La gestion des comptes bancaires : de la digitalisation à la révolution de l'Open Banking

Dans un contexte de forte digitalisation du secteur bancaire caractérisé notamment par l’avènement des Fintech, les banques ont engagé de profondes mutations de leurs modèles organisationnels et redoublent de créativité afin de fidéliser leur clientèle.

Aujourd’hui, les clients se déplacent de moins en moins en agence et privilégient l’utilisation d’applications mobiles pour la gestion de leurs comptes et de leurs opérations quotidiennes. Ainsi, Internet est devenu le principal canal d’interaction client-banque. Ce phénomène de digitalisation s’est renforcé et a conduit à une véritable évolution des usages : désormais, le nombre de connexions aux applications bancaires dépasse le nombre de connexions réalisées depuis un ordinateur, faisant ainsi du mobile le premier canal d’interaction entre le client et sa banque.

Les Fintech, moteur du renouvellement de l'expérience client

L’arrivée de nouveaux acteurs a fortement redynamisé la relation entre le client et sa banque à travers la mise à disposition de services à plus forte valeur ajoutée. Avec plus de deux millions d’utilisateurs en France, ces outils de Personal Finance Management (PFM) parmi lesquels Linxo ou Bankin connaissent un certain succès.

Portées par des fonctionnalités comme la répartition automatique des dépenses entre plusieurs catégories (habitation, vacances, automobile, etc.), réalisable grâce à la récupération du code commerçant lors de l’enregistrement de la transaction, ces nouvelles applications permettent à l’utilisateur d’affecter des budgets et des alertes à chaque catégorie de dépenses et ainsi de réaliser un suivi budgétaire sur mesure. Conscientes de la valeur ajoutée de cette fonctionnalité pour les clients, les banques commencent à l’intégrer à leurs services en ligne.

Les nouveaux services proposés par les Fintech, des usages à démocratiser

L’agrégation de comptes détenus dans plusieurs banques constitue un autre service à forte valeur ajoutée pour les clients, néanmoins, seules les Fintech le proposent à ce jour. Cependant, elles exercent leur activité en dehors de tout cadre réglementaire et pratiquent le « scraping », c’est-à-dire qu’elles collectent les données d’authentification du client pour se connecter à sa place et récupérer les données transactionnelles du compte. Il parait délicat pour un établissement bancaire classique de procéder de la même manière. Bien que deux millions de Français aient franchi le pas, le potentiel de développement de ces nouveaux services est confronté à deux limites : la sécurité et l’existence de barrières à l’entrée.

Sécurité : Vers une structuration du marché grâce à de nouvelles réglementations

Dans ce cadre, la DSP2, nouvelle directive européenne sur les services de paiements, dont l’introduction est prévue d’ici 2018, aura pour objectif de favoriser la concurrence et la transparence en libéralisant le marché des paiements et l’accès ou la consultation de comptes. Cette directive devrait permettre un réel développement des usages associés à ces services, grâce à la levée du principal frein actuel : la sécurité.

En effet, la DSP2 prévoit d’une part, l’obligation pour les banques d’ouvrir leurs systèmes d’information aux nouveaux acteurs, en leur fournissant un accès propre, différencié et sécurisé mais également de traiter les mouvements financiers initiés depuis ces plates-formes sans discrimination. D’autre part, l’activité des Fintech sera régulée dans la mesure où ces dernières devront s’enregistrer auprès de l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution).

Le manque de concurrence, élément déclencheur d’une volonté de "révolution bancaire"

Le manque de concurrence dans la banque de détail est un constat commun au sein de nombreux pays Européens. C’est également, le constat qu’a dressé l’Autorité de la Concurrence et des Marchés (CMA), en Angleterre, dans un rapport cinglant publié en août 2016. Issu d’une étude qui aura duré près de 2 ans sur les pratiques du secteur, ce rapport met en évidence la difficulté des petites banques innovantes à se développer et pointe également du doigt le faible enthousiasme des grandes banques historiques dans l’amélioration du pouvoir d’achat de leur client par une concurrence efficace.

Face à ce constat, la CMA affiche son objectif de lancer une révolution bancaire au Royaume-Uni, à travers de nombreuses mesures destinées à redonner du pouvoir d’achat aux clients particuliers et aux petites entreprises, sans oublier de dynamiser les innovations technologiques des Fintech. Ce nouvel entrain du marché bancaire se traduira par la mise en œuvre, dès 2018, du principe d’Open Banking et de mobilité bancaire.

La Banque de demain : vers davantage de mobilité bancaire grâce à l’ouverture des données ?

L’Open Banking repose, sur la mise en place par les banques d’API afin de permettre à des parties tierces de se connecter et d’utiliser les services d’une banque de manière sécurisée. L’objectif est double, d’une part, il facilite l’émergence de nouveaux acteurs proposant des services innovants en leur permettant de s’appuyer sur les services existants au sein des banques « classiques ». D’autre part, il permet de de limiter les risques pour les clients en s’appuyant sur la solidité des banques existantes plutôt que sur des start-up. Ainsi, à terme, les clients pourront bénéficier plus rapidement d’offres innovantes et concurrentielles et voir diminuer le coût des services proposés.

La démarche initiée en Angleterre sur le développement de l’Open Banking suscite l’intérêt de nombreux pays Européens. Si la démarche fonctionne, il n’est pas impossible de voir d’autres pays européens ou des banques, de leur propre chef se lancer, dans de tels projets.    

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