Le numérique, ciment d’une société plus désirable ?

Non, le numérique n’est pas de facto l’instrument de l’ubérisation. Et il n’est pas systématiquement lié au merchandising de nos vies non plus.

Avec un accroissement de la population urbaine prévu de 66% à horizon 2050, on se dirige vers des défis majeurs : les chocs du chômage et de la pollution, le stress sur l’humain et sur les ressources et le poids des dépenses énergétiques et des inégalités notamment, seront encore plus palpables en milieu urbain. Des initiatives émergent aujourd'hui, locales ou mondiales, visant à « réparer » la situation. Bien qu’étant louables, nombreuses de ces initiatives tendent plus à s'attaquer aux symptômes qu’à la source du problème. En creux, la mesure par le PIB, dont on perçoit les limites à mesure que la croissance s’érode et les externalités négatives générées par notre mode de vie s’accumulent. Une refondation de notre mode de vie en société semble de plus en plus inévitable. Et souhaitable. Dans ce contexte, le numérique représente une formidable opportunité. Avec la mise en réseau de l'information inhérente à tout objet ou personne connectée, il devient désormais possible d'aborder les problèmes dans leur globalité avec des démarches transverses impliquant tous les secteurs concernés. Le digital, loin d’être seulement une fin mercantile, peut et doit surtout devenir le moyen pour faire muter notre société d'une structure pyramidale et centralisée vers une structure horizontale, neuronale et décentralisée. 

L’utopie n’est plus : le numérique lui a donné vie… et la légitimité économique

Avec l'émergence de nouvelles aspirations sociétales se multiplient les initiatives sur le front de l'économie collaborative sous toutes ses formes et l’avènement de l’économie de l’usage versus celle de la propriété. L’économie collaborative n’est ni vierge de toute ambition mercantile ni un rêve de naïf. A ceux qui répliquent qu’il faut du financement pour amorcer le moteur de cette mutation, on peut répondre que l’engouement initial a éveillé l’intérêt des grands groupes et a permis l’émergence de nouveaux entrants, financés à coup de love money et levées de fonds. Concurrençant directement des initiatives privées de type « bottom-up » et des entreprises aux modèles classiques, ces acteurs « fueled by digital », illustrent bien cette tendance de fond qui impacte tous les secteurs de notre société. Et ce n’est que le début. Nous entrons dans une société où la valeur de l'usage et des services associés prime sur la valeur intrinsèque du bien. Cette approche va être payante pour les entreprises. Et elle le sera pour les citoyens – bénéficiaires via la création de nouveaux métiers et de nouvelles formes de travail et l’amélioration du tissu sociétal notamment.

Le colibri sera numérique et conscient... ou ne sera pas

Oui, le numérique peut et doit devenir l’instrument pour que le citoyen passe du statut de citoyen « spectateur » assisté et/ou exploité à celui de citoyen acteur et responsable. Avec tous les pouvoirs et devoirs que cela lui confère... Chaque action individuelle peut dès lors s’inscrire dans un mouvement plus global et faire « contre poids ». Si le numérique permet enfin de confirmer que « de petits ruisseaux font de grandes rivières », en contre point, le numérique responsabilise… Avec l'aide du numérique le citoyen doit être informé en temps réel sur son environnement et connaître l'impact direct et les conséquences de ses actes. Une hérésie ? Les assureurs sont déjà dans cette logique avec la mise en place de systèmes incitatifs. Une catastrophe ? Au-delà, la sécurité sociale devrait leur emboîter le pas. Une aberration ? Pas si sûr. Ce n’est que de cette façon que pourra se créer un cercle vertueux avec à la clé des gisements énormes d'efficience pour le bénéfice de tous. Dans un tel contexte, la démarche vertueuse de chaque citoyen prime de loin sur les leviers pour dynamiser l'économie et améliorer les conditions de vie en général. 

Les politiques ont un rôle fondamental à jouer dans cette démarche, que ce soit au niveau de l'état ou des collectivités locales. C'est eux qui doivent donner le « la » en encourageant tous les acteurs à travailler ensemble et à évoluer de manière coordonnée et concertée. C'est l'unique condition pour créer de la valeur et ne pas verser dans l'ubérisation de tous les secteurs un à un. Il faut repenser tous les modèles économiques en intégrant la notion de service et ce de manière transverse en mutualisant les infrastructures. Mais cette approche a une condition : celle du territoire faisant sien un numérique ouvert et interopérable. Un nouveau bien commun.

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