Arnaud Montebourg, un ministre de l'Economie sans pouvoir

Arnaud Montebourg ministre de l'Economie Le chantre du Made in France a peu d'autorité sur les directions de Bercy comparé à son collègue Michel Sapin ou à ses prédécesseurs.

Fraichement nommé ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg n'a pas hérité du bureau au dernier étage de Bercy, depuis toujours dévolu au maître des lieux. Un détail ? Loin de là. D'abord parce qu'en politique, plus encore que dans les affaires, ce genre de signe extérieur de pouvoir a toujours compté. Ensuite, parce qu'il rappelle l'ex-avocat à une réalité peu glorieuse : il n'a pas la main sur les directions historiquement placées sous la tutelle du ministre de l'Economie.

Car s'il a hérité d'une partie du titre de son prédécesseur, Pierre Moscovici, un grand nombre des attributions de ce dernier lui ont échappé, au profit de Michel Sapin, ministre des Finances et des Comptes publics. Illustration ci-dessous.

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Qui a récupéré les grandes directions sur lesquelles Pierre Moscovici avait autorité ? © JDN

Après répartition, ne reste à Arnaud Montebourg que la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Le Budget, la Direction générale des finances publiques (DGFiP) et les Douanes dépendent, eux, exclusivement de Michel Sapin, avec qui Arnaud Montebourg n'exerce qu'une autorité conjointe sur l'Inspection générale des finances (IGF), l'Insee et le Trésor. De tous les ministres de l'Economie nommés ces vingt dernières années, le chantre du Made in France est le seul à ne pas être l'unique maître à bord de ces deux derniers.

Pour être totalement juste, précisons qu'Arnaud Montebourg dirige également le Commissariat général à l'investissement (CGI), dédié aux investissements d'avenir, et la Direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services (DGCIS), deux organes qui ne relevaient pas de Pierre Moscovici précédemment. Mais cela semble bien maigre vu le profil habituel du poste.

Pour s'en assurer, et voir ce qui sépare le ministre de ceux qui l'ont précédé, le JDN a épluché 20 ans de décrets détaillant les attributions ministérielles. Voici le résultat, sous forme d'un schéma qui n'est qu'un pâle reflet de la complexité de l'organisation de Bercy et de son histoire (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

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Les ministres ayant conservé leur portefeuille malgré un remaniement n'ont été pris en compte qu'une seule fois, sauf si leurs attributions ont changé d'un gouvernement à l'autre. © JDN

Conclusion : rien à voir avec Dominique Strauss-Kahn par exemple, ministre de l'Economie tout-puissant du gouvernement Jospin. Budget, comptabilité publique et impôts – ces deux derniers ont depuis été réunis dans la DGFiP – et douanes sont autant de directions qui relevaient exclusivement de DSK de 1997 à 1999 et qui échappent à Arnaud Montebourg aujourd'hui.

Sans compter que l'ancien éléphant du parti socialiste régnait en maître sur l'Insee, le Trésor, l'IGF et l'Inspection générale de l'industrie et du commerce (IGIC) – dont la responsabilité a depuis été transférée au Contrôle général économique et financier – quand le nouveau ministre de l'Economie doit se contenter d'une autorité partagée.

Par la suite, Francis Mer et Nicolas Sarkozy ont eu encore plus de pouvoir que l'ex favori socialiste à la présidentielle, puisqu'ils avaient également la mainmise sur l'énergie. Plus tard, Thierry Breton, Christine Lagarde et François Baroin se sont vus amputés d'une partie de ces responsabilités.

Mais ce n'est décidément rien en comparaison de ce que peut connaître l'ex député de Saône-et-Loire, devenu, un comble, ministre de l'Economie au portefeuille bien léger.

Gouvernement / Made in France