L’économie et la culture générale

L’économie tient assurément une place de plus en plus grande dans la culture générale et dans la formation du citoyen d’aujourd’hui. Et le JDN est évidemment à la pointe du combat pour promouvoir des cadres plus qualifiés et des citoyens mieux informés.

L’économie tient assurément une place de plus en plus grande dans la culture générale  et dans la formation du citoyen d’aujourd’hui. Plus encore que la place des questions économiques et financières dans les programmes scolaires ou universitaires, ou dans ceux des concours des grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce et management, c’est la place de ces questions dans la presse ou dans l’information quotidienne qui en témoigne. Et le JDN est évidemment à la pointe du combat pour promouvoir des cadres plus qualifiés et des citoyens mieux informés.
Il y a une quinzaine d’années, nous avions donné comme sujet de dissertation « la place et le rôle de l’économie dans la culture générale » à une préparation du CNED à de grands concours (notamment ceux  de la Banque de France). Voici des éléments de la meilleure copie de l’époque, discutés et actualisés lors des cours du soir de PHILOTECHNIQUE (éducation populaire, formation continue et promotion sociale).

« L’économique est, non pas une discipline achevée, mais une science elle-même toujours en voie de développement. » P.A.Samuelson (1915-), L’économique, éd. Collection Armand Colin, 1972.
L’économie est maintenant pleinement reconnue comme une science, alors que ce point était resté largement mis en doute dans la première moitié du XXe siècle (… ou même encore après, soit par des universitaires trop modestes et/ou trop scrupuleux, soit par des rivaux d’autres disciplines déjà reconnues; force est de reconnaître aussi qu’il s’y livre beaucoup de « luttes de chapelles », comme dans bien d’autres domaines !).
Il a fallu attendre encore assez longtemps pour une reconnaissance internationale au niveau du Prix Nobel, et le Prix Nobel de Sciences économiques a été décerné pour la première fois en 1969 au Norvégien Ragnar Fritsch et au Néerlandais Jan Tinbergen. Le suivant, en 1970, a couronné l’américain Paul A. Samuelson. En 1976, ce fut le chef de « l’école de Chicago » Milton Friedman (1912-2006) dont le chef-d’œuvre Capitalisme et Liberté est fréquemment réédité. Le prix Nobel de Sciences économiques a été décerné en 1983 au Professeur Gérard Debreu, américain d’origine française. Le français Maurice Allais  (1911-2010) a obtenu le Prix Nobel de Sciences économiques en 1990. À quand un nouveau Prix Nobel pour la France ?
A ses débuts, l’économie, c’est un fonctionnement, un rouage mécanique, qui étudie comment l’homme lutte contre la rareté des biens pour satisfaire ses besoins. L’histoire de l’humanité est celle d’affrontements continuels aux problèmes économiques (inadéquation entre les besoins illimités de l’homme et les biens limités) auxquels elle doit faire face : c’est une question de survie.
Or, la discipline économique est une science analytique, c’est-à-dire qu’elle observe, décrit et explique les phénomènes économiques en cours, dans un premier temps. Dans un deuxième temps, elle propose des solutions afin de satisfaire les besoins, de maximiser la satisfaction et d’atteindre le bien-être des agents économiques, à partir des ressources rares dont ils disposent.
Ainsi, l’économie politique tente de formaliser les mécanismes de transmission de certaines variables exogènes et endogènes et de leurs effets sur le comportement des agents économiques qui guide leurs échanges. Pour un même phénomène économique, plusieurs explications s’affrontent, tout en restant logiques par rapport à leurs hypothèses de base, formant ainsi ce que l’on appelle une théorie. C’est parce que la théorie économique se donne une rigueur de preuve qu’elle accède au domaine de la science. Et c’est la spécificité même du cadre d’analyse fondé sur la variabilité des hypothèses comportementales des agents qui classe la science économique dans la catégorie des sciences « molles » ou « sociales », c’est-à-dire où la preuve est question de plus ou moins et non de tout ou rien (« sciences dures »).
Plus pragmatiquement, nous côtoyons l’économie au quotidien, car elle est à la base de nombreuses relations sociales, voire même le ciment fondateur de notre société d’intérêts, pour Adam Smith (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776).
C’est pourquoi de nos jours chaque agent économique et, plus largement, chaque pays aborde ses problèmes économiques en fonction de sa propre culture économique qui rassemble connaissances des théories établies et mémoire des phénomènes économiques passés et mémoire de leur traitement.
Cette culture économique appartient au domaine de la culture générale, au même titre que l’art, les mathématiques, la physique, la littérature et la politique. A ce titre, la connaissance de la discipline économique ouvre l’esprit et permet d’acquérir une liberté de jugement. Elle aiguise l’esprit critique afin de pouvoir maîtriser ce qui nous entoure pour la gestion de nos ressources, qu’elles soient personnelles ou nationales.
Or, comment apprécier une mesure politique menée par un gouvernement, si on ne peut juger des finalités de celle-ci ? La connaissance de l’économie permet, dès lors, de se libérer de l’idéologie.
D’autre part, l’histoire et les valeurs d’un pays forgent sa pensée économique et donc sa politique.
A cet égard, on peut comparer l’économie libérale américaine et l’économie socialiste qui était celle de l’URSS. Inversement, la politique économique impulse des mouvements qui marquent l’histoire.

