"Nous mettrons nos véhicules autonomes dans les mains de 25 familles lambda à la fin de l'année"

Rencontré au salon NAIAS de Détroit, le responsable du programme véhicule autonome du constructeur suédois compte sur le retour d'expérience de clients tests pour finaliser sa voiture sans chauffeur.

Marcus Rothoff est responsable du programme véhicule autonome de Volvo. © Volvo

JDN. Vous venez de présenter la première des 100 familles qui testeront votre prototype de véhicule autonome à Göteborg, en Suède, dans le cadre du projet Drive Me. Quand circuleront-elles ?

Marcus Rothoff. Nous mettrons nos véhicules autonomes dans les mains de familles lambda à partir du dernier trimestre 2017. Dans un premier temps, 25 foyers seront dotés d'un SUV XC90 équipé de fonctionnalités autonomes.

Vous êtes le seul constructeur automobile à faire cela. Ne prenez-vous pas un risque ?

Non car les véhicules auront une autonomie de niveau 2 conforme aux limites juridiques actuelles. C'est-à-dire que la moindre action du conducteur prendra le pas sur celle de la voiture. Il faudra nécessairement que le conducteur supervise son véhicule.

Quelles sont les modalités de ce test ?

Les familles auront le droit d'activer le mode autonome seulement sur certains axes présélectionnés avec les autorités. Les 100 foyers seront progressivement équipés pendant les trois prochaines années, au fur et à mesure de nos avancées. Nous allons bientôt entamer le processus de recrutement pour les trouver mais beaucoup ont spontanément postulé. Les conducteurs devront nécessairement emprunter tous les jours les autoroutes sélectionnées pour aller au travail. Nous choisirons différents types de familles, y compris celles qui ne connaissent pas ou n'aiment pas les nouvelles technologies afin d'obtenir un échantillon représentatif de la population.

Qu'attendez-vous de cet essai grandeur nature ?

Nos ingénieurs ont suffisamment étudié les statistiques. Ils ont maintenant besoin du ressenti des utilisateurs. Notre objectif est de régler tous les paramètres de conduite pour faire en sorte que l'humain se sente à l'aise à bord. Nous devons être certains que les passagers aient confiance en leur véhicule. Si la voiture se déporte quand vous changez de voie, même très légèrement, cela effraiera les utilisateurs. Même si ce n'est pas dangereux. Ce test nous permettra aussi de sélectionner les routes où il sera possible d'activer la conduite autonome lors de la commercialisation du premier modèle. Nous proposerons la conduite sans chauffeur seulement sur les routes où nous avons prouvé qu'elle est sûre à 100%.

"Il y aura d'autres tests au Royaume-Uni et en Chine, et pourquoi pas en France"

Allez-vous l'étendre à l'étranger ?

Ce ne sera pas forcément nécessaire mais il y aura d'autres tests au Royaume-Uni et en Chine, dans de grandes agglomérations urbaines où nous ferons face à des situations de circulation dense. Et pourquoi pas en France, car ces pays sont avec les Etats-Unis les premiers marchés où nous comptons commercialiser nos modèles sans chauffeur (Volvo prévoit de commercialiser ses premiers modèles en 2021, ndlr).

Votre groupe a affirmé que le surcoût par rapport à un modèle classique pourrait atteindre 10 000 dollars. N'est-ce pas trop cher pour viser le grand public ?

C'est une estimation qui dépendra de nos avancées dans les quatre prochaines années. Quoiqu'il en soit, nous devrons être capables d'offrir de nouvelles possibilités pour permettre à nos clients de rentabiliser cet investissement. Des entreprises, petites ou grandes, pourront par exemple gagner en productivité si leurs employés travaillent dans ces voitures. Drive Me nous permettra aussi d'anticiper les besoins en nouvelles mobilités, ces services qui permettront d'utiliser nos véhicules sans avoir à les acheter. Cela nous aidera à développer de nouveaux services d'autopartage, que nous proposons déjà avec notre filiale Sunfleet.

Alors que vos concurrents annoncent de nombreux partenariats sur le véhicule autonome, vous préférez le concevoir et le tester par vous-même. Pourquoi ?

Nous venons de fonder la société Zenuity avec le spécialiste suédois des systèmes de sécurité automobile Autoliv pour développer la partie software et nous avons contribué à hauteur de 50% aux 300 millions de dollars investis dans le test des Uber autonomes à Pittsburgh, aux Etats-Unis. Nous ne restons donc pas seuls dans notre coin. Mais il est vrai qu'en ce qui concerne l'hardware et les capteurs, Drive Me sera l'occasion de tester les technologies des différents acteurs du marché. Nous pourrons ainsi choisir les meilleurs équipementiers pour la conception de notre premier modèle de série.

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