Bruno Rousset (April) "L'heure est à la digitalisation à outrance du groupe au niveau mondial"

A nouveau PDG d'April depuis janvier 2013, Bruno Rousset détaille sa feuille de route pour redresser le groupe d'assurance qu'il a fondé en 1988.

JDN. Vous êtes revenu à la tête d'April au début de l'année pour trouver de nouveaux relais de croissance. Comment allez-vous vous y prendre ?

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Bruno Rousset, PDG fondateur d'April. © Gaudillère. Collectif ITEM

Bruno Rousset. J'ai cinq priorités. Tout d'abord, le développement à l'international. April réalise 20% de sa marge brute à l'extérieur du pays. Nous sommes présents en Amérique, en Europe et en Asie. Notre activité autour des expatriés et des étudiants qui partent à l'étranger constitue un fort potentiel de croissance. D'ici 2020, nous comptons réaliser la moitié de notre chiffre d'affaires à l'étranger. Je veux aussi poursuivre le développement du réseau de boutiques en France. Nous en avons aujourd'hui 200, réparties sur tout le territoire. Elles devront être connectées au digital. Pour atteindre le client, nous mettons l'accent sur le multicanal : le net, les plateformes téléphoniques et les boutiques. Nous utilisons les nouvelles technologies pour développer l'e-commerce, dématérialiser la relation client et permettre à ce dernier de suivre l'évolution de son dossier de bout en bout. L'heure est à la digitalisation à outrance du groupe au niveau mondial. Je viens d'ailleurs tout juste de recruter une chief executive digital officer. Il faut également redresser certaines filiales du groupe qui sont en difficulté dans certains pays. Enfin, si je suis revenu à la tête d'April en janvier dernier, c'est notamment parce que je jugeais la croissance insuffisante. Nous avons enregistré 1% au 1er trimestre 2013. J'ai l'ambition de retrouver un niveau de croissance à deux chiffres, malgré la crise. C'est souvent plus un problème de dirigeant, d'exécution, que de stratégie.

 

"J'ai l'ambition de retrouver un niveau de croissance à deux chiffres"

Comment prendre des parts de marché à des géants comme Axa ou MMA ?

Grâce à l'innovation produit. Le prix joue un rôle important mais la proximité avec les réseaux de distribution entre aussi en compte. Et chez nous, elle est plus forte que dans certains grands groupes. Nous avons 15 000 intermédiaires en France dont 10 000 agents généraux qui nous apportent les mandats de leur compagnie d'assurances. Ils ne le feraient pas si April ne les satisfaisait pas. Enfin, il y a la qualité de service. Les clients sont impatients. Il faut donc être capable de répondre dans la minute. Pour cela, nous avons des centres d'appels répartis dans nos 45 filiales.

 

"L'activité que nous allons pousser dans les prochaines années, c'est l'assurance collective pour les entreprises"

Est-ce facile d'innover dans le secteur de l'assurance ?

On peut innover en débarrassant le client des tracasseries administratives. April a démarré en 1988 et, déjà, la simplification des produits constituait l'une de nos priorités. A l'époque, pour souscrire une mutuelle chez les courtiers, il fallait remplir 4 pages de questionnaire santé. Nous avons lancé des produits avec des formalités simplifiées. Aujourd'hui, nous sommes pratiquement les seuls à traiter le questionnaire santé nécessaire à la souscription d'une assurance emprunteur par téléphone. Le client n'a plus qu'à signer et retourner le document qui lui parvient par la Poste. Et nous sommes capables de donner aux clients les modalités d'acceptation en direct. On peut aussi innover sur les produits. L'assurance emprunteur en est un bon exemple. Il y a 17 ans, on a lancé un produit qui permettait aux souscripteurs de moins de 45 ans de bénéficier d'un tarif très réduit par rapport à ce que leur proposaient les banques. La segmentation et la sous-segmentation font aussi partie des moyens que nous avons à notre disposition pour innover. Il s'agit d'identifier les catégories de clients qui ont besoin d'une offre plus adaptée, comme les personnes handicapées par exemple. Enfin, la digitalisation est source d'innovation au sens où elle facilite la relation entre l'assureur et le client.

 

"Une croissance insuffisante, c'est souvent plus un problème de dirigeant que de stratégie"

Les transactions immobilières ont chuté l'an dernier. Comment se porte votre activité sur le segment de l'assurance individualisée de prêt immobilier ?

L'an dernier, nous avons fait +60% de souscriptions. Cette année, on en est à +40%.  Pourquoi ? Parce que notre capacité de réaction est supérieure à celle des assurances des banques. Nous sommes capables de traiter tous les cas assez rapidement, et notamment ceux des personnes qui ont des petits pépins de santé et des gros capitaux à souscrire. Sans compter que le client a de plus en plus la possibilité d'aller voir ailleurs, notamment parce que la loi oblige les établissements financiers à les laisser faire. Mais l'activité que nous allons pousser dans les prochaines années, c'est l'assurance collective pour les entreprises. Par ailleurs, suite à la signature de l'accord pour l'emploi le 11 janvier dernier, portant sur la généralisation des complémentaires santé, nous avons une autre carte à jouer.

 

Bruno Rousset interviendra au prochain forum Osons la France qui se déroulera à Lyon le 27 juin prochain sur le thème "il faudrait oser faire confiance aux hommes dans l'entreprise".

 

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