La médecine se réinvente au Hacking Health Camp

C’est par la collision de particules élémentaires au sein d'un accélérateur de particules que des scientifiques réussissent à créer (ou révéler) de nouvelles entités quantiques. La santé de demain ne devrait-elle pas s’en inspirer pour se réinventer à son tour ?

L’industrie pharmaceutique investit traditionnellement des sommes colossales dans des processus d’innovation souvent incrémentale, c’est à dire n’apportant qu’un « simple » petit plus par rapport à l’existant, et s’enlise dans des développements extrêmement lents. C’est ainsi que la naissance d’un médicament prend plus de 12 ans, et coûte souvent plus d’un milliard d’euros. 

En parallèle, de nouvelles technologies issues du monde de la mobilité (smartphones, objets connectés) offrent à court terme l’espoir d’offres globales de soin réellement innovantes comme en témoignent leur prédominance lors du CES de Las Vegas - le plus grand congrès technologique du monde - ou le World Mobile Congress de Barcelone. 

Ce week-end s’est tenu le Hacking Health Camp, le plus grand hackathon santé d’Europe. Un hackathon signifie « hacker » et « marathon ». Il s’agit de faire fonctionner des experts en petits groupes en leur fournissant tout le matériel nécessaire pour les contraindre à délivrer en un temps record des prototypes innovants et fonctionnels à l’instar des ingénieurs qui tentèrent de résoudre un à un les problèmes d’Apollo XIII il y a plus de 40 ans.

Le Hacking Health Camp s’est déroulé dans les murs de la faculté de médecine de Strasbourg qui a été réquisitionnée à cette occasion et a réuni près de 500 informaticiens, infographistes, médecins, pharmaciens et même des patients pour une course à l’innovation médicale de plus de 50 heures. Les participants venaient du monde entier : Etats-Unis, Canada, Ukraine, Pologne, France et bien d’autres pays.

Après deux jours de conférences tenues par les plus grands experts de la santé digitale, une cinquantaine de porteurs de projets ont créé des équipes rassemblant des experts issus de milieux qui n’ont pas l’habitude de se fréquenter : acteurs de l’informatique, de la médecine, de la recherche, du public, du privé. Le pari des organisateurs est d’en faire émerger des innovations de rupture, comme des systèmes d’aide à l’observance médicamenteuse, des utilisations astucieuses du Dossier Médical Partagé, ou encore des outils pour accompagner des patients diabétiques ou cancéreux.

Le prochain défi du monde de la santé est de transformer l’essai et de faire accepter aux grands acteurs (laboratoires pharmaceutiques, autorités de santé, assurances, associations) de nouvelles manières de travailler et de les inciter à davantage de flexibilité et de souplesse. Espérons pour les patients que tous les acteurs concernés s’engageront spontanément dans cette transformation digitale et ne tenteront pas de la bloquer à l’instar des taxis à l’égard d’Uber.

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