Une nouvelle ère pour les banques d’investissement ?

La période post-crise financière a été longue et difficile, mais le secteur de la banque d‘investissement est en train de retrouver sa dynamique.

Le fait qu'un grand nombre de clients et de régulateurs, après plusieurs années de désillusion, aient réalisé l’intérêt – pour tout le monde, et pas seulement pour les banquiers eux-mêmes – d’avoir un secteur des banques d’affaires performant, n’y est pas étranger. Les sociétés souhaitent accéder aux marchés financiers pour financer leur croissance et les régulateurs veulent des marchés qui fonctionnent bien, efficacement et de manière sécurisée. En ces temps d’incertitude politique et économique, un secteur des banques d’affaires dynamique peut largement contribuer à s’assurer que les marchés répondent aux besoins de nos entreprises, de nos gouvernements et de nos économies.

A Londres, l’idée que les banques d’affaires puissent transférer leurs équipes dans un autre pays d'Europe continentale, par suite de la décision du Royaume-Uni de sortir de l’Union Européenne (Brexit) fait son chemin, même si une défection massive est peu probable. La ville de Londres présente trop d’avantages pour la quitter aussi facilement. Néanmoins, les grandes banques se préparent aux changements à venir, notamment imposés par la nécessité de se préserver un accès au marché de l’Union européenne post Brexit.

Les préparatifs de ces établissements se concentrent actuellement sur plusieurs villes européennes telles que Frankfort, Dublin ou Paris à l’instar de l’annonce récente de Stuart Gulliver, le directeur général de HSBC, de son intention de déplacer un millier de postes depuis Londres vers Paris au cours des deux prochaines années.

Le paysage post-crise financière présente encore de nombreux défis pour le secteur. Dans bon nombre de banques d’investissement, les bases de coûts restent beaucoup trop élevées et les perspectives en termes de revenus fixes, de produits de base et de monnaies continueront à poser problème pendant un certain temps, même si les taux d’intérêt remontent. Avec le renforcement de la réglementation et de la transparence, les anciennes activités des banques d’affaires sont devenues moins attrayantes et moins rentables. Traditionnellement, les banques d‘investissement s’attachaient à fournir des services sophistiqués à un groupe de clients spécialisés : investisseurs professionnels, institutions financières et entreprises. Mais la réglementation plus stricte et les exigences en matière de fonds propres ont rendu les produits de niche et à haut-risque moins avantageux. Dû à la combinaison de tous ces facteurs, un grand nombre d’acteurs ont vu leurs revenus se réduire de manière substantielle et cherchent à "refocaliser" leurs activités pour se différencier et maximiser leur impact auprès de certains clients ou dans certains domaines. 

Même l’avenir de l’analyse financière, l’un des produits les plus connus du secteur, est incertain. Le modèle économique a toujours été étonnant – il s’agit, fondamentalement, de produire et de diffuser des rapports d’analyse de qualité à l’attention des investisseurs dans l’espoir qu‘ils soutiendront la banque en payant des commissions pour acheter et vendre des valeurs mobilières et d'autres produits. Les régulateurs se sont opposés à la pratique des subventions croisées et au manque de transparence pendant des années et la prochaine série de réglementations en 2018 séparera encore davantage les revenus issus de l’analyse de ceux générés par l’activité de courtage. Depuis 2012, les budgets consacrés à l’analyse financière ont chuté de 20-25%, et selon Benjamin Quinlan, un spécialiste du secteur, ils pourraient encore baisser de 20 milliards de dollars, soit 25-30%, d'ici 2020. 

Mais les banques d‘affaires et leurs clients continuent à valoriser l’activité d'analyse financière et ne souhaitent pas la voir disparaître. La technologie constitue à la fois une solution potentielle et une nouvelle menace. Les fintech investissent le marché avec des offres spécialisées, à l’instar de Planet Lab, une société d’analyse financière qui utilise des images satellite pour effectuer ses analyses.  

