Diabète : Novartis et Google associent innovation pharmaceutique et digital

Le 15 juillet 2014 Google et Novartis ont annoncé la signature d’un partenariat autour d’une technologie unique : une lentille de contact intelligente pour les patients diabétiques. En s’associant aux géants du digital, l’industrie pharmaceutique réussira-t-elle la transformation de son business model ?

Lorsque l’on demande aux co-fondateurs de Google Sergey Brin et Larry Page s’ils souhaitent se lancer dans la santé, ils se montrent très circonspects. Ils y dénoncent notamment les excès de régulation qui bloquent l’innovation.
« La santé est tout simplement tellement régulée que c’est un cauchemar que d’y faire des affaires. Ce n’est tout simplement pas là que j’ai envie de passer mon temps. Et même si nous avons quelques projets santé, nous les pousserons jusqu’à un certain stade. Mais je pense que les contraintes règlementaires aux Etats-Unis sont tellement importantes qu’elles dissuaderaient n’importe quel entrepreneur. »
Et Larry Page d’ajouter : « je trouve vraiment très intéressante la possibilité d’améliorer la santé grâce aux données. Mais je suis d’accord avec ce que vient de dire Sergey. Ce business est tellement régulé qu’il en devient très compliqué. Je m’inquiète vraiment que ces régulations ne nous tiennent à l’écart de possibilités fantastiques. »
Mais contre toute attente, le géant de Mountain View vient de signer un accord des plus prometteurs avec le géant de la pharmacie Novartis. Quelques semaines après que le numéro 1 de la pharmacie française Sanofi a concrétisé une alliance stratégique avec Medtronic pour associer médicaments antidiabétiques et dispositifs médicaux innovants, cette alliance confirme la nouvelle orientation prise par l’industrie pharmaceutique pour proposer des thérapies aussi innovantes que sophistiquées. Quelques années auparavant, Novartis s’était déjà distinguée en investissant dans des comprimés intelligents (« smart pills ») équipés d’une puce électronique.
Ce sera la filiale de Novartis Alcon, spécialisée en ophtalmologie qui co-développera la première « lentille de contact intelligente », capable de doser dans les larmes la glycémie, c’est-à-dire le taux de sucre dans le sang, chez des patients diabétiques.

La lentille de contact se verra équipée d’une puce miniature et d’un capteur de glucose. Ce dispositif révolutionnaire permettra pour la première fois aux patients diabétiques d’évaluer leur glycémie sans avoir à se piquer. Tout le défi consiste à pouvoir prélever une petite quantité de liquide lacrymal sans perturber le fonctionnement normal de l’œil. A ceci s’ajoutent la gestion des interférences causées par les facteurs extérieurs : maladie, sommeil, exercice, vent, climat humide.
Toute l’astuce consiste donc à encapsuler entre 2 films de plastic un capteur sans fil et son antenne. A ce jour, la « smart lens » de Google permet d’effectuer un dosage par seconde. Par contre, Google reste discret sur la manière dont le système est alimenté électriquement.
Pour une entreprise comme Google, assoiffée de données, mais surtout pour la communauté médicale et scientifique, l’opportunité est exceptionnelle. En effet, si cette technologie aboutit et sous réserve de clauses juridiques d’accès à ces informations préalablement anonymisées, la médecine pourra disposer du plus grand système de suivi en continu de patients diabétiques. Une mine d’or pour les études épidémiologiques pendant des dizaines d’années à venir ! Mais le véritable gagnant de l’opération sera le patient à qui la technologie offrira un moyen simple et non-invasif de contrôler plus finement sa maladie.
Selon l’International Diabetes Foundation, il y avait en 2013 382 millions de diabétiques dans le monde. Il y en aura 592 millions en 2035. Les contraintes règlementaires qui rebutent tant des entreprises comme Google sont le quotidien des laboratoires pharmaceutiques. Nous pouvons d’ores et déjà imaginer que cet accord de taille entre les 2 géants n’est que la première étape de rapprochements spectaculaires entre les « big pharma » et les « big tech ». 


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Sources :

Etats-Unis / Innovation