Transport aérien français : l’étrange stratégie du gouvernement

Alors que le transport aérien français s'enfonce tous les jours un peu plus dans la crise, le gouvernement tarde à prendre la mesure de la gravité de la situation.

Matignon a rendu fin juillet un arbitrage très attendu par tous les acteurs de l’aérien. En décidant d’une nouvelle hausse des redevances aéroportuaires d’Aéroports de Paris pour les cinq prochaines années, le Gouvernement a délibérément fait le choix de l’Etat-actionnaire au détriment de l’Etat-stratège.

Depuis 2006, le niveau des redevances aéroportuaires d’ADP est fixé par un Contrat de Régulation Économique (CRE) pour une période de 5 ans. C’est donc dans ce cadre, à l’issue d’une consultation de laquelle était ressorti un avis critique sur le niveau des redevances et son mode de calcul, que l’État a tranché en faveur de cette nouvelle hausse.

Alors qu’en février 2013, le Ministère des Transports avait annoncé le lancement d’un plan de compétitivité visant à soutenir le secteur, le signal envoyé aux compagnies aériennes et à leurs salariés est dramatique. En Hollande, pays de KLM, l’aéroport d'Amsterdam-Schiphol affiche une baisse de ses redevances de 7%, démontrant que certains États européens parviennent à faire le choix d’une participation aux efforts pour sauver leurs emplois.

Personne n’ignore l’état du transport aérien français. Disparitions pures et simples de certaines ailes françaises, bilans financiers moribonds, pertes de parts de marché, climat social délétère, le pavillon français, pourtant outil du prestige et de l’influence de notre pays, décline, écrasé par un ensemble de charges qui pèsent sur sa compétitivité.  Dans le même temps, ADP présente des résultats extrêmement bons – un résultat net de 402 M€, en hausse de 33% pour 2014 - sur un marché captif en situation de monopole.

La chaine de valeur du transport aérien français, qui devrait reposer sur les compagnies aériennes d’un côté, et les aéroports de l’autre, est donc aujourd’hui clairement déséquilibrée. Si Air France est en difficulté, c’est bien l’ensemble de l’écosystème aérien français qui est menacé de disparition.

La situation d’urgence du pavillon français a pourtant fait l’objet de plusieurs analyses et études récentes. Rapport « Abraham » en 2012, et plus récemment celui de Bruno Le Roux, tous ces rapports s’accordent sur la nécessité d’une intervention des pouvoirs publics, considérée comme stratégique à plusieurs égards, comme sur l’urgence à agir pour alléger ces charges.

La baisse du montant des redevances aéroportuaires, la révision de l’assiette de la taxe « Chirac », la réforme de la taxe d’aéroport, la lutte contre les dumpings fiscal et social menés par certaines compagnies transnationales, la concurrence déloyale des compagnies du Golfe : les défis pour que le secteur regagne en marges de manœuvre sont immenses. Pourtant, les mesures à appliquer sont identifiées et partagées par tous : seuls manquent les arbitrages politiques nécessaires à leur mise en œuvre.

Les discussions budgétaires pour l’année prochaine sont désormais proches : espérons donc que le Parlement et le Gouvernement entendront enfin les arguments du pavillon français et de ses salariés.

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