Les systèmes embarqués au coeur des grands défis industriels Des technologies qui gagnent sans cesse du terrain

Quel est le point commun entre l'Airbus A380, votre smartphone, le futur compteur d'électricité Linky et le tramway ou le bus que, peut-être, vous empruntez quotidiennement ? Aucun de ces "objets" ne pourrait fonctionner sans les tech­nologies de l'embarqué. Une savante combinaison d'informatique et d'électronique leur donne en effet la capacité de traiter de l'information de manière plus ou moins autonome et d'interagir avec leur environ­nement... C'est-à-dire, bien évidemment avec leurs utilisateurs ou leurs usagers, mais également avec d'autres machines, sans oublier les infrastructures qui les accueillent.

"Le marché mondial du calculateur embarqué pour les véhicules devrait atteindre 1,4 milliard d'unités"

"Une voiture comporte aujourd'hui en moyenne une vingtaine de calculateurs embarqués", précisait Jean-Luc Maté, vice-président stratégie et innovation de Continental Automotive, lors de la 5e édition des As­sises de l'embarqué, organisées en novembre dernier par Syntec Numérique, la DGCIS (Direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services) du ministère du Redressement productif et Cap'Tronic, le programme d'aide à l'innovation par l'électronique pour les PME. Compte tenu du nombre de voitures vendues sur la planète en 2012, "le marché mondial du calculateur embarqué pour les véhicules devrait atteindre 1,4 milliard d'unités", se félicitait le respon­sable de l'un des leaders mondiaux des systèmes et équipements électroniques pour l'automobile.

Au-delà de ses univers traditionnels

Car les technologies de l'embarqué ont le vent en poupe. Mieux, dans un contexte économique morose, elles bénéficient de leur positionnement au coeur du développement de très nombreux secteurs industriels et essaiment bien au-delà de leurs univers tradition­nels que sont l'aérospatial, la défense et l'automobile.

Désormais, c'est bien l'em­barqué qui "porte" l'inno­vation dans les applica­tions et les équipements de l'énergie (pas d'éolienne performante sans intelli­gence "embarquée"), du médical (du simple lecteur de glycémie au robot de bloc opératoire le plus sophis­tiqué), des télécoms (box Internet, stations de base des réseaux mobiles...) ou encore des industries méca­niques (monitoring en temps réel d'une chaîne de production, par exemple).

"Il y a environ 5 milliards d'ob­jets connectés dans le monde"

"Le développement des technologies de l'embarqué s'appuie sur le déploiement croissant des objets connectés, analyse Yves Nicolas, vice-président chargé des ventes de IS2T, éditeur de logiciels pour la conception d'applications embar­quées. On considère qu'il y a environ 5 milliards d'ob­jets connectés dans le monde et 15 milliards d'objets qui intègrent de l'électronique mais qui ne sont pas encore connectés." Créée à Nantes en 2004 et spécia­liste du langage de programmation Java, IS2T propose notamment des kits de développement pour des inter­faces homme-machine (IHM).

40% des éditeurs de logiciels réalisent au moins 80% de leur ca dans l'embarqué,
40% des éditeurs de logiciels réalisent au moins 80% de leur CA dans l'embarqué, contre 22% en 2007. © NAN - Fotolia.com

Les résultats de l'étude présentée lors des Assises de l'embarqué confirment en effet la tendance positive déjà observée en 2011 : "Alors que l'activité des logi­ciels et des services informatiques va baisser de 1,2% en 2012, celle des systèmes embarqués continuera à croître pour deux tiers des entreprises interrogées, indique Franck Nassah, directeur général adjoint du cabinet Pierre Audoin Consultants, chargé des opé­rations. Ainsi, 20% d'entre elles s'attendent à une augmentation de leur activité de plus de 20% en 2012." Autre signe notable : la part des systèmes embarqués dans le chiffre d'affaires des éditeurs de logiciels et des sociétés de conseil en technologies est de plus en plus importante. Aujourd'hui, 40% des éditeurs et 29% des sociétés de conseil réalisent au moins 80% de leur CA dans l'embarqué, contre res­pectivement 22% et 13% en 2007.

