Le secteur des auto-écoles fait peau neuve, pour le meilleur et parfois pour le pire

Trop cher, trop long à obtenir, le "papier rose" n'a plus la cote. De fait, un nombre croissant de jeunes ne passe plus son permis. Pourtant, il reste un atout professionnel incontestable.

Le taux de détention du permis B chez les 18-29 ans a commencé à décroître, passant de 76 % en 1992 à 73 % en 2012, selon une étude du cabinet d’audit KPMG. La baisse la plus sensible s’observe chez les 18-20 ans. « Les jeunes ne passent plus le code à 17 ans et demi, quelques mois avant leur majorité, comme autrefois », commente Patrice Bessone, président du Conseil national des professions de l’automobile (CNPA). 

Et pour cause, aujourd’hui, le permis s’accompagne de contraintes souvent rédhibitoires. Son prix, déjà : selon l’association UFC-Que Choisir, il coûte en moyenne 1 804 euros (avec de fortes disparités régionales) pour le forfait de base (20 heures de leçons) et les 15 heures supplémentaires en général prises par les candidats (chiffres de septembre 2016). Ensuite, les délais : il faut trois mois en général, et six mois en Île-de-France, pour passer son permis, du fait de la grande demande. Il n’empêche, le permis est toujours considéré comme un atout par 65 % des employeurs, qui y voient un facteur de mobilité sociale et professionnelle, et il apparaît donc indispensable de le passer.

La loi Macron, votée le 6 août 2015, entend réformer le système existant, en organisant, par exemple, la réduction des délais d’attente - moins de 45 jours dès 2017 (contre 98 en moyenne avant la réforme) - afin d’alléger la procédure et de rendre le permis plus accessible. Comment y parvenir ? En élargissant les effectifs des examinateurs. Ainsi, des agents de la Poste sont désormais habilités à surveiller l’épreuve du Code de la route.

Les postiers peuvent également prétendre à devenir examinateurs du permis de conduire, et ainsi prendre place au côté du candidat le jour de l’épreuve. Pour cela, ils doivent suivre une formation de trois mois à l’Institut national de sécurité routière et de recherches. « Le but est de libérer 140 000 places d’examen par an », d’après la Délégation à la Sécurité routière (DSCR).
 

De nouveaux acteurs, pas toujours bien préparés

Favorisés par ces réformes, de nouveaux acteurs « 100 % en ligne » voient le jour. Pratiquant des prix extrêmement bas, car non soumis aux mêmes contraintes financières que les acteurs historiques, ils proposent des offres défiant toute concurrence. Comment ne pas être tenté ? Oui mais voilà, le revers de la médaille peut s’avérer douloureux pour les clients, comme pour les travailleurs du secteur.     

La facilité de mise en place d’une plateforme digitale peut conduire à confondre vitesse et précipitation, et à s’appuyer sur un modèle économique mal ficelé. Dans la livraison à domicile par exemple, les conflits récurrents entre plateformes et coursiers, au sujet du statut social de ces derniers, sont le reflet d’une prise en compte incomplète des enjeux liés à l’utilisation des technologies du numérique dans ce secteur. Cette précipitation peut aller jusqu’à conduire certains acteurs à la faillite, laissant des centaines de travailleurs « sur le carreau ». Dans le secteur des auto-écoles aussi, l’émergence du numérique a pu encourager des entrepreneurs à emprunter de mauvais raccourcis, en vendant des leçons de conduite sans agrément préfectoral valide par exemple.

Le digital offre aux acteurs du secteur la possibilité d’être plus flexibles et de pratiquer des prix bas. Une bonne nouvelle pour les aspirants conducteurs, qui après des années d’hésitation devraient retrouver le chemin de l’auto-école. Néanmoins, il est important de trouver un compromis entre flexibilité, prix bas et sécurité. Dans ce secteur, le risque concerne bien évidemment les dirigeants et les salariés, mais pas seulement. Les clients sont également exposés. Un risque d’autant plus prégnant que nombre de nouveaux acteurs du marché négligent de contracter une assurance, certes chère, mais qui garantit à leurs clients d’être remboursés en cas de faillite de l’auto-école.

Baisser les prix et dépoussiérer un secteur figé depuis de trop nombreuses années : voilà des chantiers auxquels il fallait s’atteler. Mais pas au détriment de la sécurité et de l’investissement des conducteurs en herbe. Il existe bel et bien une place pour un modèle à la fois moderne, tourné vers le numérique et non ruineux, mais qui n’offre pas toutes ces avancées au mépris du principal : la confiance. Passer son permis, ça ne devrait pas être jouer à la roulette russe, mais aborder l’avenir avec sérénité. 

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