Chut… Nous avons visité le laboratoire voiture autonome de Valeo

L'équipementier automobile français développe ses nouvelles technologies embarquées dans un discret bâtiment de la banlieue parisienne.

Le cadre ne paye pas de mine, et pourtant. C'est bien là, entre deux entrepôts d'une petite zone d'activité de Bobigny (Seine-Saint-Denis), qu'est en train de s'écrire une partie de l'histoire de la voiture autonome.

Dans cette ancienne usine classée aux monuments historiques, rénovée et agrandie il y a peu, s'activent 650 des 12 000 employés de Valeo dédiés à la recherche et développement dans le monde. D'abord concentrés sur les dispositifs de vision des véhicules, c'est-à-dire les phares et les divers capteurs embarqués, les employés du centre de Bobigny sont de plus en plus nombreux à travailler exclusivement sur la voiture sans chauffeur, indique, sans révéler de chiffre précis, Vanessa Picron, directrice Driving Assistance Research : "Il y a encore trois ans, cette équipe n'était constituée que de quelques personnes. Il y en a aujourd'hui plusieurs dizaines, dont beaucoup de mathématiciens et d'électroniciens. Il y a aussi les ingénieurs logiciels et les spécialistes pour les essais des véhicules."

Ces véhicules n'auront bientôt plus besoin de chauffeur grâce aux équipements qu'installent les ingénieurs de Valeo. © Cécile Debise / JDN

"Nous avons commencé par mettre au point les technologies Cruise4U, qui permettent au véhicule de circuler de manière autonome sur des infrastructures maîtrisées, c'est-à-dire sans piétons ni feux de signalisation notamment, comme une autoroute par exemple. Ces technologies sont aujourd'hui en phase de standardisation et équiperont les véhicules particuliers à court ou moyen terme", raconte-t-elle.

Une première étape avant d'imaginer la voiture sans chauffeur : "Nous nous focalisons désormais sur le Drive4U, autrement dit la voiture 100% autonome, capable d'aller d'un point A à un point B sans intervention humaine et dans toutes les conditions de circulation", poursuit Vanessa Picron.

Les chercheurs de Valeo ont déjà parcouru 4 000 kilomètres sur autoroute pour tester leur voiture autonome. © Cécile Debise / JDN

Dans un grand open space qui fleure bon les années 70, aux cloisons en bois et au sol en parquet, les discussions vont bon train autour des écrans d'ordinateurs. "On se charge ici d'intégrer les technologies développées par le groupe et de les mettre en application à l'aide d'algorithmes et de l'intelligence artificielle." Et le centre de Bobigny a un rôle crucial dans la stratégie de l'équipementier : "une unité en Allemagne fabrique les capteurs d'aide à la conduite, comme les radars et les Lidar, et une autre en Irlande s'occupe des caméras. Nous développons ici toute la partie fonctionnelle", explique la responsable.

C'est même l'avenir du groupe qui se joue ici : la conduite autonome, ce que Valeo appelle "Intuitive Driving", est entrée il y a quatre ans déjà dans les axes stratégiques de la marque. Un enjeu bien palpable au moment de s'aventurer au rez-de-chaussée, dans l'endroit le plus sensible du bâtiment.

Le centre de Bobigny dispose de ses propres ateliers de prototypage. © Cécile Debise / JDN

En effet, c'est dans ces ateliers sur-équipés que sont créés et fabriqués les prototypes. "Il y a d'abord le travail en amont avec l'équipe dédiée au prototypage puis vient l'équipe de standardisation et enfin une équipe qui va développer ce standard pour les constructeurs", raconte Vanessa Picron.

Impossible de prendre des photos sans l'accord du chef d'atelier, soucieux de la confidentialité des pièces fabriquées. Tout juste peut-on immortaliser les innombrables machines utilisées pour découper, souder ou peindre les pièces détachées.

Intégrer les capteurs à la carrosserie est un véritable défi pour Valeo. © Cécile Debise / JDN

Mêmes restrictions dans le garage, où une multitude de câbles sortent des coffres ouverts des véhicules destinés aux essais. Un 4x4 dernière génération flambant neuf attire le regard. A première vue, rien d'étonnant. Mais à y regarder de plus près, les capteurs sont si bien camouflés dans la carrosserie qu'un œil non-averti ne les verrait pas. Les puissants ordinateurs sont quant à eux habilement cachés derrière la banquette arrière. C'est là l'avenir de la voiture particulière. Pour en dévoiler les détails, il faudra revenir plus tard. Pour l'instant, motus et bouche cousue.

En attendant, la visite se poursuit à l'extérieur. Un technicien travaille sur une Volkswagen Golf noire, concentré sur un écran qui diffuse les images filmées par les différents radars et caméras du véhicule. Et ce n'est pas n'importe quel véhicule : "Cette voiture autonome a reçu une autorisation spéciale du ministère pour circuler sur toutes les autoroutes de France. Elle a parcouru  4 000 kilomètres en quatre jours fin 2015, sans aucun accident", se réjouit Vanessa Picron.

Un tunnel souterrain permet de tester les véhicules en conditions nocturnes. © Cécile Debise / JDN

Ici, rien n'est laissé au hasard. Sous leurs pieds, les spécialistes de Valeo ont même un tunnel souterrain qui reproduit les conditions de circulation de nuit. Car à en croire la responsable Driving Assistance Research, sur ce marché, il n'y a pas de temps à perdre : "Nous étions les premiers il y a 10 ans à travailler sur le parking autonome pour Volkswagen. Il faut maintenant garder notre avance car la voiture autonome c'est, plus qu'une vague, une véritable course."

 

A lire aussi

 

Valeo / Voiture autonome