Budget triennal : le gouvernement détaille les économies des ministères

La justice et l'éducation protégées, la culture et l'écologie sacrifiées. Mercredi 9 juillet, le gouvernement a détaillé ses engagements d'économies pour les trois prochaines années, avec la publication des plafonds de crédits attribués à chaque ministère.

Les crédits des ministères, hors dette et pension, vont baisser de 1,8 milliard d'euros pour 2015 ; 2,1 milliards pour 2016 et 2,3 milliards pour 2017, par rapport à 2014, selon les plafonds publiés par le gouvernement.

« Il faut rompre avec l'idée qu'un bon budget est un budget en hausse »

Après des semaines de négociations et d'entretiens ministère par ministère – engagés, par le tandem Bernard Cazeneuve, Pierre Moscovici et poursuivis par le duo Christian Eckert, Michel Sapin – les ultimes arbitrages ont été rendus par Matignon.
Le gouvernement a présenté ce mercredi les plafonds des crédits octroyés l'an prochain pour chaque ministère ainsi que leur budget triennal. Résultat d'âpres négociations entre Bercy et les différentes administrations, cet exercice s'avère chaque année délicat. Cependant, cette fois-ci, il a fallu prendre en compte les promesses des 50 milliards d’économies du pacte de responsabilité, prévues d’ici 2017, dans la dépense publique et, plus précisément, 18 milliards pris en charge par l’État à lui seul.
« Cet effort, nous pouvons le réaliser sans remettre en cause ni la qualité du service public ni le modèle social », a assuré le ministre des Finances Michel Sapin, devant l’Assemblée. Il a affirmé avoir « entendu les craintes exprimées sur l'incidence de ces économies sur la croissance » et a dit vouloir « les apaiser ». « Il faut rompre avec l'idée qu'un bon budget est un budget en hausse », a-t-il martelé. Michel Sapin a en outre rappelé que le gouvernement maintenait ses « priorités », évoquant le maintien des créations d'emplois dans l'éducation et la justice notamment. Il a aussi promis « un budget de la recherche et des dépenses d'innovation préservés. »
Si Michel Sapin a défendu une « politique qui marche sur ses deux jambes », Nicolas Sansu, du Front de Gauche, a dénoncé « une seule jambe, la politique de l'offre » ainsi qu’une « une cure d'austérité » pour la France.

L’éducation nationale, la justice et l’intérieur, des ministères prioritaires

Les ministres vont recevoir avant la fin de la semaine leur feuille de route ;  les « lettres plafonds »; fixant leur budget pour les trois ans à venir. Parmi les grands gagnants, l’éducation nationale. Manuel Valls l’a rappelé lors de son discours de clôture de la conférence sociale : la priorité numéro un du gouvernement est l’emploi et ce dernier passe par l’éducation.
Les crédits de l’enseignement supérieur et de la recherche vont augmenter de plus de 1,7 milliard sur la période, passant de 68 milliards en 2014, à plus de 69,7 milliards en 2017. Les effectifs seront également en hausse de 9 421 postes en 2015 auxquels il faut ajouter 140 créations dans l'enseignement agricole. Au total, le ministère doit créer 29 644 emplois supplémentaires d’ici 2017.
Autre grand chantier prioritaire, la justice. La chancellerie voit ses crédits augmenter très légèrement sur la période, restant légèrement supérieurs à six milliards d’euros. Le ministère bénéficiera en outre de 600 créations nettes d'emplois en 2015 avec un objectif de 1 834 postes supplémentaires pour 2017.
Enfin, le ministère de l’Intérieur a réussi à conserver son budget. En effet, la partie « prioritaire » ne concerne que la mission « sécurité » et sur la période 2014–2015, la mission « immigration, asile, intégration » doit voir ses moyens augmenter. Au total, la place Beauvau va bénéficier de 116 créations de postes en 2015, plus 405 dans la police et la gendarmerie. D’ici 2017, 1 405 créations de postes sont programmées.

L’écologie et la culture, sacrifiées

La transition énergétique tant mise en avant par le gouvernement est toutefois ébranlée. Le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie va devoir faire avec des ressources amoindries. Les crédits doivent diminuer de 400 millions d’euros en trois ans. Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a assuré qu'il n'y aurait pas de crise comme celle qui avait abouti l'an dernier au limogeage de Delphine Batho, ministre de l'Écologie, qui avait dénoncé « un mauvais budget ».
Par ailleurs, jusqu'au dernier moment, la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, aura bataillé pour sanctuariser son budget. La Culture et la Communication. Si la Culture est épargnée par les coupes budgétaires : ses crédits sont stabilisés autour de 3 milliards d’euros. Toutefois, l'audiovisuel paye le prix fort des coupes budgétaires, son enveloppe passe de 292 millions en 2014 à 29 millions en 2017. Si certains ministères, comme Bercy et le Quai d'Orsay, se sont pliés sans difficulté à la discipline générale, il a fallu, pour d'autres, régler les derniers arbitrages à Matignon, voire à l'Élysée, même si, estime Christian Eckert, « dans l'ensemble, les choses se sont bien passées, il n'y a pas eu de gros affrontements ».

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