Crowdfunding immobilier : qui perd quoi après la liquidation du promoteur Terlat ?

Certains investisseurs subiront une perte totale en capital. Lesquels ? Le JDN a interrogé Wiseed et Anaxago.

Le groupe Terlat est le premier caillou dans le soulier du crowdfunding immobilier français. Début août 2017, Retome, la société mère du promoteur dont les programmes ont été financés via les deux plateformes leaders de la place, Anaxago et Wiseed, a été placée en liquidation judiciaire. Une issue inéluctable, comme en témoigne ce message envoyé dans l'été par le principal intéressé aux équipes de Wiseed : "Nos efforts constants avec votre soutien permanent dans cette période d'instabilité n'ont pas permis au Groupe Terlat de sortir de la procédure de redressement judiciaire. Nous ne serons pas en mesure de procéder au remboursement des dettes des investisseurs comme espéré".

Les 194 prêteurs du programme Les Jardins de Clarisse essuieront une perte moyenne de 2 477 euros

Justement, que se passe-t-il pour les prêteurs ? Tout dépend de la plateforme et du programme choisis. Certains de ceux qui sont passés par l'intermédiaire de Wiseed essuieront une perte totale en capital. "A moins d'un miracle", pour reprendre la réserve émise du bout des lèvres par Souleymane-Jean Galadima, directeur général de Wiseed immobilier, ce sera le cas des 194 investisseurs qui ont financé l'opération Les Jardins de Clarisse, près d'Avignon, pour un montant total de 480 500 euros. Soit une perte moyenne de 2 477 euros. "Le promoteur s'apprêtant à être en liquidation, ce n'est pas possible d'obtenir un remboursement depuis la maison mère, explique-t-il. Par ailleurs, il s'agissait initialement d'une construction à ossature bois. Terlat Industries, la filiale du groupe spécialisée dans la fabrication de panneaux à ossature bois, ayant elle-même été placée en liquidation judiciaire en début d'année, une partie de ce qui avait été construit a dû être détruite pour repasser en béton. D'où une perte de fonds propres du promoteur, des investisseurs et probablement de la banque." 

Les 126 "WiSEEDers" qui ont investi à hauteur de 516 500 euros dans le programme Le Passage, entièrement livré et 100% commercialisé auront plus de chance : "Entre ce qui a déjà été remboursé en octobre 2016 et ce que nous sommes arrivés à réceptionner sur l'été 2017, le montant prêté a été récupéré. Ce n'est pas encore le cas des intérêts. Il reste potentiellement des sommes résiduelles à récupérer, explique Souleymane-Jean Galadima. Les investisseurs n'ont pas encore touché les sommes qui leur reviennent. Elles sont sécurisés sur un compte séquestre car nous avons des difficultés à récupérer les dernières pièces auprès du promoteur permettant de les libérer".

"La confiance des investisseurs n'est pas ébranlée, mais ils se posent davantage de questions, ce qui est une bonne chose"

Egalement contactée par le JDN pour réagir à la conversion du redressement de Retome en liquidation judiciaire, Anaxago n'est pas en mesure de s'étendre sur le sort des investisseurs ayant fait appel à ses services. "Nos sociétés n'étant pas liquidé et les chantiers de Saint Pierre et La Montagne (deux des quatre projets de Terlat finançables sur Anaxago, ndlr) continuant, nous n'avons pas d'information complète à transmettre à ce stade", explique le PDG du site, Joachim Dupont. Contrairement à Wiseed, qui procède par emprunt obligataire, transformant ainsi de ses WiSEEDers en créanciers de l'émetteur, Anaxago crée une holding d'investissement dédiée à chaque projet financé, ce qui fait d'elle l'actionnaire et donc le propriétaire d'une partie des programmes proposés. 

Quel sera l'impact de cette première défection sur le crowdfunding immobilier ? Pour sa part, Souleymane-Jean Galadima ne s'attend pas à une baisse de la collecte. "En janvier 2017, le mois où nous avons subi la communication autour des difficultés de Terlat, nous avons tout de même collecté 4 millions d'euros. La confiance des investisseurs n'est pas impactée. En revanche, ils nous posent beaucoup plus de questions". Une bonne chose, selon lui : "Cet épisode signe la confirmation des mises en garde que les différentes plateformes de crowdfunding immobilier avaient formulées : même s'il s'agit d'immobilier, le risque de perte en capital existe". D'où la nécessité, une fois encore, de diversifier ses investissements.