Benjamin Carlu (Usine IO) "Air Liquide utilise notre espace pour développer des objets connectés"

L'atelier de prototypage l’Usine IO fait travailler ensemble start-up de hardware et industriels pour développer des projets IoT. Explications avec son président.

JDN. Votre espace de prototypage parisien de 1 500 m2 est beaucoup utilisé par des start-up qui veulent concevoir des objets connectés. Accueillez-vous aussi d'autres types d'acteurs ?

Benjamin Carlu (Usine IO) © Usine IO

Benjamin Carlu. Oui, l'Usine IO travaille beaucoup avec de grands groupes, comme Air Liquide. Pour faire remonter à la surface les idées innovantes de ses collaborateurs, l'industriel envoie ses équipes au i-Lab, un laboratoire d'innovation situé à la Bastille à Paris. Les salariés qui proposent des projets hardware intéressants viennent ensuite à l'Usine IO pour passer de l'idée abstraite au prototypage puis à la présérie, grâce à notre matériel et à notre équipe de sept accompagnants techniques, spécialisés en électronique, mécanique, plasturgie... Nous aidons ensuite les entrepreneurs internes comme ceux d'Air Liquide à trouver des partenaires pour industrialiser leur production.

Un gros énergéticien dont je ne peux dévoiler le nom vient également chez nous, avec ses sous-traitants chargés de la maintenance. Ils développent ensemble des objets connectés pour améliorer l'entretien du réseau gazier et la sécurité lors des interventions sur le matériel.

 

Pourquoi ces industriels viennent-ils prototyper chez vous alors qu'ils ont des ateliers en interne ?

Les géants de l'auto ont tous des ateliers de conception. Mais ces espaces sont destinés à développer des projets précis, comme la nouvelle porte de la berline qui va sortir l'année prochaine. Ils sont réservés des mois à l'avance. Il est difficile de bousculer cette organisation pour faire naître en quelques semaines un projet innovant, intégrant des technologies de rupture. D'où leur envie de venir à l'Usine IO, nous sommes nettement plus flexibles.

"Les groupes de service ont compris le rôle essentiel des donnée et veulent créer des objets connectés pour les collecter"

Ils peuvent en plus rencontrer des start-up de hardware dans leur espace de travail, en pleine conception de leur produit. Voir les équipes à l'œuvre. Leurs échanges avec ces entreprises sont nettement plus concrets que dans une salle de réunion, où l'entrepreneur va présenter son pitch pour la énième fois.

 

Travaillez-vous avec des groupes de services ?

Absolument. Ces entreprises ont compris le rôle essentiel de la donnée pour l'avenir de leurs activités. Elles veulent développer des objets connectés pour collecter un maximum de data, mais ne sont pas du tout des spécialistes de la fabrication de produits physiques. Notre méthode maïeutique et nos équipes techniques les aident à aller au bout de leurs projets.

Axa et Microsoft ont organisé en 2015 un hackathon dans nos murs, avec des équipes de développeurs souvent issus du monde des start-up. Mouztache, le robot qui repère les sinistres dans la maison et la serre connectée D-meter leur ont tapé dans l'œil.

 

Quel pourcentage de votre chiffre d'affaires représentent ces partenariats avec de grandes entreprises ?

"D'ici la fin de l'année, nous ouvrirons des locaux à la Halle Freyssinet"

Entre 15 et 20% aujourd'hui, mais ce chiffre va nettement progresser dans les années à venir. Sans exagération, je rencontre toutes les semaines de grands groupes qui envisagent de travailler avec nous.

 

Vous voudriez développer votre offre ?

Oui, nous voulons nous installer dans de nouveaux espaces. D'ici la fin de l'année, nous ouvrirons des locaux à la Halle Freyssinet, l'accélérateur de start-up de l'un de nos principaux investisseurs, Xavier Niel. Nous allons également nous étendre en France en tissant des partenariats avec des écosystèmes existants. La Cité des objets connectés d'Anger ou une pépinière X ou Y à Limoges pourraient par exemple nous apporter leur connaissance du territoire. En échange, nous pourrions mettre à leur disposition notre méthode pour développer des projets IoT rapidement. Les premiers pilotes seront lancés en 2016. Ensuite, nous voudrions nous implanter sur de grands marchés à l'international, comme l'Asie ou les Etats-Unis.

 

Vous n'avez pas de concurrents à l'étranger ?

Pas à notre connaissance. Notre projet n'est pas facile à reproduire, car c'est bien plus qu'un espace avec de simples machines de prototypage. L'Usine IO est avant tout une équipe expérimentée en développement produit. En moyenne, nos sept techniciens ont douze ans d'expérience en la matière. Ils sont capables de partager ensemble leur expérience de façon cohérente. Nous avons également tissé un réseau d'ingénieurs mécaniciens qui travaillent en free-lance, pour les mettre en contact avec nos clients. Contrairement aux ingénieurs informatiques, c'est une denrée rare.

 

 

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