Les causes de la crise à Dubaï Une dette prévisible

a dubaï, l'offre de logement est bien supérieure à la demande.
A Dubaï, l'offre de logement est bien supérieure à la demande. © Pierre Naftalski

3,5 milliards de dollars. C'est la somme que ne peut rembourser dans les temps le conglomérat public Dubaï World. Les marchés ont analysé ce défaut comme la faillite possible d'un Etat, puisqu'ils ne font pas la différence entre la dette de l'entreprise publique de celle de l'Etat de Dubaï. Pourtant, il faut distinguer la dette souveraine de Dubaï (10 milliards de dollars) de la dette de Dubaï World (59 milliards), même s'il est vrai que la dette totale de Dubaï, sa partie "privée" additionnée à sa partie publique, est estimée à 80 milliards de dollars, soit la quasi-totalité de son PIB (une estimation là encore puisqu'il n'est pas publié).

Cette dette a bondi au rythme du développement déraisonnable de cet état confetti. L'année dernière, elle s'est envolé, passant de 41,8% à 100% du PIB selon Standard & Poor's. Résultat : Dubaï a dépassé la Roumanie dans la plupart des classements des pays les plus risqués sur le marché des credit default swap (CDS).

Immobilier délirant

La récession mondiale a elle aussi touché le petit émirat. L'effondrement de 30% du commerce international a brutalement affecté son port et la chute de moitié des prix de l'immobilier (UBS anticipe une chute complémentaire de 30%) n'avait pas totalement refroidi ses ardeurs de bâtisseur. Les constructions démentes pouvaient encore sortir de terre alors que l'offre de logement était déjà délirante et bien supérieure à la demande.

La spéculation a conduit des promoteurs dubaïotes comme Nakheel, contrôlé par Dubaï World, à investir dans une multitude de projets, en empruntant auprès de banques qu'ils sont  incapables de rembourser aujourd'hui.

La dette totale a bondi de 41,8% à 100% du PIB entre 2007 et 2008.

Et ce sont précisément les engagements immobiliers et touristiques des filiales de Dubaï World, comme Nakheel, qui ont créé une mauvaise dette, aujourd'hui estimée à 26 milliards de dollars (sur 59 au total). Et il en va de la survie économique de Dubaï que Dubaï World ne fasse pas faillite. En effet, c'est lui qui contrôle le port de Dubaï et qui gère 48 autres ports à travers le monde. Un actif déjà mis à l'abri par les autorités. Les créanciers devront se contenter d'autres bijoux que la société possède, comme des entreprises de services financiers (Standard Chartered), des participations dans des gisements énergétiques en Russie et au Nigéria ou encore le fonds Istithimar (10 milliards de dollars d'actifs en 2008), principalement alimenté par des revenus immobiliers dont la chaîne EasyHotel.

Crise financière / Dubai