L’analyse financière traditionnelle demeure attrayante, et des banques de plus petite taille, de type “boutiques“, s’appuient sur leurs atouts pour sécuriser des nouveaux dossiers et des nouveaux clients. Les investisseurs voient désormais les réseaux sociaux, les blogs et les forums de discussion comme autant de moyens efficaces de diffuser leurs analyses financières. Mais le Graal pour la plupart des banques d’affaires – créer un dispositif efficace de diffusion des analyses financières qui puisse se combiner à d’autres sources d’actualités pour être en mesure de délivrer exactement ce que le client veut au moment où il le veut – reste un objectif, mais est encore hors d’atteinte.

Non seulement les banques réduisent les coûts sur leurs métiers de base afin de faire face aux évolutions du marché, mais elles intègrent également leurs opérations afin d’offrir des services de qualité supérieure à destination d’un éventail de clients plus large. J.P. Morgan, par exemple, a intégré l’activité de services de banque d’investissement, de trésorerie et de sécurité, d’une part, et l’activité globale de services bancaires aux entreprises, d’autre part (qui, historiquement, ont toujours constitué des activités séparées) dans une seule et unique unité. UBS est partie de l’activité qui faisait sa force, la gestion de l‘argent des personnes fortunées, et a construit sur cette base.   

Goldman Sachs, quant à elle, est passée à l’étape supérieure dans son idée d’élargir sa clientèle en lançant une plateforme de prêts à la consommation dénommée Marcus. Morgan Stanley a pratiquement quadruplé le montant des fonds qu’elle a pris en dépôt. 

La technologie devient de plus en plus un facteur critique, tant dans l’élaboration des produits et des services que la banque décide d’offrir que dans la manière dont elle choisit de les distribuer.

L’utilisation de la technologie du cloud computing, dans laquelle les données et les logiciels sont accessibles sur Internet plutôt que sur les propres systèmes informatiques de l‘entreprise, se développe à grande vitesse. La plupart des banques d’affaires, notamment les grandes banques traditionnelles, cumulent des couches de systèmes informatiques, souvent incompatibles entre eux, qui sont très longs à changer et extrêmement coûteux à faire fonctionner. Un tiers des institutions financières envisage de recourir à des services fondés sur le cloud d’ici à trois ans, en commençant par les fonctions de back-office. Si l’attitude des régulateurs, face à l’utilisation du cloud, varie fortement, elle devrait s’harmoniser à mesure que l’adoption du cloud se généralisera et que ses avantages deviendront plus évidents. La Singapore Monetary Authority a ouvert la voie en mettant en place des règles bien précises encadrant le processus d’externalisation via le cloud, qui couvrent à la fois les risques technologiques et les risques liés à l‘externalisation. En France, Carlos Goncalves, le directeur des Infrastructures Informatiques du groupe Société Générale, a lui annoncé que leur stratégie est d’avoir 80% de leur système d’information dans le cloud d’ici 2020.

La blockchain constitue l’autre technologie numérique qui pourrait venir bousculer les règles du jeu pour les banques d’investissement. Le NASDAQ a lancé Linq, qui permet de vendre et d’acheter des actifs de private equity en utilisant la blockchain, tandis que l‘Australian Stock Exchange est en train de tester un nouveau système de compensation et de règlement utilisant également la blockchain. Les banques elles-mêmes sont convaincues du potentiel de la blockchain en termes de simplification et de réductions de coûts, mais elles pensent qu’une longue période de transition sera nécessaire pendant laquelle l’ancienne infrastructure coexistera avec les modèles de blockchain. L’évolution de la réglementation demeure une préoccupation majeure.  

Cette période de changement signifie que les banques  d’affaires ne se dirigent plus dans une seule et même direction. Toutes abordent les trois sujets qui constituent le principal défi en 2017 : comment simplifier leurs activités, comment les numériser et comment innover pour l’avenir ? Le fait que différentes banques prennent des décisions différentes, en fonction de leurs forces et de leurs priorités, est rassurant. Ce faisant, les chances que le secteur des banques d’affaires contribue à une autre crise comme celle de 2008 sont considérablement réduites. 

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