Tout d’abord, par sa recherche de la croissance, elle stimule les initiatives, que ce soit en inventions et en recherches scientifiques (politique d’investissements publics), ou en exploration de nouveaux territoires (recherche de nouvelles ressources).
Le développement économique qui en résulte, influencé par le choix du modèle économique (le capitalisme ou le communisme par exemple), modifie plus ou moins profondément le tissu économique et social (comme l’apparition de la classe ouvrière avec l’avènement de la première révolution industrielle).
Il est fréquemment arrivé que, par une quasi faillite financière, liée au coût d’une guerre notamment, et à une mauvaise gestion des finances publiques, un régime politique puisse être renversé avec des conséquences sociales extrêmement graves. L’Histoire en comporte de nombreux exemples.
Enfin, le rayonnement économique ou politique d’un pays, voire sa puissance militaire, et son hégémonie culturelle sont conditionnés essentiellement par sa puissance économique.
De nos jours, nombre d’intitulés officiels des programmes de culture générale des examens et concours administratifs inscrivent l’économie comme discipline d’ordre général à appréhender dans ses aspects juridiques (École Nationale de la Magistrature), dans l’évolution générale des idées et des faits (Élèves commissaires de l’armée de terre, de la marine et de l’air), et dans les problèmes politiques (exemple : l’École Nationale d’Administration). C’est pourquoi, les candidats aux examens et concours, comme les auteurs d’ouvrages universitaires s’attacheront à montrer l’économie comme facteur déterminant de l’histoire et de l’organisation du monde.
En ces temps de crise où l’on discute de la sagesse et des compétences des économistes comme de celles des responsables politiques, il est bon de rappeler cet appel à la modestie lancé par le plus grand économiste de la première moitié du XXe siècle. John Maynard Keynes était l’adepte de formules imagées :
  • « Si les économistes pouvaient parvenir à se faire considérer comme des gens humbles et compétents, sur le même pied que les dentistes, ce serait merveilleux. » Keynes, Essai sur la monnaie et l'économie, 1931.
  • « Les économistes sont au volant de notre société, alors qu'ils devraient être sur la banquette arrière. » John Maynard Keynes (1883-1946).
Pour terminer, lançons à tous les économistes et à tous les rédacteurs en ce domaine (notamment ceux du MINEFI à Bercy !), et en pensant au public à mieux traiter comme aux praticiens responsables des entreprises (à mieux considérer!) un appel à la simplicité, à la clarté (… des qualités qui font encore trop souvent défaut !).
 Peut-être sans le connaître, un grand économiste avait ainsi réadapté la classique formule de Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ».
« Il y a peu d'idées utiles en économie -- si même il y en a -- qui ne puissent s'énoncer clairement. » John Kenneth Galbraith (l’un des plus célèbres économistes américains du siècle dernier, auteur de nombreux ouvrages faisant autorité, et conseiller de plusieurs Présidents des États-Unis).

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