Les belles promesses de la technologie Blockchain

Alors que le mot "blockchain" est sur toutes les lèvres, la technologie doit pourtant encore évoluer et répondre à certaines interrogations primordiales d’ordre réglementaires ou techniques afin d’atteindre un seuil de maturité qui n’est pas encore suffisant.

La technologie blockchain constitue en soi une vraie révolution, c’est désormais une certitude. Elle n’est d’ailleurs pas uniquement technologique. Gilles Babinet, serial-entrepreneur et "Digital Champion" de la France à la Commission Européenne parlait récemment d’une révolution anthropologique, qui va bien au-delà de la vague numérique qui submerge nos sociétés actuellement. Comme Internet a bouleversé le monde de l’information, la blockchain a le pouvoir de transformer radicalement l’approche de la transaction. Phénomène planétaire, il est peu dire que chaque secteur, chaque industrie sera affectée d’une manière ou d’une autre par cette technologie qui, rappelons-le, possède une capacité à certifier des transactions de manière décentralisée.

Le potentiel de bouleversement de la société de la blockchain est donc irréfutable. Mais la technologie est encore incomplète, bien que déjà éprouvée à plusieurs reprises. Et quoiqu’elle ne soit pas récente, c’est la combinaison d’une multiplicité de facteurs qui a permis et stimulé son éclosion : serveurs, puissance de calcul disponible, réseaux, etc. Tous les éléments sont actuellement réunis pour faire de la blockchain une technologie incontournable.

Nous l’avons vu : l’avènement de la blockchain est placé sous les meilleurs auspices. Et pourtant, même les plus fervents promoteurs sont conscients que certaines étapes restent à franchir avant de la voir utilisée "en bonne intelligence". D’une part, le concept même de la blockchain peine encore à trouver une stabilité qui pourrait favoriser son essor. Bien entendu le fameux Bitcoin utilise la blockchain publique, mais d’autres projets connaissent eux aussi un certain succès à l’image d’Ethereum ou plus récemment de Lisk notamment. 

Par ailleurs, les banques et les compagnies d’assurance sont les premières à s’être emparées du sujet, mais se projettent principalement sur des technologies de blockchain dites privées. De quoi entretenir une certaine confusion, sans oublier un élément primordial : la sécurité. Si elle est effectivement au cœur du système, l’exemple des plateformes d’échanges de Bitcoin fait tâche : un tiers d’entre elles auraient déjà été hackées, créant ainsi des manques à gagner énormes pour les utilisateurs, qui se chiffrent d’ailleurs en centaines de millions d’euros. En juin 2016, le premier fonds d’investissement décentralisé basé sur la blockchain, TheDAO, se faisait lui aussi pirater : 50 millions de dollars évaporés !

Ce n’est donc pas la blockchain en elle-même qui pose problème au niveau de la sécurité, mais bel et bien les plateformes d’échange. Et concernant la monnaie cryptographique Bitcoin, elle souffre elle aussi de certaines limites techniques qui freinent son développement. Actuellement elle est limitée à 7 transactions par seconde, là où des spécialistes de la transaction comme Visa par exemple peuvent en gérer jusqu’à 20 000 dans un même laps de temps. Mais outre les considérations techniques, reste à savoir quelle est la valeur ajoutée pour les utilisateurs eux-mêmes. Pour le moment, les applications qui s’appuient sur la blockchain peinent encore à proposer une expérience utilisateur qui apporte une réelle plus-value. En l’occurrence, si le grand public souhaite entre autres plus de sécurité et de rapidité, il reste à le convaincre du bienfait de la technologie en parvenant à cacher toute la complexité sous-jacente.

Enfin, il reste aussi l’aspect le plus contraignant de la blockchain : la régulation. Car pour le moment, les volontés législatives se comptent sur le doigt de la main ; même si le colloque sur la technologie a fait salle comble à l’Assemblée Nationale en avril dernier. Pour l’instant seules quelques initiatives disparates sont à souligner. En février 2016, le gouvernement japonais affirmait réfléchir à des moyens d’encadrer les cryptomonnaies dans le but "de renforcer la protection et de stimuler la croissance dans l’économie virtuelle". Faute de concertation entre Etats, les premiers concernés quant à eux se rassemblent autour du consortium R3 CEV par exemple, qui réunit des spécialistes de l’informatique comme Microsoft, mais aussi des banques (BNP Paribas en France). Les géants de l’IT (IBM, Intel, Cisco, Fujitsu, VMware, etc.) ne sont pas en reste et ont créé Hyperledger sous l’égide de la Linux Foundation.

L’âge de la maturité : 2025

Comme tout phénomène hype et nouveau, la blockchain suscite beaucoup d’intérêts. Les entreprises le prouvent d’ailleurs chaque jour, tous secteurs confondus : de nombreux PoC (Proof of Concept) ont déjà été lancés pour tester mais surtout comprendre comment l’utiliser intelligemment, notamment dans l’assurance, les marchés de change ou même l’industrie automobile. En pointe, les banques et autres organismes financiers fournissent de nombreux efforts, conscients que la technologie pourrait faire vaciller leurs modèles économiques.

Si les travaux sont encore en phase de POC justement, c’est qu’il subsiste de nombreux points à régler qui plombent l’euphorie ambiante. L’une de ces raisons est la question –primordiale– de la gouvernance, qui peine à trouver des réponses satisfaisantes. L’aspect de la décentralisation, inhérent à la blockchain, rend très complexe la création d’une hiérarchisation et d’un organe qui serait décideur de ce qu’il faut faire ou non. La question est donc de savoir comment organiser et gouverner une technologie foncièrement libertaire et par nature décentralisée ? Ces questions devront trouver autant de réponses que nécessaire pour entériner le principe de la blockchain afin qu’elle atteigne un niveau de maturité suffisant pour jouer son véritable rôle. Dans leur ouvrage référence sur le sujet, intitulé "Blockchain Revolution", les auteurs Alex et Don Tapscott tablent sur l’horizon 2025 afin d’atteindre un seuil qui permettent aux usages de se démocratiser. Encore un peu de patience…

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