Le futur du développement : une ville intelligente est une ville connectée

La ville intelligente n'a rien de futuriste: des équipes travaillent déjà sur des projets de développement dans de nombreuses villes.

Les "villes intelligentes" nous apparaissent souvent comme un concept abstrait qui relève du fantasme futuriste. selon lequel ces villes seraient créées à partir d’une feuille blanche plutôt qu’une adaptation de nos environnements de vie actuels. C’est en partie compréhensible : la notion de ville intelligente évoque rapidement toutes sortes de notions exotiques inspirées de la pop culture, comme le "New New York" de Futurama et la "Zion" du film Matrix.

Cependant, des équipes de développeurs et de communautés « open source » travaillent déjà avec des architectes et des ingénieurs du bâtiment sur des projets de développements. Aussi, la grande majorité de l’implémentation d’une ville intelligente (au moins dans un premier temps) se concentre autour d’une meilleure exploitation des infrastructures et des données déjà existantes qu’il est possible d’exploiter via un réseau de terminaux interconnectés. Ceci permettra à la ville elle-même de prendre des décisions autonomes entraînant des actions opérationnelles plus efficaces. Mais comment cela se manifestera-t-il concrètement dans la réalité ? Quels sont les bénéfices potentiels ainsi que les défis associés à la création d’une ville parsemée de capteurs et d’objets connectés ? Nombre de ces projets sont déjà lancés notamment en Espagne, en Inde, aux Emirats arabes unis, ou encore dans l’hexagone à Paris, Lyon, Angers ou Grenoble.

La face cachée de la conception

En analysant le développement des villes intelligentes d’un point de vue professionnel, deux secteurs sont plus particulièrement impactés : l’industrie et la technologie de l’information. Si l’industrie bénéficiera d’avantages économiques générés dans un second temps, ce sont les développeurs qui, au départ, seront appelés à concevoir les APIs (les interfaces de programmation applicatives) pour ces projets.

Automatisation de flux de données, augmentation de la fréquence des moyens de transport en commun en cas de pic de pollution, des parkings, régulation fine de la production d’énergie… les processus qui permettront de faire de la ville un écosystème connecté, réactif et proactif, vont nécessiter les prouesses de pléthore de développeurs. Or aujourd’hui ces talents sont en pénurie : trouver et recruter les meilleurs développeurs représente déjà un défi.

Les entreprises et les collectivités devront peut-être se tourner vers les professionnels possédant un haut niveau technique, mais un profil moins conventionnel pour un environnement de travail classique, à l’instar des développeurs autodidactes, formés aux plateformes « open source ».

En France, c’est la métropole de Dijon qui relève ce challenge, en confiant à un groupement d’entreprises son projet de ville connectée, à travers un contrat de conception, réalisation, exploitation et maintenance (CREM). Le projet, qui s’étend aux 24 communes de la métropole, sera évalué selon des critères prédéfinis, tels que l’économie d’énergie ou la disponibilité des systèmes informatiques. La ville bourguignonne est déjà labellisée "Ville Internet" depuis 2001, et avait entrepris de réduire la fracture numérique en mettant en place des points d’accès numériques dans son agglomération (les "Panda").

Sécuriser les villes intelligentes

Autre défi lié au développement de villes intelligentes : la sécurité. L’augmentation des dispositifs connectés sur un vaste réseau en expansion entraînera le nombre de points d’entrée potentiels permettant l’exploitation de failles de sécurité, générant ainsi un risque accru.Il existe plusieurs exemples des conséquences potentiellement graves de telles failles : en décembre 2015 lorsque des stations relais électriques se sont trouvées coupées en Ukraine. Avec de larges réseaux citadins interconnectés, il est certain que ce type de risque devient plus important.

C’est l’une des problématiques à laquelle la communauté de développeurs peut s’attaquer en s’appuyant sur une forte collaboration. Avec un si grand nombre de points sensibles, la collaboration est une condition indispensable pour couvrir de si larges zones et déceler toutes les vulnérabilités de chaque terminal : en rendant public le code régissant ces villes connectées, cela permettrait à la communauté mondiale de développeurs de l’examiner scrupuleusement et de corriger les failles, réduisant ainsi considérablement le nombre de vulnérabilités.

Poussons la réflexion un cran plus loin : pourquoi ne pas développer de nouveaux standards internationaux pour gérer certaines fonctions des villes intelligentes en autorisant une réutilisation illimitée ? Après tout, ouvrir simplement son code au public ne garantit pas pour autant son adoption. Obtenir le soutien massif de développeurs sur des projets qui répondent aux besoins universels liés à une fonction spécifique de la ville, comme la gestion de l’eau ou l’approvisionnement en énergie, nécessitera un temps considérable avant d’atteindre un niveau de standardisation.

Une expérience citadine plus agréable

Il y a évidemment de nombreuses raisons qui expliquent pourquoi les investissements publics dans les villes intelligentes sont déjà très importants. Le changement le plus notable pour les habitants est de vivre une expérience quotidienne de leur ville et de ses équipements plus facile et plus agréable.Mais au-delà de la réduction des frustrations et des agacements du quotidien qui sont souvent mis en avant dans la vie citadine, les villes intelligentes pourraient amener des changements de bien plus grande échelle. L’utilisation de l’énergie deviendrait bien plus efficace, permettant de générer des économies énergétiques et financières. Les bouchons et la pollution associée pourrait également être réduits, rendant ainsi non seulement les villes moins coûteuses en gestion mais également plus saines.

L’un des exemples les plus parlants, en matière de gestion automatique de l’utilisation de l’énergie et de réduction de la pollution, est celui de Dubaï. Les systèmes intelligents y sont étudiés pour leur capacité future à faciliter la vie des habitants, en accompagnant par exemple la circulation de voitures électriques ou de vélos rechargeables connectés. D’autres usages, comme le fait de guider les bus vers les lieux de stationnement adéquats, contribueront à faire du joyau du Golfe un modèle de ville intelligente pour ses semblables à travers le monde.

Le plus important est probablement que l’avènement des villes intelligentes signifie que chacun pourra jouer un rôle dans le développement de l’avenir. C’est à la communauté des développeurs dans son ensemble de participer au développement de nouveaux standards avec des outils « open source », publier des données, faire des retours à chaud, proposer des améliorations, entre autres. Cela fera progresser la collaboration et devrait générer davantage de transparence. Est-ce une vision utopique ? Peut-être ! Mais vu la rapidité avec laquelle les changements technologiques s’effectuent et vu l’adhésion de plus en plus large à l’ « open source » dans les entreprises et organisations publiques ou para-publiques à travers le monde, parions que, avec les bons talents, l’avenir des villes intelligentes s’annonce radieux.

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