Le numérique, un atout ou une menace?

Ubérisation de l'économie, digitalisation, informatisation... La révolution digitale repousse le champ des possibles d'une façon telle qu'elle crée des sentiments forcément contrastés, de la peur profonde à la fascination.

L'ampleur du phénomène explique sans doute la puissance des réactions soulevées. Et aucune profession du service n'est à l'abri ; les experts comptables pas plus que les autres.

Bien au contraire oserais-je dire... Certes, cela fait déjà de nombreuses années que les professions dites du chiffre sont transformées de façon considérable par ces évolutions technologiques fondamentales. Mais aujourd'hui, l'impact prend une autre dimension. Le numérique, d'atout, est-il en train de devenir menace ? Les experts comptables d'aujourd'hui vont-ils être, demain, purement et simplement remplacés par des logiciels hautement perfectionnés ? 

Les transitions numériques ne nous ont jamais fait peur. Elles ne doivent pas davantage faire perdre le sens des réalités.. Le numérique est avant tout un moyen, il convient en premier lieu de le rappeler. Un moyen pour les cabinets d'expertise-comptable de transformer leurs métiers, d'améliorer la qualité du service rendu, de délaisser les tâches les moins gratifiantes au profit du conseil, savoir-faire à forte valeur ajoutée qu'une machine ne possèdera jamais. La tenue comptable est à 80% automatisable. Il serait absurde de faire semblant de résister. Comme il serait inconséquent de ne pas accompagner les hommes dans cette transition.

Les mutations de l'économique sont aujourd'hui telles qu'il est difficilement envisageable, quel que soit le secteur, de penser conserver le même métier tout au long de sa vie professionnelle. C'est une formidable nouvelle, sur le plan de l'enrichissement personnel, si la numérisation de notre économie en général, et de la profession d'expertise-comptable en particulier, ne laissent personne sur le carreau. Pour cela, il faut préparer, former, accompagner les collaborateurs les plus impactés pour leur ouvrir de nouvelles perspectives d'évolution de carrière. De menace, le numérique deviendra alors tremplin.

Tremplin d'une profession de plus en plus à l'écoute, et aux cotés, de ceux qu'elle a vocation à accompagner : les chefs d'entreprise. La révolution numérique, en prenant en charge les tâches les plus répétitives, va libérer du temps qui devra déboucher sur une production de valeur. Certaines tâches peuvent, et sont, aujourd'hui automatisées ; c’est bien.  Mais l'échange, la discussion, le conseil ne seront jamais pris en charge par un logiciel, aussi perfectionné soit-il. C'est là que se cache la valeur ajoutée d'une profession au cœur des flux de quelques 2 millions d'entreprises, au cœur des affaires financières, juridiques, sociales, patrimoniales. Les entreprises ont besoin de ce que j’aime appeler une véritable plate-forme de compétences et de connaissances. Car, ne nous cachons pas les choses, beaucoup d'entreprises sont déboussolées et inquiètes par ce passage au numérique. Et sont en demande d’assistance pour ne pas se perdre dans ce nouveau monde. Nous pouvons les aider au quotidien à profiter des bienfaits du numérique tout en les mettant en garde contre ses excès ou en leur évitant de tomber dans certaines de ses ornières. Qu’il s’agisse des réseaux sociaux, de l’e-commerce…ou de toute autre pratique désormais entrée dans les mœurs ou en voie de l’être. Il ne s’agit pas ici dans mon esprit d’une plateforme technique aveugle, mais bien d’un outil destiné à favoriser d’une certaine manière la reconversion et le passage au numérique de nos clients. Les experts comptables font désormais bien plus que la simple retranscription de la vie des entreprises d’un point de vue comptable. L’avenir n’est plus à la saisie au kilomètre et au débit-crédit. Il réside plutôt dans le fait de s’affranchir demain de missions automatisables afin de mieux pouvoir servir et conseiller les clients : en paramétrant leurs flux, en maîtrisant toute forme d’encaissement, en rendant possible l’accès à tout type de réseau social, à toute forme de commerce électronique, à gérer leurs comptes d’abonnés, bref l'expert-comptable est désormais polyvalent et doit être capable, à chaque instant et de façon quasi instantanée, de dire à ses clients où ils en sont et où ils vont.

Ces objectifs, la profession doit les avoir. Cette anticipation, elle doit la faire sienne. A défaut, le numérique signifiera pour ceux qui ne bougeront pas une baisse à attendre de leur chiffre d’affaires, le transfert de la valeur vers de nouveaux acteurs (ces plateformes automatiques de gestion des flux), la fuite de leurs clients, et la perspective d’un métier réduit à un simple rôle d’agent indirect du ministère de l’économie et des finances. Sans plus de valeur ajoutée.

La profession doit s'adapter. Mais elle doit aussi se défendre. L'enthousiasme ne doit pas étouffer la vigilance ! L’ « ubérisation » croissante de notre société est une réalité. De cette « ubérisation », il faut savoir s’inspirer sur au moins un point de départ du raisonnement : l’observation et l’identification des besoins du client. Le coup de génie ou la différence, ils sont là. Inspirons-nous en. Devenons les community managers de l’entreprise, en plus de ce que nous sommes déjà pour elle. Bien sûr, il s’en trouvera toujours pour proposer des logiciels très ludiques et à première vue séduisants. Ces plates-formes mondiales n’ont en fait à mes yeux qu’une qualité : celle de pousser à la prise de conscience nos éditeurs et partenaires informatiques afin qu’ils se parlent enfin et harmonisent leurs pratiques pour le plus grand bien de tous mais également le leur. Les plates-formes mondiales ne sont pas davantage leurs amies que les nôtres.  Soyons vigilants à ne pas faire la promotion de ce qui peut, demain, nous affaiblir.

Voilà me semble-t-il ce qu’il faut dire haut et fort aujourd’hui, en gardant toujours en mémoire que dans notre pays, l’entreprise reste attachée à l’expert-comptable et réciproquement. Ne laissons personne altérer ce lien indispensable. L’expert comptable de demain est forcément numérique. Mais il reste nécessairement humain.

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