Non, les Français ne sont pas réfractaires aux vraies innovations…

Réaction du matin à l’article de C. Boff paru le 19/05/15 dans "20 minutes.fr" : les 12 innovations que les Français refusent

Ce matin, je me lève et consulte l’actualité… Entre moult titres plus ou moins racoleurs, celui-ci, déformation professionnelle oblige, retient mon attention… Des français réfractaires à 20 innovations ? Bon…. Lisons…

 http://www.20minutes.fr/societe/1599391-20150518-cryogenisation-voyage-mars-creme-connectee-douze-innovations-dont-francais-veulent#xtor=RSS-176  

Ce qui frappe à première lecture, c’est la nature des innovations proposées : entre la cryogénisation et la douche sans eau en passant par le voyage sur Mars et le vêtement en spray… Vérification faite, ces « choses radicalement innovantes » n’existent pas encore toutes dans la « vraie vie »… L’imprimante des aliments relève plutôt encore de la science fiction que du prototype et encore moins du produit industrialisable, quant au voyage sur Mars… Pour le reste, oui, ce que la journaliste appelle des innovations existent bien mais… ce sont des inventions. Je joue sur les mots ? Pas vraiment car ça décrédibilise toute l’étude pourtant présentée comme scientifique (enfin, on n’a pas trop de détails non plus…) !!!

A seconde lecture, on constate que l’article dénonce implicitement ces Français qui ne comprendraient décidément rien à l’intérêt desdites innovations – inventions. Quand on parle des Français, on passera déjà la discussion sur la généralisation des résultats à l’ensemble d’une nation (quid des intervalles de confiance ? quid d’un redressement de l’échantillon ? quid des questions réellement posées)… Néanmoins, on ne peut s’étonner du décalage entre l’utilité présentée de certaines innovations – je fais ici plus allusion à des gels douche sans eau qu’au voyage sur Mars, je l’avoue – et le professeur d’innovation que je reste ne peux s’empêcher de penser à deux leçons que l’on peut tirer de cet article, somme toute, plaisant à lire, présentant des inventions dont certaines sont vraiment sympathiques et conviant donc à la réflexion :

L’article rappelle qu’innovation ne signifie pas invention. L’invention, c’est un produit à l’état pur… ceux que l’on trouve au concours Lépine : La douche qui consomme pratiquement pas d’eau, par exemple, qui n’est d’ailleurs pas mentionnée par l’auteur : http://www.consoglobe.com/douche-sans-eau-ou-presque-cg, ou encore, effectivement le gel douche sans eau auquel la journaliste fait sans doute référence (http://oeildafrique.com/un-etudiant-africain-invente-la-douche-sans-eau/).  L’innovation, c’est un produit (ou un service) avec une mise en marché, contextualisée. Sans contexte, rares sont les personnes qui acceptent une innovation. Placé dans un contexte, avec une marque, un usage, une communauté d’appartenance lorsque l’on consomme ledit bien, un prix aussi, là, les projections sont plus faciles, y compris pour les Français !!!

L’innovation implique la relation. Relation entre une invention, son (ou ses) inventeurs et porteurs et son marché… Qui dit relation, dit respect de chaque partie prenante : à l’inventeur de ne pas se faire déposséder son invention, aux porteurs et investisseurs de retrouver leurs billes après investissement et à l’acheteur utilisateur d’avoir envie d’adopter cette innovation.  L’innovation est un phénomène démocratique, dirait Von Hippel, grand pape de l’innovation (http://evhippel.mit.edu/books/). La démocratie, les Français y tiennent… Tous ceux qui ont voulu imposer des innovations sans leur consentement l’ont constaté à leur dépend : Le Corbusier et ses cités radieuses,…

Alors, les Français, réfractaires à l’innovation ? Pas vraiment, juste aux inventions décontextualisées et imposées !!!

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