Structurer une communauté

"Il n'y a plus aujourd'hui une industrie qui puisse se passer du numérique, commente Eric Lerouge, délégué du Comité embarqué au sein de Syntec Numérique. Les résultats de cette étude nous confir­ment que la place des grands donneurs d'ordres industriels est toujours aussi importante mais que les secteurs orientés vers le B to C se développent forte­ment. Auparavant, les systèmes embarqués étaient positionnés essentiellement dans des univers très technologiques et industriels comme l'aéronautique, la défense ou les transports, avec des systèmes dits critiques qui mettent en jeu des contraintes de sécurité et de fiabilité extrêmement fortes. Désor­mais, les technologies de l'embarqué s'intègrent de plus en plus dans des applications et des équipements grand public, notamment dans les domaines de la mobilité, des loisirs numériques, de la santé ou de l'énergie."

La filière de l'embarqué représenterait en France 1 900 entreprises, 220 000 emplois et un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros

Créé en 2007 à l'initiative d'Eric Bantégnie, cofonda­teur de la société Esterel Technologies, spécialiste mondial des outils de développement des logiciels critiques pour la défense, l'aéronautique et le nu­cléaire, le Comité embarqué suit avec attention ces évolutions. Regroupant éditeurs de logiciels, sociétés de services et de conseil en technologie, pôles de com­pétitivité et organismes de recherche présents sur ce marché, le Comité vise à structurer l'ensemble de la communauté de l'embarqué. C'est pourquoi il travaille en relation étroite avec le Club des grandes entreprises de l'embarqué (CG2E), qui réunit une douzaine de grands groupes industriels donneurs d'ordre tels que Dassault Aviation, Schneider Electric, Airbus, Valeo ou encore Renault.

Un "terrain de jeu" mondial

Selon des chiffres établis en 2007, l'ensemble de la filière de l'embarqué représenterait en France 1 900 entreprises, 220 000 emplois et un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros. L'un des points clés est bien évidemment l'internationalisation grandissante du marché. Principalement pour les éditeurs de logiciels dont la taille leur permet de couvrir leur marché sur le plan national et d'exporter leurs produits. "Le ter­rain de jeu des technologies de l'embarqué est mondial, commente Éric Lerouge. Les principaux secteurs de l'embarqué comme l'aéro­nautique, la défense, les transports ou l'automo­bile par exemple, sont des marchés mondiaux." Fort heureusement, la posi­tion de plusieurs groupes français comme Alstom ou Thales sur ces mar­chés internationaux est un élément très positif pour l'ensemble de la filière. Conscients des enjeux indus­triels et des potentialités économiques des technolo­gies de l'embarqué, les pouvoirs publics ont affirmé très tôt une réelle volonté de soutenir et d'accompa­gner le secteur. D'autant que la France dispose de fortes compétences et d'un savoir-faire reconnu dans les domaines scientifiques et techniques qui "portent" les applications de l'embarqué. Qu'il s'agisse du développement logiciel, de la microélec­tronique ou encore des télécoms.

Des technologies prioritaires

"Nous avons une recherche de rang mondial pilotée par des instituts comme le CEA ou l'Inria, rappelait Louis Gallois lors des Assises du numérique 2012. Mais nous n'investissons pas assez dans la producti­vité par le numérique." Lors de son intervention, le commissaire général à l'investissement a cité l'embar­qué comme l'un des quatre domaines technologiques qu'il estime prioritaires dans le cadre d'un futur redé­ploiement des aides liées aux "Investissements d'ave­nir". Dans le même esprit, la ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, affirmait, lors de la présenta­tion de ses priorités d'action en décembre dernier, que la France devait "se concentrer sur sa technologie à forte valeur ajoutée dans les composants et le numé­rique". Dans cet objectif, "la consolidation à l'export de ces technologies est stratégique [pour notre pays] afin de renforcer son leadership dans plusieurs sec­teurs industriels, tels que l'aéronautique, les trans­ports, l'énergie, et développer ses autres potentiels", insistait Nicole Bricq.

 

Article d'Eric Saudemont paru dans (Re)conquêtes industrielles (Jan-Fév. 2013)

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