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Jean-Marie Chevalier, membre du conseil d'analyse économique, est directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières.
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| "La fusion renforcera considérablement
la diversification des approvisionnements" |
"Energie, s'adapter à un monde qui change". "Energie, des défis de plus en plus grands". Les deux publicités de GDF et de Suez sont omniprésentes dans les journaux et martèlent le même message : le marché de l'énergie est aujourd'hui en pleine mutation. Comprendre : fusions en cascade et coûts en hausse, pour le gaz comme pour le pétrole, les prix du premier étant indexés sur ceux du second. A en croire les deux sociétés, leur union, bien sûr, les aidera à faire front. Le gouvernement, initiateur de l'opération, affirme lui que le rapprochement sert les intérêts
énergétiques de la France et accessoirement de l'Union européenne.
Est-ce vrai ? A la question, Jean-Marie Chevalier, économiste directeur du Centre de Géopolitique de l'Energie et des Matières Premières et membre du Conseil d'analyse économique, répond : "oui, sans hésiter".
Et de détailler. "D'abord, la fusion renforcera considérablement la diversification des approvisionnements gaziers. Aujourd'hui, GDF est très dépendant du gaz russe. En additionnant GDF et Suez, cette dépendance diminuera, puisque avec Suez le futur groupe aura accès aux réserves de la Libye et du Qatar." Ensuite, parce que le groupe diversifie également ses produits, en devenant multiénergétique, grâce au nucléaire de Suez. Enfin, et surtout, "GDF et Suez formeront l'un des principaux distributeurs de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde, et ce alors que le GNL est en pleine expansion, ce qui permettra plus d'investissement et donc des créations d'emplois."
Négocier au plus fin avec la Russie
Autre argument répété à satiété : un pouvoir de négociation en hausse, notamment face au géant russe Gazprom. Sur ce point, Jean-Marie Chevalier est pourtant moins catégorique. "Dans un premier temps, le gaz étant de toute manière indexé sur le pétrole, cela ne changera rien. Ou alors à la marge. A terme, peut-être, le groupe devenu électrogazier pourra négocier au plus fin avec la Russie par exemple, pour la construction d'une centrale nucléaire plutôt que gazière à la condition d'obtenir un accord de long terme"
Pour l'Union européenne, également, la fusion GDF-Suez semble une bonne chose. Jean-Marie Chevalier en veut pour preuve "le peu de sévérité" avec laquelle la Commission s'est prononcée sur l'opération. "La Commission est en réalité partagée philosophiquement entre son impératif de libre concurrence et le problème politique de la sécurisation de ses approvisionnements". Un problème qu'une fusion avec l'italien Enel n'aurait su régler ? "Selon moi, répond l'économiste, la fusion avec Suez est la plus adaptée à GDF, pour la complémentarité électrogazière mais aussi pour une complémentarité culturelle".
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- Le Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières