Comment la blockchain participe au développement du crowdfunding

Plusieurs plateformes françaises ont lancé des expérimentations pour digitaliser la gestion des minibons, ces bons de caisse à mi-chemin entre le prêt et l'obligation.

L'intérêt de la blockchain ne fait plus de doutes dans le monde de la finance. Ce derniers mois, toutes les grandes banques ont rejoint des consortiums pour travailler sur des cas d'usages concrets. Mais elles ne sont pas les seules. En France, d'autres acteurs financiers sont aussi actifs dans le domaine : les plateformes de crowdfunding. La raison ? La publication de l'ordonnance du 28 avril 2016 relative aux bons de caisse qui a créé les minibons, des titres nominatifs réservés aux plateformes de financement participatif.

Depuis septembre 2016, l'association Financement Participatif France (FPF) travaille avec la Caisse des Dépôts sur la mise en place d'une infrastructure blockchain dédiée à la gestion de prêts aux PME. Cette plateforme permet l'émission et la souscription des minibons via la blockchain. "C'est un avantage pour le secteur du financement participatif car cela permet la traçabilité des minibons. Et cela facilite la gestion de ces titres, que ce soit pour une personne physique ou morale", se réjouit Stéphanie Salvel, présidente de l'association. De leurs côtés, les investisseurs pourront tenir un registre de titres digitalisé. Sur la soixantaine de membres de l'association, cinq plateformes émettent des minibons via la blockchain (Credit.fr, Lumo, Everfip, Unilend et Feedelios).

"Demain, on peut même imaginer payer ces titres financiers et les inscrire directement sur la blockchain"

Tous les membres de Financement Participatif France pourront utiliser la plateforme avant la fin de l'année, assure Stéphanie Savel. Entre temps, les derniers détails doivent être réglés. "Nous finalisons des développements secondaires, notamment l'interface IHM (interactions homme-machine, ndlr). Ensuite, nous poursuivrons les discussions avec le régulateur sur le sujet. Si le texte sur la blockchain permet d'aller plus loin et est mis en application, alors nous pourrons passer à la vitesse supérieure", précise Nadia Filali, directrice des programmes blockchain et en charge du laboratoire LaBChain à la Caisse des Dépôts. Objectif à terme : permettre l'échange des minibons sur un marché secondaire via la blockchain.

Mais les plateformes de crowdfunding ne seront pas les seules à bénéficier de la blockchain. Une fois cette étape passée, la Caisse des Dépôts ne compte pas s'arrêter. "La valeur ajoutée de la blockchain n'est pas propre au financement participatif mais plus généralement au développement de places de marché", estime Nadia Filali.

Eviter le "tout blockchain"

De son côté, la plateforme de crowdfunding dédiée aux PME SmartAngels a signé en 2016 un partenariat avec BNP Paribas Securities Services pour le développement d'une plateforme reposant sur la blockchain. Comme avec la Caisse des Dépôts, la plateforme permet aux émetteurs de titres de digitaliser le registre d'actionnaires et aux investisseurs de disposer de leur portefeuille d'actifs en ligne, le tout tenu dans un registre décentralisé et sécurisé. Le proof of concept (POC) a été mené avec Sigfox, client de la filiale, et quatre start-up qui avaient levé des fonds sur Smart Angels.  "Ce POC fut un vrai succès. Nous avons digitalisé tout le processus de souscription. C'était un vrai besoin des clients. Désormais, ils peuvent retrouver tous leurs titres au même endroit", se félicite Benoît Bazzocchi, président de SmartAngels. Mais ce n'est qu'un début car la souscription n'est qu'une étape dans le cycle de vie du minibon. "Nous voulons aller plus loin et digitaliser la relation actionnariale, comme la gestion de documents", précise Benoît Bazzocchi.

"La  blockchain permet d'accélérer l'émission des minibons et de diminuer le coût de transaction"

Toutefois, le dirigeant ne veut pas tomber dans le "tout blockchain". "Tous les processus et tous les documents n'ont pas besoin d'être sur la blockchain. Certaines données peuvent avoir une valeur légale traditionnelle et d'autres ont besoin de la blockchain pour avoir une preuve d'intégrité. Nous réfléchissons à toutes ces possibilités", explique-t-il. BNP Paribas Securities Services étudie aujourd'hui les options d'industrialisation de la plateforme, ce qui permettra à SmartAngels de commercialiser des services de digitalisation des registres de titres et de gestion des portefeuilles. "Demain, on peut même imaginer payer les titres et les inscrire directement sur la blockchain. Cela simplifierait encore plus le métier du crowdfunding", avance le dirigeant.

Lumo, plateforme de crowdfunding spécialisé dans les énergies renouvelables, a mené un projet similaire. Elle a déjà émis plus de 800 000 euros sous forme de minibons. "La  blockchain permet d'accélérer l'émission des minibons et de diminuer le coût de transaction", résume Alex Raguet, président de Lumo. En plus des intérêts issus des minibons, les souscripteurs reçoivent tous les six mois une quantité de "SolarCoins", des certificats de production d'énergies renouvelables basés sur la blockchain qui permettent de connaître la traçabilité de l'énergie produite.

Lumo a émis 800 000 euros sous forme de minibons

"Ils correspondent à la production effective des projets solaires qu'ils ont choisi de financer. Ils permettent non seulement de prouver leur impact financier mais aussi leur impact sur l'environnement", explique Alex Raguet. Le "taux de change" est de 1 "SolarCoin" pour 1 mégawattheure produit. Comme le bitcoin, il a une valeur échangeable sur des plateformes de crypto-monnaies. Le fournisseur alternatif d'électricité verte ekWateur les accepte déjà comme mode de règlement. Lumo imagine même qu'un jour il sera possible de payer avec des SolarCoins, des services liés à l'environnement comme les péages urbains dans certaines municipalités. Lumo, comme tous les autres acteurs, attend de pied ferme le projet d'ordonnance du Trésor relative à la transmission et la représentation de certains titres financiers via la blockchain.

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