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ENQUETE
 
16/11/2006

L'Afep : plongée au coeur d'un discret mais très puissant lobby économique

Quelque 91 adhérents, représentant 1.100 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 4,8 millions d'emplois. L'afep (association française des entreprises privées) réunit presque tous les patrons du Cac 40 et des grandes sociétés françaises. Secret au possible, c'est l'un des lobbies économiques les plus puissants de France.

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L'immeuble, 63 rue de la Boétie, ne paye pas de mine. Aucune plaque. Rien de tapageur ou quoi que ce soit qui laisserait deviner la présence d'une influente structure de lobbying. Pourtant, derrière la porte cochère se cachent les bureaux de la très discrète Afep, l'association des entreprises privées. Une concentration de pouvoir sans aucun équivalent en France. Fondée en 1983 par Ambroise Roux après l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir, elle entend défendre les principes de la libre entreprise. Depuis elle n'a cessé de faire croître son influence et de s'allier aux syndicats patronaux pour faire valoir ses points de vue. En juin dernier, elle comptait 91 adhérents. Et par n'importe lesquels. La fine fleur du capitalisme. Toutes les entreprises du Cac 40 exceptées trois, (Danone, Essilor et EDF), un quart du SBF 120, quelques poids lourds du capitalisme français (Wendel, Taittinger, Bolloré) et les filiales françaises de grands groupes internationaux (Nestlé, IBM, Siemens, Philips).

"Dans certaines circonstances, les juristes de l'association proposent directement une nouvelle rédaction"

Ensemble, les membres de l'Afep représentaient fin 2005 1.000 milliards d'euros de capitalisation boursière, 1.100 milliards de chiffre d'affaires et 4,8 millions d'emplois en France. Des chiffres qui font certainement réfléchir ceux qui subissent leurs assauts quand leurs intérêts sont menacés. "L'afep dispose d'une cellule de veille législative et juridique" raconte un ancien collaborateur de l'institution. "Dès qu'un point de droit, social ou fiscal, est susceptible de modifier le cadre dans lequel les sociétés évoluent, les juristes de l'Afep contactent immédiatement les entreprises par l'intermédiaire d'un correspondant général auprès de l'association". Ils se réunissent, discutent de leurs positions respectives et conviennent d'une attitude à adopter à l'égard des parlementaires, de Bercy ou de fonctionnaires bien placés. Les réseaux jouent à fond. Reconnue pour sa rigueur l'équipe de juristes ne s'intéresse qu'aux réglementations horizontales. Les problématiques sectorielles ne sont pas étudiées.

L'Afep a marqué de son empreinte des dizaines de textes

Bertrand Collomb préside l'AFEP depuis décembre 2001. Photo © Lafarge

Dernier coup de l'Afep, la loi sur les stocks options, sortie au beau milieu de l'été de la botte d'Edouard Balladur. Elle juge le projet inutile et le fait vite savoir. "Dans ce genre de circonstances, les juristes de l'association proposent directement une nouvelle rédaction" poursuit l'ancien collaborateur. Une méthode qui fait ses preuves. Après vingt ans d'existence, l'Afep aurait marqué de son empreinte des dizaines de textes : celui sur l'organisation des marchés financiers et des privatisations, entre autres.

Plus récemment, ce sont les principes d'écotaxe et de bonne gouvernance d'entreprise qui ont mobilisé les juristes de la rue de la Boétie. La bonne gouvernance des entreprises, c'est aussi le dada de l'actuel président de l'Afep, Bernard Collomb. Elu en 2001, il a exceptionnellement sorti l'association de son silence médiatique en soutenant le rapport Bouton et Viennot (deux fondateurs de l'Afep). Il encourageait les entreprises à plus de transparence sur leur gouvernance. Depuis, toutes les entreprises cotées ou presque s'en réclament. A la tête de l'association, Bernard Collomb l'a profondément renouvelée. Patrick Rochet, directeur général depuis la période Ambroise Roux et lui ne s'entendaient plus. En 2003, Alexandre Tessier le remplace, épaulé par Jean-Charles Simon, un ancien trader, passé aux études pour le RPR.


Pas de quoi sortir l'Afep de l'anonymat public dont l'association se réjouit. "Nous avons toujours fonctionné comme cela" indique-t-on à l'Afep. La discrétion comme gage d'efficacité. Contactée, l'Afep a ainsi opposé un refus poli à notre demande d'interview. Impossible de savoir qui ni combien de membres compose son conseil d'administration. Seul Frank Dangeard indique ouvertement cette qualité. Les critères d'adhésion, eux, restent discrétionnaires et la cotisation

 

annuelle s'élèverait à 50.000€. De quoi couvrir le salaire de ses collaborateurs, une trentaine, et d'offrir à ses membres de quoi se rassasier quand ils sont dans ses murs. Les chefs d'entreprises s'y retrouvent régulièrement. Car depuis 23 ans, l'association a conservé ses codes, ses règles. La première que les membres de l'association se doivent de respecter : être présents en personne aux réunions générales organisées au moins une fois tous les deux mois. Aux milieux d'emplois du temps surchargés, une trentaine de PDG trouvent le temps de s'y rendre. Ils ont aussi la possibilité de rencontrer, à l'occasion de petits-déjeuners, hommes politiques et hauts-fonctionnaires. En juillet dernier, l'Afep accueillait Nicolas Sarkozy. Un vrai Jockey Club.

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