Manque de compétitivité : le Conseil d’analyse économique à Matignon a-t-il la solution ?

Le Conseil d’analyse économique (CAE) a rendu son rapport afin de lever les obstacles à la croissance française. Compétitivité, rétablissement budgétaire, baisse du chômage, certaines propositions vont dans le sens du gouvernement, d’autres sont plus délicates.

Placé auprès du Premier ministre, le Conseil d’analyse économique réalise en toute indépendance, des analyses pour le gouvernement et les rend publiques. L’institution, présidée par l'économiste Agnès Bénassy-Quéré, livre de nouvelles préconisations, notamment en vue de « relancer l’emploi, assainir les finances publiques, redresser la compétitivité ».
Tels sont les « trois défis » auxquels le pays doit « faire face » indique le conseil d’économistes.

France Stratégie : « Quelle France dans dix ans ? »

Déjà il y a quelques semaines, sortait le rapport « Quelle France dans dix ans ? ». Une feuille de route que François Hollande avait donnée à Jean Pisani-Ferry, président de l’ancien Commissariat général du plan, rebaptisé depuis France Stratégie. Le rapport que cet économiste a présenté « fixe des ambitions et des objectifs que la France peut atteindre dans dix ans ». Un an après et au terme d'une longue consultation, France Stratégie dresse un constat amer de la France dont l'économie fragilisée peine à s'adapter aux nouvelles règles imposées par la mondialisation.
« Le diagnostic est un décrochage net : la France a perdu six points de produit intérieur brut par habitant par rapport à la moyenne des pays comparables », tranche le commissaire Jean Pisani-Ferry.
Pour le moment, le tableau est noir. « Beaucoup de nos difficultés sont sans remède dans l'instant, mais parfaitement surmontables si nous prenons le temps de nous doter des moyens institutionnels, économiques et humains pour y répondre » dit-il dans son rapport. « Il est possible, en quelques décennies, de passer de l'extrême pauvreté à un statut d'économie avancée. Malheureusement, il est également possible de faire le chemin inverse », lance le rapport selon lequel la France doit rebâtir son modèle notamment via son désendettement.
Mais là où le rapport dirigé par l’économiste Jean-Pisani-Ferry s’attachait principalement à définir une méthode pour rattraper le retard français, les préconisations du CAE se veulent, elles, très concrètes.

Trois défis pour « sortir la France de ses blocages »

Mercredi 16 juillet, le Conseil d’analyse économique a publié une synthèse de ses nombreuses préconisations pour réformer l’Hexagone. « La politique économique de la France se trouve confrontée à un triple défi : l’amélioration de la situation de l’emploi face à un chômage durablement élevé, le redressement des finances publiques avec un niveau de dette [...] important et une compétitivité à restaurer pour enrayer les pertes récurrentes de parts de marché à l’exportation. »
Dans une interview accordée aux Echos le 1er juillet dernier, Manuel Valls souhaitait « sortir la France de ses blocages », à la veille de la conférence sociale et en plein débat budgétaire au Parlement. Pour apporter du concret à la réflexion de Matignon, le rapport du CAE tombe donc à point nommé, pour « relancer l’emploi, assainir les finances publiques, redresser la compétitivité ».
Alors, quelles sont les réformes à mener ? Logement, emploi, santé, énergie, etc. Les propositions sont nombreuses. Mais le Conseil d’analyse économique se focalise en grande partie sur la réforme immobilière et la réforme du CDI.

Une réforme de l’immobilier

Le CAE considère comme fondamental de réformer le secteur du logement. Il permettrait de redonner du pouvoir d’achat aux ménages.
Les dépenses de logement en France engloutissent 18,5 % du revenu des Français et que tout gain, même modeste, dans ce domaine « peut avoir un effet substantiel sur le pouvoir d'achat des ménages, lesquels peuvent réallouer ce pouvoir d'achat à d'autres secteurs de l'économie », expliquent les auteurs du rapport.
Ils déplorent ainsi que « l'envolée des prix de l'immobilier observée en France depuis 2000 constitue un puissant facteur d'accroissement des inégalités et conduit à des inefficacités économiques ». Le groupe d’économiste cite plus précisément « l'éloignement entre domicile et travail », « la plus faible mobilité des salariés », « l'investissement dans des biens éventuellement surévalués ou encore la perte de compétitivité de l'économie française lorsque le coût du logement se répercute sur les salaires ou dans l'immobilier d'entreprise ».
En outre, le CAE recommande de supprimer progressivement l’ensemble des aides à la pierre  « mesures coûteuses – plus de 4 milliards en 2012 – qui tendent à soutenir les prix en terme d’accession à la propriété ».

Simplifier et sécuriser la rupture du CDI

La relance de l’emploi est l’un des enjeux actuels du Gouvernement. Pour se faire, diverses propositions sont lancées, notamment celle d’une réforme du CDI. Pour atteindre cet objectif, trois grands axes sont développés : le contrat de travail, le coût du travail, ainsi que l'accompagnement des jeunes vers l'emploi.
Compte tenu de la situation dans laquelle se trouvent les entreprises, le CDD se fait plus courant que le CDI. Les employeurs préférant utiliser le CDD face aux règles trop rigides du CDI, notamment celles touchant à sa rupture. Selon le Conseil d’analyse économique, il conviendrait de simplifier et sécuriser la rupture du CDI pour motif économique. La procédure actuelle est compliquée à mettre en œuvre et de nombreux contentieux la suivent, pouvant engendrer un coût énorme pour les entreprises.
Par ailleurs, le CAE souhaite concentrer les allégements de cotisations sociales sur les bas salaires, développer l’alternance et créer un RSA jeune, pour l’instant réservé aux plus de 25 ans. Cependant, si ces propositions étaient retenues par le Gouvernement et mises en place, il n'est pas sûr qu'elles soient suffisantes pour relancer l'emploi.

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