Le système de santé français : efficace mais coûteux !

Si votre ennemi intime est un consultant en management, il y a un moyen infaillible de le rendre fou : Un séjour à l'hôpital !

Certes, il aura vite fait de décortiquer la logique de l'inévitable dîner à 18 heures.
Mais la mécanique absurde de l'attente généralisée, le cycle ubuesque des examens médicaux, le mépris de certains professeurs à l'égard des infirmières, souvent plus efficaces qu'eux pour éviter la souffrance, finiront fatalement par provoquer chez lui une envie féroce de tout remettre à plat, une envie qui débouchera sur un profond désarroi.
Petit à petit, votre ennemi perdra les pédales, songeant que la France a le pire système de santé au monde !La réalité est différente :
Notre système de santé est plutôt efficace mais mal organisé et donc coûteux : La prééminence de l'hôpital, le vieillissement des médecins, l'insuffisance des génériques et l'efficacité des lobbies en sont les causes. 

Le " Panorama de la santé 2013 " que vient de publier l'OCDE (le forum de réflexion économique des pays avancés), en donne une image inédite à travers des dizaines de comparaisons internationales. 
On y retrouve par exemple la prééminence de l'hôpital, qui absorbe 37 % des dépenses courantes de santé, proportion la plus élevée des pays de l'OCDE. Malgré ce poids, voire peut-être à cause de lui, les Français vivent longtemps. Pour ceux qui ont passé le cap des 65 ans, la longévité est la plus élevée au monde : les hommes peuvent espérer dépasser les 84 ans et les femmes approcher les 89 ans. 

De quoi être optimiste ? 

Même si les Français affichent, sondage après sondage, une dépression collective sans équivalent ailleurs, ils sont loin d'être les champions des pilules du bonheur, contrairement à ce qui est souvent affirmé. Seulement 5 % d'entre eux seraient sous antidépresseur contre près de 6 % des habitants de l'OCDE, 7 % des Britanniques et des Belges, 9 % des Australiens et 11 % des Islandais. En une décennie, la consommation de ces médicaments a moins augmenté en France que dans la plupart des pays. Malgré - ou grâce à - une forte densité de psychiatres (221 par million d'habitants, contre 156 en moyenne dans l'OCDE).
Une autre comparaison montre la chance qu'a eue dans son malheur la ministre Dominique Bertinotti, qui vient de révéler son cancer du sein. Sa maladie semble avoir été détectée assez tôt, alors que le dépistage par mammographie est relativement peu répandu en France (il concerne à peine plus de 50 % des femmes de 20 à 69 ans, contre plus de 75 % aux Etats-Unis ou aux Pays-Bas),  la mortalité par cancer du sein y est par ailleurs plus élevée que dans la majorité des pays de l'OCDE. C'est l'inverse pour le cancer du col de l'utérus : dépistage plus systématique, décès moins nombreux. 
Au-delà de ces informations éparses, plusieurs indicateurs de santé publiés par l'OCDE pointent une préférence bien française. 

Commençons par les médecins

Si la France en compte à peu près autant que la moyenne des autres pays (un peu plus de trois par millier d'habitants), elle se distingue en revanche par leur âge élevé. 42 % d'entre eux ont plus de 55 ans, niveau dépassé seulement par l'Italie et Israël. 
Et c'est en France que le vieillissement a été le plus marqué au cours de la dernière décennie. Il vient d'un numerus clausus très restrictif, en particulier dans les années 1990 (moins de 4.000 étudiants autorisés à passer en deuxième année, contre plus de 7.000 aujourd'hui). 
En 2011, le nombre d'étudiants diplômés représentait moins de 2 % des médecins en poste, contre plus de 3 % dans l'OCDE. 
Du coup, les campagnes s'emplissent de médecins bulgares ou camerounais qui seraient précieux dans leur pays, une nouveauté sur laquelle l'OCDE ne donne hélas pas d'indications. 

Enchainons les médicaments

Les génériques font à peine le quart du marché pharmaceutique en France, contre plus de 40 % dans l'OCDE et les trois quarts en Allemagne ou au Royaume-Uni. L'OCDE parle ici de " mauvais élève ", appelant à " vaincre les réticences des médecins et des patients, parfois même des pharmaciens ". 

Poursuivons avec l'alcool et le tabac

Si la presse évoque régulièrement le drame de l'alcool chez les jeunes, la France se situe pourtant dans le bas du tableau en la matière. En revanche, elle figure parmi les pays où le tabagisme est le plus répandu chez les adolescents de 15 ans. 
L'alcool, lui, est un vrai problème... chez les adultes. Ici, la France est championne, avec 12,6 litres d'alcool pur par tête de plus de 15 ans (le chiffre est plus élevé au Luxembourg, mais à cause d'un problème statistique). Un tiers de plus que la moyenne OCDE ! L'imbibition étant surtout masculine, elle se retrouve dans un écart d'espérance de vie entre hommes et femmes très élevé - sept ans, seules la Russie et l'Estonie faisant pire. 
Quel est le point commun entre un remplacement limité des médecins, le sous-emploi des génériques et les dégâts de l'alcool ? La protection des rentes des médecins, des labos, des producteurs de vins et spiritueux. 
Dans ce pays curieux où le consommateur n'est pas le payeur (8 % des dépenses de santé à charge des patients, le chiffre le plus bas de l'OCDE, qui a une moyenne de 20 %), où le payeur ne choisit rien, le producteur est pour une fois en bonne posture. C'est sans doute pour cette raison que la dépense de santé est la plus élevée au monde derrière les États-Unis et les Pays-Bas (11,6 % du PIB, un quart de plus que la moyenne OCDE). 
Ici aussi, une remise à plat serait précieuse. 

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