Marché des box d'énergie : attention, décollage imminent

Plusieurs dizaines de milliers de Français ont investi dans ces dispositifs qui enregistrent et régulent leur consommation d'énergie à la maison. Et ce n’est que le début.

Pour éviter de dilapider leur bas de laine en consommant de l'électricité au moment de la journée où elle est la plus chère, certains particuliers commencent à s'équiper en box d'énergie. La solution Wiser de Schneider Electric a par exemple séduit plusieurs dizaines de milliers de personnes en France depuis son lancement en février 2014.

Aider le consommateur à prendre le contrôle de sa consommation d'énergie, c'est entrer au cœur de son habitation et connaître ses habitudes

Cette nouvelle gamme se décline en deux offres : Wiser Smart est une box sans fil alors que Wiser Link est directement connectée en filaire au panneau électrique de la maison, au moment de sa construction (elle s'adresse aux fabricants de bâtiments neufs). Depuis une application dédiée, les particuliers peuvent programmer à l'avance la mise en route ou l'arrêt à certaines heures des appareils connectés au système, comme le chauffage par exemple. Résultat : "jusqu'à 30% d'économies sur leur facture d'énergie avec Wiser Smart. Comme l'installation coûte 500 euros hors pose et autour de 750 euros pose incluse, la box est rentable au bout de trois ans", assure Philippe Schaal, gérant de l'offre Wiser chez Schneider Electric.

Mais ces nouveaux services n'ont pas forcément besoin d'être intégrés dans un système dédié, ressemblant à une box Internet. Ils peuvent également être embarqués dans un objet connecté qui a d'autres fonctions. Lancée en 2011, la version 1 du thermostat intelligent de la start-up Nest, rachetée par Google en 2014, est capable de contrôler la chaudière à gaz, qui contrôle elle même les radiateurs. La troisième génération peut également commander la mise en route d'un chauffe-eau et peut-être un jour celle de tous les appareils connectés de la maison, espère probablement la maison mère de Nest, Alphabet…

L'énergéticien hollandais Eneco a vendu son thermostat connecté à plus de 200 000 clients

"Les fournisseurs d'énergie sont à mon sens les acteurs les plus légitimes pour développer des offres de ce type, car le gaz, l'électricité sont au cœur de leur expertise métier et ils ont acquis la confiance des consommateurs", souligne Serge Subiron, PDG d'Ijenko, une entreprise qui fournit aux énergéticiens des services numériques en marque blanche, qu'ils peuvent proposer à leurs clients. "Mais de plus en plus d'acteurs, des opérateurs télécom aux géants du net en passant par les fabricants de matériel électronique, s'intéressent à ce nouveau secteur stratégique". Car aider le consommateur à prendre le contrôle de sa consommation d'énergie, c'est entrer au cœur de son habitation et connaître ses habitudes.

L'offre de box d'énergie et de services équivalents, intégrés à des objets connectés, est donc foisonnante. Et la demande suit. "En Allemagne, l'énergéticien RWE a poussé 150 000 ménages à s'équiper. Le hollandais Eneco a vendu son thermostat connecté à plus de 200 000 clients. Plusieurs centaines de milliers d'Anglais ont installé chez eux une box énergétique, poussés notamment par Centrica, l'équivalent britannique d'Engie", énumère Serge Subiron.

Les Français ont mis plus de temps que leurs voisins à s'intéresser à ces offres. Bouygues Telecom et Engie, qui avaient lancé en 2010/2011 des box énergétiques en partenariat avec Ijenko, ont déclaré forfait (du moins sous cette forme). Ces lancements étaient prématurés en France, où le secteur était encore embryonnaire. Mais le décollage dans l'Hexagone serait imminent : "En 2014, lorsque Nest a lancé son thermostat intelligent en Europe, seuls quelques milliers de foyers étaient équipés de box de contrôle de l'énergie en France. Aujourd'hui, plusieurs dizaines milliers de ménages sont concernés. Ce taux de pénétration est encore faible mais le marché se développe", souligne Jean-Philippe Tridant Bel, directeur de l'activité énergie chez Alcimed.

Schneider Electric vend ses box aux propriétaires de maisons individuelles à énergie positive

Les citoyens français commencent à être sensibilisés à la maîtrise de leur consommation d'énergie, notamment via la mise en place dans leurs habitations de compteurs intelligents, comme le Gazpar de GRDF ou le Linky d'ERDF, qui a été installé chez plus de 500 000 particuliers. Avec l'accord de leurs propriétaires, les données collectées pourront être transmises à des fournisseurs de services. Ils n'auront plus besoin de se casser la tête pour collecter les data afin de créer des applications mobiles de gestion de la consommation. Un nouveau vecteur de développement de l'offre, qui aiguise l'appétit des start-up.

Les acteurs du secteur essayent, par ailleurs, de conquérir de nouvelles verticales de marchés. "Nous développons des offres avec des bailleurs sociaux, pour permettre aux habitants de logements sociaux de maîtriser leurs dépenses", détaille Philippe Schaal, de Schneider Electric. Le groupe compte aussi vendre ses box aux propriétaires de maisons individuelles à énergie positive, qui produisent de l'électricité grâce à des panneaux solaires.

La priorité des clients des box est le confort, pas les économies sur la facture d'électricité

Reste que les textes réglementaires ne poussent pas le citoyen lambda à une consommation responsable : "la loi de transition énergétique s'intéresse aux bâtiments intelligents mais laisse de côté le consommateur final", déplore le PDG d'Ijenko. Jean-Philippe Tridant Bel appelle quant à lui le gouvernement à imposer à chaque Français un système de comptage de sa consommation énergétique, comme cela a été fait avec les détecteurs d'incendies. Il note tout de même un début de mouvement du côté du législateur : "La loi impose depuis peu aux copropriétés équipées d'un chauffage collectif d'installer sur les radiateurs de chaque habitation un système de comptage individuel."

Le consommateur n'est pas non plus incité par les prix à regarder de près sa facture énergétique. "Les tarifs sont maintenus artificiellement bas par les subventions publiques, autour de 10 à 12 centimes d'euro le kilowattheure, contre 24 à 28 centimes en Allemagne", regrette Serge Subiron. Tous les contribuables financent, en payant leurs impôts, la consommation excessive de certains citoyens qui ne surveillent pas leur compteur.

Ce frein au développement du marché pourrait ne pas peser si lourd dans la balance car les personnes qui investissent dans une box le font avant tout pour des questions de confort. "L'étude réalisée par Alcimed en 2014 montre que faire des économies sur leur facture n'est pas la priorité numéro un des clients de ces nouvelles offres", indique Jean-Philippe Tridant Bel. Nest, qui a mis l'accent dans ses campagnes marketing sur une habitation à 21 degrés toute l'année, quelles que soient les conditions météorologiques, l'a bien compris.

De toute façon, l'implication du consommateur final dans une démarche d'économie d'énergie va devenir de moins en moins importante. "Nous avons dans nos cartons des algorithmes très puissants, capables d'apprendre seuls les habitudes de consommation d'un particulier. Nous allons progressivement les intégrer à nos box. Nos clients n'auront plus rien à faire pour réduire leur consommation, tout sera optimisé automatiquement par notre solution. Nous voulons qu'il y ait le moins de frictions possible, que notre box ne soit pas intrusive pour notre clientèle", explique Philippe Schaal, de Schneider Electric. Même plus besoin de faire l'effort d'être écolo, une intelligence artificielle s'en occupe à votre place.

 

 

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