Les agrégateurs bancaires trouvent leur compte chez les professionnels

Bankin', Linxo, Budgea et Gérer mes comptes misent de plus en plus sur le BtoB. Un business qui comble le modèle encore peu rentable du BtoC.

En quelques années, Bankin', Linxo, Budgea et Gérer mes comptes, les quatre principaux agrégateurs bancaires français, ont séduit plus de trois millions d'utilisateurs confondus. Ce chiffre devrait augmenter avec la directive européenne DSP2 qui ouvrira le marché européen des services de paiement en janvier 2018. Ajout de fonctionnalités, nouveaux business models, multiplication des partenariats… Chacun cherche le bon modèle pour rafler la mise. En revanche, ces agrégateurs bancaires ont tous en ligne de mire le marché des professionnels, plus rentable que celui des particuliers.

Leurs offres BtoC sont principalement gratuites et proposent un large panel d'options. "Un utilisateur peut quasiment tout faire sur le modèle gratuit. Il y a quelques petites variantes sur notre forfait à deux euros par mois. Par exemple, l'historique des comptes est de six mois pour le gratuit et est illimité pour l'offre payante", illustre Vincent Le Gouallec, cofondateur de Gérer mes comptes. Le plus ancien des agrégateurs (créé en 2007) ne communique pas sur la part des utilisateurs des versions gratuites et payantes. De son côté, Bankin', avec ses 1,8 million d'utilisateurs en Europe, n'est toujours pas rentable. Signe que la majorité des utilisateurs n'ont pas encore basculé vers le payant.

"Nous nous dirigeons vers une offre complète d'accompagnement de l'entrepreneur"

Gérer mes comptes assure quant à lui se financer sur fonds propres. Cette autonomie financière est notamment due à son passage en BtoB en 2015, année de son rachat par le réseau d'experts comptables Cerfrance. La société bretonne a développé un service d'agrégation bancaire professionnel destinée aux 700 agences du réseau Cerfrance qui conseille 320 000 entrepreneurs dans l'Hexagone. "Notre offre, qui fonctionne par API, permet à un comptable de récupérer automatiquement toutes les informations bancaires de son client, même s'il est dans plusieurs banques", précise Vincent Le Gouallec sans communiquer de tarif. Le produit est également destiné aux banques, gestionnaires de patrimoine et experts-comptables. "Aujourd'hui, le business du professionnel est clairement une stratégie montante chez nous", insiste le fondateur. Début 2017, la société a lancé la plateforme Bettr.com, une offre "améliorée" de gestion via l'agrégateur bancaire. Elle permet notamment de prévoir son solde de trésorerie à 30,60 ou 90 jours, ou encore de créer une SARL et un statut d'autoentrepreneur. "Nous nous dirigeons vers une offre complète d'accompagnement de l'entrepreneur", confie Vincent Le Gouallec.

Un agrégateur sous forme d'API

Même Bankin', très focalisé sur le particulier, a mis un pied dans le BtoB. "Suite aux nombreuses demandes de nos utilisateurs particuliers qui sont aussi entrepreneurs, nous avons créé Bankin' Pro", raconte Joan Burkovic, cofondateur de l'application. Lancé en 2013, ce compte professionnel payant est facturé pour un minimum de 8,33 euros par mois (le compte classique est gratuit et le premium à 2,49 euros par mois). Cette offre n'est que la partie émergée de l'iceberg. "Nous avons découvert un autre business. Beaucoup d'entreprises, les comptables et les acteurs du crédit voulaient connecter toutes leurs données bancaires issues de différentes banques. Nous avons donc créée Bankin' Web Services qui est désormais un département indépendant chez nous", souligne Joan Burkovic. Cette solution d'agrégation financière disponible sous forme d'API permet de récupérer les données des comptes courants, d'épargne, de crédits, d'assurance-vie et de PEA en quelques secondes.

Budget Insight a conquis 100 000 entreprises, pour un total de 300 000 utilisateurs finaux

Même stratégie pour l'application Budgea, créée par Budget Insight en 2012. Les 50 000 utilisateurs particuliers ne permettaient pas à la société d'être rentable. "Nous n'avions pas de business model et ce n'était pas facile de lever des fonds à l'époque", se souvient Clément Coeurdeuil. Depuis fin 2013, elle cible les professionnels et comme Bankin', son métier repose des API. "Aujourd'hui, notre modèle s'adresse essentiellement aux professionnels. Grâce à nos API, nos clients créent eux-mêmes des applications. Notre métier a complètement changé en quelques années. Nous faisons désormais de la location de "tuyaux de connexion", résume Clément Coeurdeuil. Aujourd'hui, 80 applications ont été créées. Cette stratégie semble payer puisque Budget Insight a enregistré un chiffre d'affaires d'1,6 million d'euros et prévoit d'atteindre les 2 millions d'euros cette année. Elle a conquis 100 000 entreprises, pour un total de 300 000 utilisateurs finaux. La start-up compte aller plus loin : elle veut créer un écosystème qui comprendra plusieurs services. "Nous travaillons actuellement sur un système de prêt avec ING et sur un robo-advisor. Nous sommes également partenaire de services de cagnottage. Nous espérons qu'entre 2017 et 2018, nous aurons créé un pool d'expertises qui intégrera tous ces services", avance Clément Coeurdeuil.  

Linxo s'est associé à la MAIF et HSBC pour lancer des agrégateurs 

L'autre stratégie des agrégateurs repose sur une collaboration plus étroite avec les banques. Linxo en a fait sa spécialité. Elle a commencé ce rapprochement en s'associant en 2012 avec Fortuneo, filiale du Crédit Mutuel Arkéa (aussi investisseur de la start-up). Ensemble, ils ont créé un agrégateur multi-comptes. La start-up a accéléré ce business de marque blanche ces derniers mois. En juin 2016, elle a lancé "Nestor" avec la MAIF et en octobre "HSBC Personal Economy" avec la banque hongkongaise. Budget Insight a quant à lui créé une joint-venture avec l'assureur Swiss Life. Les deux acteurs ont mis au point LaFinBox, destinée aux sociétaires de l'assureur pour le moment. Cette application donne à l'utilisateur une vision globale de son patrimoine financier en consolidant l'intégralité de ses comptes en banque, assurance-vie, placements, épargne salariale pour tous ses établissements financiers. L'entrée en vigueur en janvier 2018 de la directive européenne DSP2, qui obligera les banques à partager une partie de leurs données avec leurs concurrents, devrait pousser toutes les banques à lancer leurs propres outils d'agrégation. La guerre des agrégateurs n'est pas encore terminée.