Cambridge Blockchain, la regtech américaine qui surfe sur la vague RGPD

Cambridge Blockchain, la regtech américaine qui surfe sur la vague RGPD Après avoir levé 2 millions d'euros en début d'année, cette start-up américaine a ouvert à la rentrée un bureau à Paris pour s'attaquer au marché européen.

Pour les commerçants, mieux connaître son client est un enjeu marketing. Pour les établissements financiers, c'est un enjeu réglementaire. S'ils ne vérifient pas suffisamment l'identité de leurs clients dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, ils risquent gros. Entre 2009 et 2016, les sanctions financières prononcées contre les banques pour non-conformité ont atteint 321 milliards de dollars dans le monde (dont 37% pour les banques européennes), selon le Boston Consulting Group.

Même si les banques respectent les règles, il faut prendre en compte le coût élevé du KYC (le processus pour vérifier l'identité des clients). Selon une étude de Thomson Reuters auprès de banques britanniques, elles dépensent chacune en moyenne 47,8 millions d'euros par an pour la conformité KYC. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui entrera en vigueur en mai 2018, ajoutera une nouvelle couche à ce mille-feuille… et des amendes éventuelles allant jusqu'à 20 millions d'euros ou 4% du chiffre d'affaires annuel en cas de non-respect. Les regtech européennes, ces start-up qui facilitent le respect des réglementations, ont donc une belle opportunité… que leurs homologues américaines veulent également saisir.

"Les relations de Partech avec des établissements financiers européens nous aident à investir de nouveaux marché"

C'est le cas de Cambridge Blockchain, jeune société US  basée dans le Massachusetts. Elle a conçu un logiciel d'identité numérique basé sur la blockchain. Celui-ci permet aux institutions financières d'améliorer leur niveau de conformité et d'accueillir plus rapidement de nouveaux clients. La start-up n'utilise pas la blockchain pour stocker des données personnelles sur l'identité mais pour stocker des preuves cryptographiques sur l'identité en général. Par exemple, si une entité partage un document PDF, elle peut le comparer à une preuve cryptographique sur une blockchain partagée entre différents participants. La blockchain valide ou non l'authenticité du document. La société travaille actuellement avec plusieurs grands établissements financiers mondiaux (dont les noms ne sont pas communiqués) pour des contrats à "plusieurs millions de dollars", indique Matthew Commons, CEO et cofondateur de Cambridge Blockchain. Son logiciel est aussi utilisable par les établissements européens mais avec quelques adaptations. "Le processus d'onboarding est aussi très lourd en Europe. Les réglementations en matière de protection des données personnelles sont encore plus fortes qu'aux Etats-Unis", souligne le CEO.

De Paris à Luxembourg

En septembre dernier, la start-up créée en 2015 a donc ouvert une filiale européenne à Paris, au sein du Partech Shaker, le campus de start-up de Partech Ventures, pour accélérer son déploiement sur le Vieux continent. Cette installation suit sa levée de fonds de 2 millions de dollars réalisée en janvier dernier auprès du fonds d'investissement américain Digital Currency et de Partech Ventures. "Les relations stratégiques de Partech avec des établissements financiers européens nous aident à investir de nouveaux marchés", souligne Matthew Commons.

Le choix de la France était motivé par plusieurs raisons. "Premièrement, Paris est idéal pour se déplacer en Europe. C'est très simple de se rendre en Allemagne, au Royaume-Uni, au Luxembourg ou encore en Belgique. Deuxièmement, nous nous rapprochons de nos investisseurs et troisièmement c'est un marché très prometteur pour nous. Nous avons de bonnes relations avec les principales banques françaises", indique le dirigeant. Quid du Brexit ? "Cela n'a pas été décisif mais c'est un élément que nous avons tout de même pris en compte." Le patron de la start-up commence les recrutements pour le bureau français. "Nous cherchons des personnes pour le service client, la vente et les fonctions support. Les profils techniques restent aux Etats-Unis. Au total nous sommes neuf et nous avons prévu d'être 18 d'ici fin 2018", précise le CEO.

"Nous collaborons avec les Cnil des différents pays pour être à jour."

Depuis l'ouverture de son bureau à Paris, les demandes des clients affluent, assure-t-il. "Nous avons remarqué une augmentation avec le GDPR. Par conséquent, nous avons designé notre logiciel avec les codes de GDPR comme le droit à l'oubli, le principe de minimisation des données, le rôle du data protection officer… Nous collaborons avec les Cnil des différents pays pour être à jour."

Cambridge Blockchain est déjà bien implanté au Luxembourg. Depuis quelques mois, la start-up développe une plateforme d'identité pour la protection de la vie privée basée sur la blockchain avec LuxTrust, un fournisseur d'identité numérique et de sécurisation des données électroniques détenue par le gouvernement luxembourgeois et plusieurs banques du pays. "Quand un client souhaitera ouvrir un compte bancaire au Luxembourg avec un document d'identité, la banque lui fournira un "service de données personnelles", une sorte de base de données personnelle qui stockera tous ses documents. Pour chaque caractéristique d'identité, (adresse, date anniversaire…), la banque signera une preuve cryptographique sur la blockchain partagée par un groupe de banques et des institutions publics luxembourgeoises. Une fois un compte bancaire ouvert dans une banque, il deviendra alors plus facile d'obtenir tout type de services financiers à Luxembourg", explique Matthew Commons. La plateforme sera disponible mi-2018 pour 500 000 personnes dans le pays. Cambridge Blockchain annoncera plusieurs projets l'année prochaine dont un en France.

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