Les wearable techs changeront encore plus votre vie que les smartphones

Wearable techs Les objets connectés portables allongeront la durée de vie, rendront l'humain plus efficace... et les salariés plus productifs.

Il est 8 heures, il est temps pour Jean de partir au bureau. Ce matin, il a un peu d'avance, alors il décide de faire le trajet à pied. Il demande à ses baskets connectées de lui indiquer les différents itinéraires possibles et d'estimer le nombre de calories brûlées pour chacun d'eux. En chemin, il commande à ses lunettes à réalité augmentée d'appeler son médecin généraliste : cela fait trois mois qu'il suit son programme sportif et pourtant le bracelet connecté qu'il porte au poignet n'a pas encore enregistré de ralentissement de son rythme cardiaque au repos.

lunettes connectées generix group
L'éditeur de logiciel Generix Group a développé des lunettes connectées à destination des opérateurs logistiques en entrepôts. Sortie prévue fin 2014. © Generix Group

Nous n'en sommes pas encore là... mais nous n'en sommes pas si loin non plus. "Aux Etats-Unis, moins de 10% des consommateurs possèdent un dispositif portable connecté et la plupart d'entre eux sont des traqueurs de forme", rappelle J.P. Gownder, vice-président et analyste du cabinet Forrester Research, pour qui le marché des wearable techs n'a pas encore décollé. Ces derniers n'émoustillent encore qu'une petite partie de la population : les jeunes – près de la moitié des propriétaires d'objets connectés portables ont entre 18 et 34 ans, d'après une étude Nielsen de mars 2014 – et les "early adopters" de joujoux technologiques – les trois quarts des utilisateurs de wearables se considèrent comme tels, toujours d'après Nielsen.

Mais que les fabricants se rassurent, le marché est enfin prêt pour le décollage. Selon une étude du cabinet IDC, parue en avril 2014 celle-ci, les ventes mondiales d'objets connectés à porter sur soi devraient atteindre 19 millions d'unités cette année, soit trois fois plus qu'en 2013, et frôler les 112 millions en 2018.

En 2018, les ventes d'objets connectés à porter sur soi frôleront les 112 millions d'unités

Pourquoi cet engouement ? Qu'est-ce qui incite les consommateurs à alimenter le Big Data en informations personnelles au point d'en oublier leur peur du "Big Brother" ? D'abord, les frustrations provoquées par l'utilisation de leur smartphone. "Environ 40% des consommateurs américains sont d'accord avec l'énoncé Je suis fatigué de sortir mon téléphone de ma poche tout le temps, une attitude spécifiquement testée pour évaluer la demande latente de wearables, explique J.P. Gownder. Comme le nombre de moments mobiles dans la vie des gens s'accroît, seules les expériences coup d'œil comme celles offertes par les montres et les lunettes intelligentes deviendront plus attractives."

Les utilisateurs de wearables en retirent aussi des avantages cognitifs : "De la pointe de la première flèche aux technologies les plus avancées d'aujourd'hui, les êtres humains ont toujours utilisé des outils pour se renforcer. Pour le spécialiste des sciences cognitives Don Norman, les artefacts technologiques comme les objets connectés portables ont le potentiel d'élever les capacités humaines, de rendre les gens plus confiants et plus puissants", reprend notre analyste.

La démocratisation des wearables ne passera pas par les particuliers mais par les entreprises

Autre moteur de l'achat de wearable techs : la volonté d'atteindre des objectifs spécifiques en matière de forme physique. Le segment du fitness représente une part importante du marché des wearables. "Environ 40% des consommateurs américains s'accordent pour dire que les dispositifs portables pourraient les aider à gérer plus efficacement leur forme et 24% prévoient d'acheter un traqueur de fitness dans l'année", chiffre J.P. Gownder.

Pour autant, la démocratisation des wearables ne passera pas par les particuliers mais par les entreprises qui constitueront " le premier marché réceptif", assure l'analyste de Forrester. Car, de par les usages auxquels ils sont destinés dans la sphère privée, les objets connectés mettables s'adressent encore trop exclusivement aux adeptes du quantified self (quantification de soi en français) – attitude qui consiste pour une personne à collecter des données liées à son propre corps, allant de la qualité de son sommeil à la quantité de calories brûlées – et aux personnes cherchant à perdre du poids.

L'assureur Cardif a déjà imaginé des lunettes intelligentes envoyant un signal sonore à l'automobiliste en cas de somnolence au volant

A l'inverse, les applications professionnelles potentielles ne manquent pas. Certains fabricants en ont déjà pris acte. C'est le cas de l'éditeur de logiciels pour le commerce Generix Group qui a développé, en partenariat avec l'Ecole Centrale de Lille, des lunettes à réalité augmentée destinées à améliorer les conditions de travail et la productivité des préparateurs de commandes. Reliées au logiciel de gestion d'entrepôt édité par Generix Group, elles les guident au bon endroit et leur indiquent les quantités à prélever ou à déposer ce qui leur permet d'avoir les deux mains libres. Elles seront chaussées par les premiers opérateurs logistiques dès fin 2014/début 2015.

Les champs d'application des lunettes connectées ne se limitent pas à la supply chain. L'assureur Cardif a déjà imaginé plusieurs cas d'usage des lunettes intelligentes : elles pourraient servir à envoyer un signal sonore à l'assuré s'il s'endort au volant ou, dans un tout autre registre, à photographier les biens présents dans son habitation et à les sauvegarder dans l'application Sauve-toit qui, elle, est déjà disponible. "Attention, il s'agit de scénarios très prospectifs", insiste la filiale de BNP Paribas. Ce n'est donc pas pour tout de suite.

Les wearable techs mettront 10 ans avant de révolutionner complètement le monde de l'entreprise

J.P. Gownder confirme : "La révolution des wearable technologies en entreprise se déroulera sur une période de dix ans". Jusqu'en 2016, seuls les secteurs de la santé et de la sécurité publique et, plus généralement, ceux qui comptent un grand nombre d'agents sur le terrain, s'équiperont. De 2017 à 2019, les wearables toucheront les secteurs à forte intensité d'employés mobiles. Ce n'est qu'entre 2020 et 2024 que les objets connectés portables se propageront au cœur de l'entreprise. "Pour certaines firmes, les wearables seront au cœur de la façon dont les employés feront leur travail", prédit l'analyste de Forrester dans une étude intitulée "The Enterprise Wearables Journey". Ils seront alors conçus et développés pour des secteurs d'activité, et même des fonctions au sein de l'entreprise, spécifiques.

Les wearables devraient mettre moins de temps à bouleverser les usages que les smartphones avant elles. En leur temps, les fabricants de téléphones intelligents ont en effet dû composer avec l'absence d'infrastructures. Les manufacturiers d'objets connectés mettables, mastodontes technologiques ou jeunes pousses à l'assaut de ce marché naissant, eux, disposent déjà des solutions de connectivité sans fil nécessaires. Capteurs et puces électroniques sont également plus abordables qu'avant, ce qui autorise les start-up à intégrer du matériel sophistiqué aux dispositifs qu'elles fabriquent. Sans compter les campagnes de financement qu'elles peuvent lancer sur des plateformes de crowdfunding à la Kickstarter. Quel meilleur exemple que la jeune société Pebble qui avait levé pas moins de 10 millions de dollars par ce biais et qui, selon les chiffres de Canalys, s'est arrogé 35% des parts du marché mondial des bracelets connectés au premier trimestre 2014, devant Sony ?

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