Les nouveaux acteurs de l'industrie automobile Oscaro, l'e-commerçant de pièces automobiles

Si les règles sont faites pour être transgressées, les monopoles, eux, sont faits pour être cassés. Comme celui que détenaient les constructeurs automobiles sur le marché des pièces détachées jusqu'à l'adoption en 2002 par la Commission européenne d'un règlement signant l'ouverture du secteur à la concurrence.

pierre-noël luiggi, patron d'oscaro.
Pierre-Noël Luiggi, patron d'Oscaro. © Oscaro

Fondé pendant la bulle Internet par Pierre-Noël Luiggi, un passionné de mécanique, Oscaro fait partie de ceux qui ont su s'engouffrer dans la brèche. Et avec brio, puisque l'entreprise française de distribution en ligne de pièces automobiles compte désormais 700 salariés. Son secret ? Il les vend aux particuliers pour deux à trois fois moins cher que les concessionnaires et les garagistes.

A ses débuts, Pierre-Noël Luiggi s'est d'abord heurté à la réticence des équipementiers. Ces derniers ont en effet refusé de bouleverser l'ordre depuis toujours établi en faveur de leurs clients, les constructeurs automobiles, et donc de procurer au patron d'Oscaro les pièces qu'il demandait. Qu'à cela ne tienne : le chef d'entreprise s'est adressé aux grossistes, ceux-là mêmes qui approvisionnent les garagistes, qui, eux, ont accepté de le fournir.

En 2013, le distributeur en ligne a enregistré un chiffre d'affaires de 230 millions d'euros. Autre indicateur de réussite : depuis 2005, l'intérêt des internautes pour la firme est grandissant, comme le montre le graphique ci-dessous illustrant la croissance du nombre de requêtes sur le terme Oscaro dans Google.

evolution de l'intérêt pour la recherche 'oscaro' dans tous les pays, de 2004 à
Evolution de l'intérêt pour la recherche "Oscaro" dans tous les pays, de 2004 à ce jour. © Capture d'écran Google

Pierre-Noël Luiggi ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. L'homme âgé de 49 ans entend bien internationaliser son affaire : "Notre challenge pour les cinq ans à venir est de réussir hors de France. Nous commencerons dans un an par l'Allemagne, le Benelux, le Danemark, les pays scandinaves et peut-être le début de l'Europe de l'Est. Au début au moins, la gestion logistique sera assurée depuis la France", avait-il déclaré au JDN en novembre dernier.

Il s'attaque aussi à un nouveau marché, celui des pièces de carrosserie qui, lui, n'a pas été ouvert à la concurrence. En tout cas, pas en France où les députés ont maintenu le monopole des constructeurs en 2011, et ce en dépit de la directive européenne de 2007 qui autorise la commercialisation des pièces de carrosserie. L'argument qu'ont fait valoir à l'époque les parlementaires ? La préservation de l'emploi en France. Pourtant, seuls 10% des pièces protégées sont fabriquées dans l'Hexagone, d'après la Fédération des syndicats de la distribution automobile (71% selon Renault et PSA).

Oscaro s'attaque à un nouveau marché, celui des pièces de carrosserie qui, lui, n'a pas été ouvert à la concurrence

Le PDG d'Oscaro a déjà commencé à démarcher des grossistes spécialisés à l'étranger, susceptibles de le fournir en pièces équivalentes. Il n'attend plus qu'une chose : un coup de pouce de l'Union européenne qui obligerait la France à ouvrir ce marché.

A noter qu'Oscaro n'est pas le seul acteur à proposer sur le Net des pièces automobiles à prix cassés. Des acteurs comme Mister-Auto, fondé en 2008, et Yakarouler.com, né en 2006, en ont également fait leur fonds de commerce. Le deuxième a même passé des accords avec plus d'un millier de garagistes indépendants pour que ces derniers changent les pièces à la place de ses clients pour qui la mécanique reste un mystère.

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