Affaire du Libor : ce qu'il faut attendre du procès à venir

Dans les prochains jours s‘ouvre le procès du Libor et nous pouvons faire le point sur les questions soulevées par les manipulations de ce taux d’intérêt entre banques.

Dans les prochains jours s‘ouvre le procès du Libor et nous pouvons faire le point sur les questions soulevées par les manipulations de ce taux d’intérêt entre banques. Il faut savoir en outre que dans le cadre de ce procès, les banques françaises vont faire l’objet d’une enquête pour voir si elles ont oui ou non été impliquées dans cette affaire. On cible cependant et prioritairement les banques britanniques. Principalement en Grande Bretagne, et du fait du manque de transparence dans la fixation de ce taux d’intérêt on estime que des millions d’emprunteurs ont payé un taux d’intérêt « manipulé » entre 2005 et 2009. La principale banque impliquée est la banque Barclays mais elle ne serait pas la seule dans cette affaire.

De quoi s’agit-il ?

Le Libor correspond en réalité aux initiales de « London Interbank Offered Rate » pour une traduction approximative de « taux entre banques offert sur la place londonienne ». Il s’agit d’un taux d’intérêt qui sert de référence sur les marchés monétaires européens ou l’on se prête de l’argent au jour le jour, à un mois, à deux mois jusqu’à 12 mois, un an, à Londres. Comme on peut prêter ou emprunter de l’argent dans plusieurs devises, il existe donc plusieurs Libor. C’est avec ce taux que les banques empruntent pour prêter plus cher dans différentes devises.
Pour calculer ce Libor, il existe des règles de mathématique financière strictes qui consistent en gros à établir une moyenne des Libor pratiqués par 18 banques de référence par type d’échéance et par devise, avec des ajustements aux extrêmes. La fraude porterait sur le Libor mais aussi sur l’Euribor, un taux similaire calculé pour la zone euro, sur la base d’un panel de 57 banques.

Que sait-il passé au juste ?

Certaines banques qui servent de référence pour la constitution du panel n’ont pas dit la vérité sur les taux qu’elles pratiquaient. Tout naturellement, par le truchement des mathématiques financières qui prennent les inputs (ces taux qu’elles pratiquaient) comme une donnée, le calcul du Libor était faussé. Pourquoi ?
Parce que les banques réalisent de multiples opérations de produits dérivés sur la base de ce taux de référence, que ce soit pour se couvrir contre le risque de montée des taux d’intérêt hors Libor des emprunts de la banque (elles vont donc placer au Libor pour compenser et ne réaliser aucune perte), que ce soit pour spéculer (elles cèdent des emprunts en Libor contre des placements au Libor lorsqu’elles anticipent une hausse des taux Libor et qu’elles trouvent un opérateur qui anticipe un sens contraire) ou tout simplement pour arbitrer des décalages de cotation du Libor liés à la nanoseconde de la finance. On avait donc tout intérêt à ce que le Libor pousse plus dans un sens que dans l’autre par rapport à des positions prises par les traders. On peut vouloir aussi plus simplement cacher la santé de certaines banques, et c’est l’enquête qui nous expliquera tout cela.
Une autre explication possible est que la crise financière étant passée par là, la rareté de la liquidité associée à la défiance entre banques avait poussé comme dans un goulot d’étranglement les taux d’intérêt interbancaires à la hausse. En gros il y avait un certain intérêt à donner de faux taux d’intérêt interbancaires, en dessous de la réalité pour masquer la fragilité de certaines banques et fausser le calcul du Libor. C’est ce que l’on reproche notamment à la Banque Barclays. D’ailleurs soit dit en passant la Banque Barclays était en effet fragilisée, à tel point que le gouvernement britannique songeait même à la nationaliser…L’enquête vise d’autres banques qu’elles soient britanniques (Royal Bank of Scotland, Lloyds Bank...) allemande (Deutsche Bank...) américaines (Citigroup, JPMorgan Chase...), suisse (UBS)... en attendant d’éventuelles banques françaises.

Peut-on chiffrer les dégâts causés par cette fraude ?

On peut estimer que le Libor qui sert de référence à de nombreux produits (crédit, épargne, swaps) concerne des encours qui peuvent être évalués à 425 000 milliards d’euros. Plus important est ce que cela sous entend : si le calcul du Libor est en effet transparent, le fait que le résultat soit faussé et permette des opérations inscrites ensuite au bilan des banques, et bien cela laisse entendre que les bilans des banques sont donc faussés également.  

Irons nous jusqu’à sanctionner les banques ?

D’une certaines façon les banques ont déjà été sanctionnées puisque la Barclays a écopé d’une amende de 350 millions d’euros. Les dirigeants risquent la démission et des poursuites pénales sont possibles. Il n’est cependant pas certain que des inculpations soient prononcées. Depuis le début de la crise de 2008, aucun patron de grande banque n’a encore été condamné au pénal, malgré les irrégularités qui ont été découvertes.

Le débat

Ici le cœur du débat est celui de l’asymétrie d’information à ne pas confondre avec la fraude. Dans le domaine de l’asymétrie d’information deux écoles s’affrontent : celle qui prétend que les justes profits ne proviennent que d’informations divergentes (asymétries d’information) et de l’exploitation d’une information qui se doit d’être précoce, qualitative devançant ainsi la concurrence.
Mais il y a une autre école menée notamment par François Derrien (HEC) et Kecskés (York University, Journal of Finance, 2013) qui prétend que l’absence d’analyse financière accroît l’asymétrie d’information et augmente le coût du capital ce qui diminue les investissements et les financements. Il ne faut pas confondre l’asymétrie d’information (naturelle dans un monde moderne) avec la Fraude qui consiste à manipuler et tronquer des données pour produire une fausse information. 

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