Journal du Net > Economie  > GDF-Suez: les enjeux de la fusion
Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS, est membre du conseil d'analyse économique et vice-Président du Haut conseil du secteur public financier.
"Toute fusion est un traumatisme"

Pour lui, la fusion est une évidence. Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS et membre du Conseil d'analyse économique (attaché au Premier ministre), milite pour le mariage Suez-GDF. Surtout, il défend l'intérêt industriel qui en découlerait pour le gazier français. "Aujourd'hui, GDF est un petit acteur électrique en France et en Europe", explique-t-il. De fait, au fil des concentrations, la norme européenne qui s'est imposée ces dernières années est celle des grands acteurs multiénergétiques. Or, "pour devenir lui-même un acteur multiénergétique, GDF n'a pas de moyen plus rapide qu'un mariage", assure l'économiste. "Seul, et vu sa configuration actuelle", cela lui prendrait "énormément de temps : il faut dix ans pour construire une centrale nucléaire, trois ans pour un cycle combiné gaz électrique. Sans compter qu'il s'agit d"investissements très lourds. Avec la fusion, GDF devient au contraire rapidement un acteur multiénergétique sans sortir un centime."

Grandir serait donc la seule option du gazier ? Oui, répond Elie Cohen, si GDF entend négocier au mieux avec les grands groupes producteurs : "après la fusion, Suez-GDF possédera 25% du transport, de la distribution et de la vente de gaz en Europe". En face, sont apparus "des gaziers à la puissance financière gigantesque. En une nuit, Gazprom et sa capitalisation à 300 milliards de dollars a transformé en lilliputiens tous les autres acteurs européens du secteur". Certains analystes et hommes politiques prédisent d'ailleurs un rachat par le géant russe du probable futur groupe franco-belge, en dépit d'une capitalisation à 70 milliards d'euros.

Des cessions d'actifs déjà envisagées

Malgré son enthousiasme, Elie Cohen reconnaît que la fusion n'est pas sans risque. "Toute fusion connaît des problèmes, des difficultés", dit-il et "on sait que c'est dans l'exécution qu'échouent nombre d'entre elles". Selon lui, la première des difficultés sera "la faisabilité financière, avec une parité qui paraît au désavantage des actionnaires de Suez". Pour l'heure, la parité une action Suez plus 1 euro de dividende exceptionnel pour une action GDF est retenue. Mais Gérard Mestrallet, PDG de Suez, a fait savoir que rien n'était figé.


Deuxième souci : "la série de concessions sur les actifs réclamée par Bruxelles et donc les cessions qui en découleront. Il faudra voir si ce qui est demandé est excessif." Les deux PDG de GDF et Suez devaient envoyer en fin de semaine dernière un courrier à Bruxelles, pour répondre aux griefs déjà émis par la Commission et faire valoir leurs arguments. D'ores et déjà, des cessions de participations en Belgique sont envisagées, notamment dans l'électricien SPE.


Enfin, dernière difficulté, selon Elie Cohen, "toute fusion est un traumatisme culturel et humain. Le statut des entreprises électriques et gazières empêchera tout plan social. Mais au niveau des cadres, il faudra bien éviter les doublons" Reste que pour l'économiste, le principal danger est de traîner en longueur. "Il faut maintenant aller très très vite, estime-t-il, pour passer à l'étape suivante." A savoir le développement de la future entité, avec pour priorités "un accès aux ressources et la sécurisation de ses approvisionnements".

JDN Economie Envoyer | Imprimer Haut de page
Votre avis sur cette publicité
Voir un exemple

Voir un exemple

Voir un exemple

Toutes nos newsletters

RECHERCHE