Combien vaut mon entreprise ?

Il est des moments où connaître sa vraie valeur vaut son pesant d’or. La transmission d’une entreprise fait partie de ces moments cruciaux.

Dans notre contexte économique difficile, il est tout particulièrement important d’examiner les actifs immatériels, en complément des informations comptables. Ces investigations permettent de bien cerner la présence des ferments de la performance future. De nouveaux outils d’évaluation de ces actifs sont disponibles.
La transmission d’une entreprise est un moment de vérité, chargé d’affect et de subjectivité, qui a une importance critique pour la vie de l’entreprise, de ses salariés, du cédant et de ses futurs repreneurs.

Tous ont beaucoup à gagner…ou à perdre

Une étude récente de BPI France révèle que pas moins d’une reprise sur cinq échoue avant 6 années.
La persistance du marasme économique, la fragilité induite de la santé financière des entreprises, les capacités réduites de financement des acquéreurs rendent les transmissions d’autant plus délicates. Dans de telles circonstances, il est tout particulièrement important d’examiner les caractéristiques intrinsèques de chaque société. Ces investigations permettent de ne pas s’en tenir à la performance passée et de bien cerner la présence des ferments de la performance future.
Les actifs immatériels de l’entreprise ont une valeur indicative déterminante sur le potentiel de l’entreprise et donc sur la valeur du goodwill.
Un référentiel, appelé le ‘thésaurus de Bercy’, a été élaboré ces dernières années. Il répertorie neuf actifs immatériels. Parmi eux figurent le capital sociétal et environnemental ainsi que d’autres actifs relatifs aux parties prenantes les plus vitales pour l’entreprise : clients, collaborateurs (capital humain), actionnaires et fournisseurs et sous-traitants.
Pour apprécier ces actifs, il est intéressant à ce stade de mentionner des outils nouveaux d’évaluation, basés sur le standard mondial ISO 26000 de Responsabilité Sociétale des entreprises. Ces méthodes sont proposées par des acteurs tels l’Afnor et sont mises en œuvre par des prestataires certifiés. Ainsi, jusqu’à présent principalement pratiquées par les grandes entreprises, les évaluations extra-financières sont pour autant désormais accessibles aux PME et aux ETI.
Ces évaluations procèdent par des analyses des documents de gestion et par des entretiens d’écoute active avec des panels de parties prenantes. Ces évaluations sont de nature à attester de la traduction dans les décisions, dans les actions et dans les résultats d’une volonté stratégique de créer de la richesse économique, dans le respect de la nature et de la société.
La maturité en Responsabilité Sociétale se révèle être un indicateur pertinent de modernité et de qualité de la gestion. Elle est garante de la prise en compte des points de vue des parties prenantes et donc d’un climat social fécond et maîtrisé, de la satisfaction et de la qualité des clients, de la force des liens avec les fournisseurs, traités comme des partenaires pour réussir ensemble.
L’évaluation de maturité relève également la complétude, la pertinence et la performance des systèmes de management : qualité, environnement, énergie, GPEC… La robustesse des processus est passée en revue.
Enfin, cela rend compte de la capacité de l’entreprise à se saisir des opportunités de croissance, si recherchées, et de se prémunir contre une panoplie de risques, en partie d’une nature nouvelle.
Concernant les opportunités, l’évaluation regardera comment l’entreprise explore ou exploite les modèles économiques émergents : gestion circulaire des ressources, vente d’usage et de services plutôt que de produits, utilisation des technologies de réseau social, co-construction d’offres et partage de la valeur, etc.
Concernant les risques, il faut mentionner tout d’abord la redoutable densification du cadre réglementaire depuis une vingtaine d’années en matière sociale et environnementale. Les externalités négatives sont désormais susceptibles d’entraîner des poursuites judiciaires lourdes et pour certaines pénales. Des systèmes de prévention doivent être en place. Surtout, le regard porté par les divers acteurs de la société sur l’activité de l’entreprise peut changer et exprimer de nouvelles attentes et exigences, qui conditionnent l’acceptabilité de cette activité et que l’on ne peut ignorer qu’à ses dépens. L’atteinte à la réputation est à la portée de toute personne physique ou morale du fait de la puissance des réseaux sociaux et autres sites de pétition.
Ainsi, les évaluations en RSE offrent un diagnostic haute définition de la performance et du potentiel d’une entreprise. Les enseignements de ces prestations sont tirés de méthodes de questionnement éprouvées, rigoureuses et efficaces. Y avoir recours dans le cadre d’un projet de transmission est un atout. Le repreneur peut l’utiliser pour affûter sa perception du vrai potentiel de sa future acquisition, tandis que le cédant peut l’inclure dans son ‘business staging’, l'art de rendre désirable.
    

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