des comportements jumelés semi-autonomes, voire même complètement autonomes, se développent à l'avenir entre la voiture et le drone."

D'autres que Ford entendent aussi se servir une part du gâteau. Début janvier 2016, Toyota confiait au Wall Street Journal plancher sur la communication drone-to-vehicle. En février 2014, Renault avait déjà présenté le concept car Kwid, une voiture deux places équipée d'un mini-drone capable de la renseigner sur le trafic ou de prendre des photos du paysage. Et le spécialiste suisse Rinspeed vient lui aussi de présenter son projet de berline de luxe équipée d'un drone, nommée Etos.

"Il ne faudra que quelques années pour que la technologie soit mature"

Le PDG de Rinspeed, Frank M. Rinderknecht, a cependant une toute autre vision des usages de la technologie drone-to-car : "Nous la voyons plutôt comme une possibilité d'apporter du fun. Cela pourrait être le futur du selfie-stick, voire même un moyen de se faire livrer des achats directement dans son véhicule en pleine route, comme par exemple un bouquet de fleurs à offrir à sa femme."

Mais il reste une inconnue pour Adam Najberg, et pas des moindres : "Nous ne savons pas encore s'il y aura une demande du côté du grand public. Mais une chose est sûre : il ne faudra que quelques années pour que la technologie soit mature."

 

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